Je crois que nous sommes tous des terres entières. Des terres où les gens voyagent, s’installent, et parfois, s’effacent. Ils nous habitent, laissent leurs empreintes, et repartent, souvent sans s’en rendre compte. Ils explorent nos paysages intérieurs, nos montagnes de joies, nos vallées de douleurs. Puis, un jour, ils quittent ces terres, comme un être humain quitte ce monde, ne laissant derrière eux que des poussières. Ces poussières deviennent des souvenirs, d’abord vivaces, puis lointains, jusqu’à ce qu’elles se dissipent avec le vent du temps.
J’ai habité sa terre à elle, et elle a habité la mienne, naturellement, comme si c’était écrit. Nous étions des voyageurs, bâtissant une terre commune, un refuge où auraient pu pousser des jardins d’histoires. Mais elle a quitté ma terre trop tôt, abandonnant ce que nous n’avions pas encore fini de construire. Elle est partie, ne laissant que des échos et des graines jamais germées. Des graines qui résident inconsciemment en moi en attendant toujours son apport d'eau pour fleurir.Elle a voyagé ma terre et est devenue poussière, mais une poussière différente : une poussière qui refuse de disparaître. Son souvenir ne se dissipe pas. Il reste là, enraciné, comme un arbre solitaire dans un désert, jusqu’à ce que ma propre terre s’effondre.
Je me demande souvent : est-ce la terre qui s’adapte à l’être humain, ou l’être humain qui s’adapte à la terre ? Peut-être s’adaptent-ils l’un à l’autre, dans une danse invisible. Mais parfois, cette harmonie se brise, et les terres deviennent des champs de ruines. Des ruines de douleur qui nous brisent et ces champs qui pourraient être recoller avec des morceaux restant plus les morceaux de futurs voyageurs, dans un futur proche ou lointain .
Ce que je sais, c’est que sa présence sur ma terre, bien que brève, a laissé des sillons profonds. Elle m’a transformée, même dans son absence. Peut-être est-ce cela, la véritable essence des voyageurs : ils ne s’attardent pas toujours, mais ils changent irrémédiablement les terres qu’ils traversent.
Et moi, maintenant ? Maintenant, je veille sur ma terre. Je la reconstruis pierre par pierre, m’inspirant des empreintes laissées par ceux qui l’ont habitée. Je la prépare pour d’autres voyageurs, espérant qu’un jour, ils y planteront des jardins durables. Peut-être que cette fois, nous construirons quelque chose qui résistera au vent, au temps, et à la poussière.
YOU ARE READING
Terre perdue
PoetryNous sommes tous des terres entières. Des terres que d'autres traversent, habitent, et parfois quittent, laissant derrière eux des souvenirs et des empreintes indélébiles. Terre Perdue est une réflexion poétique et profondément humaine sur les relat...
