Fenêtre sur lui

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On a emménagé un jeudi, en plein mois d'août. Il faisait lourd, moite, un genre de chaleur collante qui donnait envie de rester immobile à l'ombre. Mais non, il fallait porter des cartons, monter des meubles, faire semblant de sourire aux voisins. Bienvenue dans notre nouvel immeuble. Plus grand, plus lumineux, plus bruyant aussi.

J'ai eu droit à la chambre du fond, celle avec la fenêtre qui donnait sur l'immeuble d'en face. Deux barres parallèles, un mur de béton entre les deux, et une petite cour partagée en bas. Rien de très excitant. Sauf que, ce jour-là, pendant que je posais mes posters au mur et que je traînais les pieds entre mes cartons, j'ai levé les yeux par la fenêtre. Et je l'ai vu.

Il était là.
Assis sur les marches de l'escalier extérieur.
Dans l'immeuble d'en face.

En train de fumer.
Le dos contre la rambarde, les jambes repliées. Il fixait rien. Ou peut-être tout.

J'ai cru qu'il m'avait vue alors j'ai détourné les yeux. Mais non. Il n'avait pas bougé. Il était seul. Tellement seul que ça m'a presque gênée de l'avoir regardé.

Le lendemain, il était encore là.
Et le surlendemain aussi.

Toujours à la même heure. Vers la fin de l'après-midi. Assis à la même place. Parfois avec un sac à dos, parfois sans. Une fois, il avait une capuche. Une autre fois, il regardait en l'air comme s'il cherchait des réponses dans le ciel. Il n'a jamais parlé à personne.

Je me suis dit que c'était peut-être un gars qui faisait le guet. Ou un squatteur. Ou juste un ado qui avait la flemme de rentrer chez lui. Bref, rien d'intéressant.

Mais je continuais à regarder.
Un peu tous les jours.
Sans même y penser.

Et c'est comme ça qu'a commencé ma première vraie obsession depuis qu'on avait déménagé. Pas les cartons. Pas les cours qui reprenaient bientôt. Pas les voisins bizarres. Non. Lui.

Le garçon dans les escaliers.

Le garçon dans les escaliers Historias para obsesionarse. Descúbrelo ahora