Mirah était assise auprès de sa mère et de son petit frère, les mains plongées dans la pâte tiède qu'elles préparaient pour le dîner. Elle riait doucement en regardant son frère chipper un morceau de pain à peine cuit.
Elle ne savait pas encore que ce repas serait le dernier qu'elle partagerait avec sa famille.
Son père entra, le visage plus pâle que d'ordinaire. Il tenait une lettre froissée dans sa main. Ses yeux évitaient ceux de sa fille.
— Je n'ai pas eu le choix, Mirah... Pardonne-moi, murmura-t-il d'une voix étranglée.
Un silence glacial s'installa. Puis soudain, sa mère se leva d'un bond, renversant un bol sur le sol.
— Tu as donné notre fille pour cinq bêtes et quelques tissu ?! hurla-t-elle, les larmes aux yeux.
Elle frappa le torse de son mari de ses deux poings tremblants.
— Comment as-tu pu ?! C'est tout ce qu'ils on donnée pour ma fille !?
Le père ne bougea pas. Il encaissait. Usé. Brisé.
— Je n'ai pas eu le choix, répéta-t-il, les yeux fixés sur le sol.
— C'était ça... ou la mort lente et certaine de nous quatre.
Sa voix était rauque, sans force.
— Là-bas, elle sera logée... nourrie... vêtue. Peut-être même qu'elle deviendra la mère d' un futur prince .
La mère recula, secouée.
— Tu sais très bien comment ils traitent les pauvres comme nous !
Elle sanglotait, sa voix déchirée par la colère et la peur.
— Ils la briseront... comme ils brisent tout ce qu'ils touchent.
Mirah, silencieuse, sentait son cœur se fissurer. Non pas à cause de la peur du palais... mais de ce qu'elle venait de perdre : l'illusion qu'ici, au moins, elle était en sécurité.
Mirah regarda sa mère, impuissante.
Elle lui prit doucement la main, dans un geste à la fois tendre et résigné.
— T'en fais pas, maman.
Sa voix tremblait à peine.
— Ta fille a grandi. Je saurai me débrouiller.
Elle leva ensuite les yeux vers son père, qui n'osait toujours pas la regarder.
— Je dois être prête pour quand ?
Il répondit sans force :
— Demain matin. Les gardes du palais viendront te chercher à l'aube.
Le lendemain, Mirah était prête.
Elle tenait dans sa main un petit sac modeste où elle avait rangé ses plus belles affaires : une robe cousue par sa mère, un foulard bleu qu'elle aimait porter, et un morceau de pain avec de l'eau .
Elle n'osait pas croiser le regard de sa mère, effondrée, le visage creusé par l'angoisse.
C'était certain : elle avait rêvé mieux pour sa fille.
Les gardes du palais arrivèrent à l'heure dite.
Les adieux furent déchirants, silencieux, mêlés de larmes étouffées.
Avant son départ, sa mère lui glissa un petit sac de tissu dans les mains.
— Pour ne pas oublier qui tu es, dit-elle simplement.
À l'intérieur : un peu de henné, une fiolle de musc, une pierre de khôl, et quelques herbes séchées .
Les gardes couvrirent alors le visage de Mirah d'un large voile de soie rouge, sans dire un mot, puis la firent monter sur le dos d'un chameau.
La traversée fut longue, poussiéreuse et éprouvante. Le désert semblait s'étirer à l'infini.
Elle arriva au palais à la tombée de la nuit , le corps engourdi par la route.
Une dame de chambre l'attendait. Sans un sourire, elle prit son sac, et l'emmena directement au hammam, où d'autres jeunes filles, silencieuses, attendaient déjà.
On les lava, parfumées, puis examinées par un médecin sans qu'on leur explique quoi que ce soit.
On leur donna à chacune une robe de chambre, un oreiller, et une couverture.
Cette nuit-là, Mirah découvrit sa nouvelle chambre.
Elles étaient dix à dormir dans la même pièce. Dix jeunes filles, venues d'horizons différents, mais toutes arrachées à leur monde.
Mirah s'allongea sans un mot.
Elle était seule. Et pourtant... pas tout à fait.
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Princesse du désert
RomanceMirah Bint Zaid n'a jamais rêvé de grandeur. Fille d'un marchand ruiné, elle a grandi entre les marchés poussiéreux et le bonheur discret de la simplicité. Mais lorsque son père, accablé de dettes, la donne au sultan pour survivre, sa vie est bouscu...
