L'atmosphère chez moi ce soir ressemble un peu à un dîner familial dans une série dramatique : tendue, silencieuse, vaguement absurde. Sauf que là, c'est ma vraie vie, pas un épisode Netflix.
Ma mère s'applique à couper ses légumes vapeur comme si elle opérait un patient à cœur ouvert. Mon père, lui, tourne lentement sa cuillère dans son café tiède, comme s'il allait trouver le courage au fond de la tasse.
Moi ? Je fixe mon assiette en attendant que quelqu'un dise enfin le fond de sa pensée. Ce n'est pas une devinette. Ce n'est pas non plus une prise d'otages. Mais ça commence à y ressembler.
— Donc... un "camp d'excellence" ? je relance, avec des guillemets très visibles dans la voix.
— C'est un internat d'été, précise mon père. Pour les élèves brillants et motivés.
— Parfait. Je ne suis ni brillante, ni motivée. Problème réglé.
Ma mère pousse un soupir agacé. Le genre de soupir qui signifie "on n'a pas le temps pour ton sarcasme, Ambre". Dommage, c'est littéralement mon seul talent.
— C'est une opportunité, reprend mon père, sur son ton le plus pédagogique. Tu vas pouvoir avancer sur tes choix d'orientation, te concentrer sans distractions, rencontrer des jeunes ambitieux...
— C'est un camp de punition, en fait.
— Ambre, s'il te plaît.
Je lève les yeux au ciel, parce qu'il faut bien que quelqu'un le fasse. Mon père croit à ses arguments. Ma mère, elle, ne dit rien. Elle évite mon regard depuis le début du repas, ce qui veut dire une seule chose : elle me cache un truc.
Et ce n'est pas juste le programme du camp ou la présence probable d'élèves en mocassins à glands.
— Pourquoi maintenant ? je demande. Et pas l'année dernière. Ou jamais.
— Parce que tu as besoin de structure, dit mon père.
— Faux. J'ai besoin de vacances, d'oreillers moelleux et de wifi.
— Ambre...
Il y a un ton d'avertissement dans sa voix. Je le connais par cœur. Celui qui dit "si tu continues, ça va partir en règlement de comptes". Parfois, je provoque exprès. Là, pas besoin. Le malaise est déjà là, massif, gluant, impossible à ignorer.
Je prends une gorgée d'eau, juste pour me donner une contenance, puis je demande :
— Vous allez me dire ce que vous me cachez, ou je dois attendre que ça explose sur place ?
Le silence qui suit est... bizarre.
Pas gêné.
Pas vexé.
Plutôt... coupable.
Et pendant une fraction de seconde, je le vois dans leurs yeux. Quelque chose passe entre eux, comme un éclair. Un échange de regards trop rapide. Trop lourd. Trop... coordonné.
Et là, je comprends.
Ils savent quelque chose.
Quelque chose qui me concerne.
Quelque chose que je ne dois pas encore savoir.
— Super, je murmure. Vous me déposez donc dans un pensionnat en plein été pour que je bosse comme une malade, et en prime vous me cachez un truc. Franchement, vous êtes les meilleurs parents du monde.
Ma mère ouvre la bouche, comme pour répondre. Mais elle se ravise. Ce qui, pour elle, équivaut à hurler "oui".
Je pousse ma chaise et me lève sans attendre la fin du repas. À quoi bon ? Je n'ai plus faim. J'ai juste envie de crier dans un oreiller ou de frapper dans un mur. Au choix.
— Tu pars dimanche matin, m'informe mon père sans lever les yeux de son assiette.
— Génial. Je vais préparer mes menottes et mon lexique de latin.
Je monte dans ma chambre et claque la porte. Pas pour faire du bruit. Juste parce que ça me soulage un peu.
Je reste un moment plantée là, les bras croisés, à fixer mes murs. Je n'ai jamais eu peur de partir. J'ai toujours été assez indépendante. Mais là, ça me tord l'estomac.
Parce que pour la première fois, je sens que je ne contrôle rien.
Et que ce n'est pas un simple camp d'été.
Il y a autre chose.
Quelque chose qui se trame derrière mon dos. Et que mes parents s'efforcent de garder bien enterré.
Je ne sais pas encore ce que c'est.
Mais je le découvrirai.
Qu'ils le veuillent ou non.
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The Summer They Lied
Storie d'amoreUn camp d'été, deux garçons, un mensonge qui dure depuis trop longtemps. Ambre pensait passer l'été à glander, entre séries, potes et mauvaise humeur programmée. Mais quand ses parents l'envoient dans un internat d'élite pour « élèves à potentiel »...
