Romy (Novembre 2016)
C'est devenu machinal. Du plat de la main, je passe le chiffon humide sur le dessus de la table suivante, mais je regarde pas ce que je fais. Mes yeux sont déjà posés sur les grandes fenêtres de l'immeuble d'en-face, et la lumière qui y éclaire la grande pièce contraste avec la nuit qui s'est levée. Comme tous les soirs, ça me permet d'observer les allers-venus des élèves avant la fin de mon service.
C'est toujours le même manège. L'église au bout de la rue sonne le début d'une nouvelle heure, la classe se vide, le professeur remplace les toiles remplies par de nouvelles, vides, et ouvre la porte aux élèves suivants. Les vingt premières minutes sont souvent les moins intéressantes. Pour moi en tout cas. Chacun assis derrière son pupitre, les élèves écoutent le professeur, mais les toiles restent blanches. C'est seulement quand je vois les pinceaux être tirés de leurs pots que mon nettoyage des tables devient moins efficace.
J'entends jamais le pitch du professeur en début de séance, j'ai juste les images, mais ça me permet d'imaginer à partir des dessins des élèves, quelle consigne il a pu leur donner. C'est un jeu qui me tient cinq, peut-être dix minutes maximum. Parce que si je reste trop longtemps à observer le cours de peinture par la fenêtre, non seulement je ne travaille pas, mais je me prends surtout à imaginer Alex à la place d'un des élèves.
Et si je ne travaille pas, ça n'arrivera jamais. C'est pas Maman, ni Papa, qui paieront un cours comme celui-ci, dans une vieille école d'arts en plein milieu de Paris. Ils ne paieraient même pas pour un atelier au centre de loisirs à Lille.
- Rose ? Je relève la tête quand mon patron monte deux à deux les marches jusqu'à la salle de l'étage. Il reste deux clients en bas, après on ferme, il me sourit après avoir jeté un oeil à la salle vide et presque prête pour demain matin. Nickel.
- Tu veux que je nettoie la machine à café ? Je tourne le dos au cours de peinture. Il me reste qu'une seule table, et Arthur a dit qu'elle commençait à s'encrasser.
- Si t'as le temps, tu fais, il hausse les épaules avant d'attraper les menus posés sur le comptoir, si t'as pas, c'est pas grave. Je ferais demain. Je vais chercher de la monnaie, donc quand t'as fini ta table, tu descends, les clients partiront bientôt.
Je lui souris, et c'est la seule réponse dont il a besoin pour redescendre. Je profite du coup de chiffon sur ma dernière table pour jeter un dernier regard au cours d'art de l'autre côté de la rue, avant de descendre à mon tour.
- C'était bon ? Je souris aux deux clientes, appuyées contre le comptoir.
- Incroyable, j'ai le droit à deux sourires en retour, comme d'habitude. On va régler séparément s'il-vous-plaît.
En hochant la tête, je m'exécute, et je vide doucement mes poumons quand la porte se referme derrière elles, et que je me retrouve nez à nez avec un restaurant vide. Et calme. J'ai quelques minutes de lenteur avant de me changer, de rentrer à l'appartement, et de finir les deux essais que j'ai à rendre demain. Du bout des doigts, je jette un oeil au carnet de réservations pour le lendemain. Au moins jusqu'à ce que la porte s'ouvre à nouveau.
Je fronce les sourcils quand c'est un jeune homme brun qui passe le seuil, casquette sur la tête, et pas mon patron.
- Excusez-moi, je souris quand il s'approche du bar, on vient de fermer.
Sans prêter attention à ce que je dis, il s'assoit sur un des tabourets du bar, pose sa casquette à côté de lui, et passe sa main dans ses cheveux en expirant aussi longtemps que moi à l'instant.
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Anthos · Deen Burbigo
FanfictionLa tempe appuyée contre le montant de la baie vitrée, ses yeux se posent sur les fleurs de Mila, lovées dans les petits bacs en bois en contrebas. - Il a gelé l'année dernière, elle brise le silence. Et l'année d'avant. Peut-être qu'il gèlera demain...
