INTRODUCTION

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Parler de nos jours est un moyen obsolète d'exprimer ses idées, ses envies ou encore ses émotions. Il est de plus en plus difficile d'avoir une opinion ou un avis différé du politiquement correct profondément ancré dans la société.

Face à cela, je crois qu'il existe deux chemins, le premier étant le silence, celui que j'ai adopté depuis la naissance de mon esprit critique, le deuxième c'est l'écriture, écrire est le moyen qui a permis à l'histoire d'être transmise à travers le temps et de faire perdurer et graver les connaissances si durement acquises de l'humanité

De nature introvertie, il m'est difficile d'exprimer mes sentiments, de décrire mes sensations. À travers ces quelques lignes, je vous invite à faire un petit retour dans le temps. Laissez-moi vous vêtir de mon regard, à travers mes yeux et mes oreilles vous aurez un résumé de la pensée de ce jeune étudiant durant ces trois années historiques. Avec les mots, vous suivrez et entre les lignes, vous lirez

À travers le silence et le brouillard recouvrant mon visage fermé, des scènes qui ne veulent pas s'effacer de ma mémoire me hantent, assis sur mon siège l'esprit divagant, je me souviens.

Je me souviens des hivers enneigés avec le bruit doux et désagréable de la pelle que mon père faisait frotter sur le toit pour arrêter cette fuite d'eau qui nous rend visite pendant cette période de l'année.

Je me souviens des vendredis, le bruit de la sonnette qui retentit en début d'après-midi annonçant le retour de mon grand-père dans sa tenue d'un blanc éblouissant, revenant de la mosquée, les mains engourdies portant des sachets de jouets et de bonbons.

Je me souviens des après-midis passés à jouer dans les écuries et les étables du quartier, à emmerder les vaches et les poulets, rentrant à la maison enivrée du parfum de fermier.

Je me souviens des petits déjeuners, des déjeuners et surtout des dîners... les mêmes histoires et récits de guerre récités fièrement par grand-père.

Je me souviens de la pluie, la douce odeur du pétrichor lors des promenades vespérales, les arbres qui se penchent sous le poids des gouttes d'eau, " les arbres se penchent à notre passage en guise de respect disait ma mère"

Je me souviens des boutiques du village, aussi étroites qu'un corridor, l'odeur des produits de lessive mélangée au parfum des fromages sur le côté, les jouets suspendus, et les fruits et légumes disposés au pied de la porte ...Ninis ! Prends ce camembert et ramène-le à ton père, et ne fais rien tomber par terre, et marche sur le bas-côté !

Je me souviens de l'âne du voisin, toujours fidèle à sa chorale du matin, il faisait compétition au coq de grand-mère... Qui chantera en premier demain ?

Je me souviens de grand père attendant patiemment la fin de mon premier jour d'école pour me ramener à la maison, morceaux de pain dans la poche

Je me souviens de l'insouciance du petit Ninis, jouant au milieu de la cour avec les fourmis et ses amis imaginaires, et ne prêtant pas attention à sa maman lui faisant des signes depuis le balcon, le prévenant du tremblement de terre, jusqu'à ce qu'un passant me porte et me jette par-dessus la fenêtre de la maison

Je me souviens des petits déjeuners chez les grands-parents, l'odeur du café préparé soigneusement par grand-mère au petit matin

Asie sur mon siège, je me souviens des longs voyages vers la mer, de l'eau au goût amère, et du soleil trouvant toujours le chemin vers mes paupières m'empêchant de voir clair

Asie sur mon siège, je me demande quel sacrilège d'avoir inventé le temps.

C'est bien différent maintenant, le modèle familial est réduit, du moins dans mon cas c'était le modèle, je me rends compte que c'est très différent aujourd'hui, bien que les familles algériennes préservent une sorte de points communs, un père grincheux et maladroit parfois au limité de l'égoïsme, bien que prêt à vendre son bras pour le bien de ses enfants, il est parfois intransigeant, et dénué de toute réflexion, partant d'une bonne intention, remettant sa parole qui se fait obsolète au cœur de toutes les décisions, une mère intentionnée, prête à tous les sacrifices, bien souvent le véritable patron n'est d'autre qu'elle, il lui arrive de jouer l'intermédiaire entre le vieux corbeau et les petits poussins, toujours en jouant double jeu pour satisfaire les deux côtés. Portant ce lourd fardeau, elle est très souvent plongée dans une spiritualité religieuse nocive, plaçant le tout-puissant au bout des sujets. Vient ensuite le premier enfant, il fut difficile à élever

HYPOCRITEWhere stories live. Discover now