Jour 1 - La Rentrée

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Max rentrait de ses vacances à Lisbonne, tandis que Giulia, elle, avait travaillé tout l'été à aider son père à la supérette.
Il faisait encore chaud pour une matinée de septembre. Une de ces chaleurs traînantes, moites, qui donnent l'impression que l'été est encore bien présent. Max marchait d'un pas décidé dans l'allée bordée d'arbres menant au bâtiment de droit. Un costume léger, une chemise presque boutonnée jusqu'en haut (plutôt rebelle pour un aristocrate), un sac de cuir porté à l'épaule : il ne faisait rien pour attirer l'attention, mais sa posture, elle, disait tout. Il était droit, une démarche précise, limite un peu raide.
C'était comme s'il portait autre chose que son sac. Comme s'il portait un nom.

Autour de lui, les étudiants riaient, se retrouvaient, se photographiaient déjà, comme pour figer ce "premier jour" dans un souvenir glorieux pour certains et douloureux pour ceux qui n'avaient pas vu les vacances passer ou n'en avaient pas assez profité. Max, lui, ne souriait pas. Il ne connaissait personne, et il n'était pas là pour se faire des amis. Il l'avait décidé ainsi.

À quelques kilomètres de là, dans un bus bondé par presque tout un village, Giulia ronchonnait à voix basse.

— Putain, mais tout sauf aujourd'hui...

Elle tenait son sac sur les genoux, coincée entre deux ados surexcités de se raconter leurs vacances, qui jouaient à se balancer des écouteurs pour faire écouter les dernières musiques sorties cet été. Elle avait enfilé sa plus belle chemise, repassée deux fois, et un jean noir qui serrait un peu trop aux hanches, mais elle se trouvait belle, et c'était ce qui lui importait le plus.

C'était sa rentrée à la fac. La vraie, la grande, avec des bâtiments qui brillent et des profs qui parlent comme à la télé.

Elle jeta un œil à son téléphone fissuré. 08h12. Le cours commençait dans trois minutes. Elle soupira.

— Le bus est en retard. Moi aussi.

L'amphithéâtre était presque plein. Max s'était installé au deuxième rang, légèrement sur la gauche. Pas trop visible, mais assez proche pour ne rien rater. Il écrivait déjà dans un carnet à couverture noire, les premières phrases du professeur. Concentré. Jusqu'au bruit sec d'une porte qui claque.

Tous les regards se tournèrent vers l'entrée.

Giulia déboula dans l'amphi comme une bourrasque. Sac ouvert, cheveux défaits par la course, souffle court.

— Bonjour... Pardon, j'avais un souci de transport... Je peux ?

Le professeur ne répondit pas tout de suite. Il la regarda de haut en bas, jugeant sans trop se cacher.

— Votre nom ?

— Giulia Romano.

— En retard à votre premier cours. Pas une bonne impression, mademoiselle Romano. Asseyez-vous... là.

Il désigna la seule place vide : à côté de Max.

Max sentit un léger agacement. Il avait horreur des perturbations. Encore plus de celles qui s'installaient à sa droite avec le bruit d'une fermeture éclair qui coince, d'un souffle erratique et d'un "pardon" chuchoté comme si ça excusait tout.

Giulia s'installa en s'excusant encore, tenta de sortir un cahier sans renverser le reste de son sac, puis se tourna vers lui.

— T'as un stylo ? J'ai tout sauf ça...

Il lui tendit le sien sans même la regarder.

— Ne le perds pas.

Elle haussa les sourcils, surprise par le ton.

— Ok... Merci quand même.

Max ne releva pas. Mais son regard, jusqu'alors rivé au tableau, dévia légèrement. Il l'observa du coin de l'œil. Chemise, jean noir, baskets blanches un peu abîmées, parfum discret mais sucré. Trop vive, trop bruyante. Trop différente.

Elle, de son côté, ne pouvait s'empêcher de le détailler. Propre sur lui, posture impeccable, écriture droite. On aurait dit qu'il sortait d'une série britannique. Elle étouffa un petit rire, presque moqueur.

Puis le cours commença...

Deux mondes s'étaient frôlés ce matin-là. Et aucun des deux ne savait encore que ce contact, si maladroit, était le début
d'un déséquilibre. D'un glissement. D'une histoire qu'aucun d'eux n'avait prévue.

Noble SilenceDonde viven las historias. Descúbrelo ahora