La relique de sang
Chapitre I
Laïro, 234eme année du calendrier Otanien.
-Et lui ? Il a une tête à être recherché non ?
Jeshlin reposa sur la table le gobelet de miertou qu’il venait de vider. C’était l’après-midi et lui et son maître étaient tous deux attablés à boire de l’alcool fort venu de l’étranger ; importé du sud par la route de Solque.
La terrasse qu’ils avaient choisie, endroit minable au toit de peaux de gurts séchées au soleil, donnait en plein sur la rue.
-Non, je ne pense pas, répondit-il après un instant d’examination de l’homme.
Jeshlin était le plus pur type du glasfiengui. Pas très grand, musclé et carré d’épaules avec un visage droit et un petit nez.
Il avait le regard fixe et les cheveux rasés sauf deux lignes qui se rejoignaient sur la nuque. Une barbiche de poils ras ornait son menton et les deux typiques lignes tatouées magiquement de ses yeux à ses joues prolongeaient ses yeux aux paupières en croix si particuliers à sa race.
Il était vêtu de manière traditionnelle : tunique blanche couvrant le torse et ouverte sous les bras ; braies de grosse toile brune assez ample ; grand capuchon de couleur sable et aux pieds des bottes de cuir dotées d’aérations de toile sur les bords.
À sa taille pendait une dague de bonne facture et une épée dans son fourreau. Cette dernière s’apparentait en tous points à une épée de côté.
La garde était formée de quatre anneaux de fer richement ciselés et de quillons torsadés. Le pommeau, rond, était lui aussi décoré.
Le fourreau était de bois couvert de cuir noir et décoré de polsavre, un métal malléable et de couleur jaune.
L’entretien porté à cette arme dénotait du reste de l’habillement de la personne, plutôt poussiéreux et usé à vrai dire.
Il se resservit une rasade d’alcool. Ils étaient rares les gens du coin qui buvaient de cela. D’habitude seuls les étrangers aux cheveux blancs en commandaient. Mais son maître en buvait et lui avait transmis cette coutume de laquelle il avait largement abusé.
Agé d’une quarantaine d’années il avait le visage creusé et ridé. Il lui manquait plusieurs dents et un bout d’oreille gauche. C’était un homme à l’allure piteuse ; vêtements poussiéreux au possible, cheveux ras coupés à la hâte, mains calleuses ; en bref l’aspect d’un chasseur de prime ayant passé sa vie dans le désert et occupant son temps libre à se débaucher.
Jeshlin détourna son regard de la rue pour regarder des enfants jouer avec une balle de cuir.
Une femme vêtue d’une capuche richement brodée de rouge passa devant leur poste d’observation improvisé. Soudain son maître s’empara d’un gros carnet qu’il gardait dans sa besace et où il rangeait tous les avis de recherche en cours.
-Celle-là je suis sûr ! Un tatouage sur la joue gauche… voilà ! Par les mages ! Deux-cents chilongs de récompense ! Allez, on la poigne !
Jeshlin se leva rapidement et vérifia que son épée soit bien sanglée à sa ceinture. Son maître s’empara de son Lanceur De Sorts et d’un bond ils se retrouvèrent dans la rue.
Il jeta un regard circulaire.
-Là ! s’écria son maître en pointant une direction entre les passants.
Jeshlin repéra aussitôt le capuchon brodé de la femme. Ils s’élancèrent à sa poursuite en bousculant ceux qui entravaient leur passage, mains sur les pommeaux pour éviter que leurs lames ne leur battent les jambes.
Jeshlin se concentra sur son souffle. Poursuivre quelqu’un avait toujours quelque chose de bestial et de carnassier et il se sentit heureux. Son maître soufflait à côté de lui, commençant à fatiguer.
Alors qu’ils la rattrapaient elle tourna dans une ruelle adjacente.
-Merde, elle nous échappe !
YOU ARE READING
La Relique de sang
FantasyJeshlin est un paria qui survit comme il peut dans le désert de Glasfieng. Victime d'une condition magique de naissance et sans cesse abandonné il va lutter pour gagner sa propre indépendance.
