Prologue

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L’école de sorcellerie de Poudlard ouvrait de nouveau ses portes pour une énième année scolaire, et déjà dans l’immense château et sa Grande Salle, on bourdonnait d’impatience. Les quatre longues tables qui y étaient installées débordaient d’élèves fébriles. Ils échangeaient à voix basse sur les derniers potins et leurs vacances. Ils étaient heureux d’enfin se retrouver, après deux mois de séparation.

La Grande Salle était magnifique, comme à l'accoutumée. Décorée de bougies et d’armures étincelantes et surplombée d’une nuit étoilée, elle ne pouvait qu’encourager l’euphorie qui s’installait en chacun.

Sur l’estrade des professeurs, le directeur se leva. À peine se fut-il avancé que Dumbledore fit taire la rumeur des bavardages de sa simple présence imposante. Il prit alors la parole, accompagné de son éternel sourire bienveillant.

« Bienvenue, chers nouveaux élèves, à Poudlard. Bon retour aux anciens… »

Assise sur une chaise derrière lui, une jeune fille d’une quinzaine d’années se tenait bien droite, immobile, l’air ennuyé. Elle arborait de longs cheveux noirs qui dévalaient le long de son dos jusqu’à ses reins, et ses yeux — d’un joli vert pomme — scrutaient la salle avec une lenteur calculée. La sorcière, malgré son charme indéniable, dégageait une aura troublante, presque menaçante…

Son regard circulaire balaya la table de Gryffondor, deux silhouettes y attirant son attention : un garçon brun aux lunettes rondes et son ami aux cheveux roux et à l’uniforme élimé. Une fois les deux garçons repérés, la jeune fille les fixa du regard un moment, insistante.
Les minutes s’égrenèrent, interminables, jusqu’à ce que le discours touche enfin à sa fin. La répartition des premières années, présidée par le professeur McGonagall, s’écoula alors tout aussi lentement — si ce n’est plus.

Une fois tous les jeunes répartis, la professeure McGonagall ne reprit pas le Choixpeau ; elle se contenta de rester bien droite là où elle se tenait depuis près d’une demi-heure. Imperturbable, Dumbledore se leva pour passer à la dernière partie de la répartition.

« Avant de passer au dîner », annonça-t-il à l’assemblée d’une voix ferme, « j'aimerais vous présenter une nouvelle élève tout juste arrivée de Durmstrang. Mlle Minerva Solis, si vous voulez bien vous approcher... »

Il tourna son regard vers la jeune fille, toujours assise sur son tabouret, et lui intima d’un signe impérieux de la main de venir se placer sous le Choixpeau, ce qu’elle fit sans se faire prier.

Le professeur McGonagall, austère dans sa robe noire aux reflets d'émeraude, posa le Choixpeau sur la tête de la nouvelle venue sans un mot. À la seconde même où il frôla les cheveux de Minerva, le Choixpeau annonça qu’elle était répartie dans la maison des Serpents d’une voix forte, et elle rejoignit la table sous les applaudissements polis des élèves.

« Bon appétit ! », lança alors joyeusement Dumbledore à la cantonade, ouvrant enfin le banquet.

Aussitôt, les tables se couvrirent de victuailles, sur lesquelles tous les élèves se précipitèrent. Poulets, purées, tartes et ragoûts défilaient au milieu des convives affamés. Malgré les fumets tentants, cependant, deux élèves ne mangeaient pas.
Depuis la table de Serpentard, Minerva, ignorant le repas devant qu’un de ses amis lui avait présenté, fixa la fille assise deux tables plus loin. Cette dernière ne touchait pas non plus à son assiette. Elle avait les yeux noisette, de longs cheveux bruns ébouriffés et tenait un livre serré contre sa poitrine. Assise aux côtés d’Harry Potter et de Ronald Weasley, Hermione — car c’était elle — semblait perdue dans ses pensées.

Minerva la dévisagea encore de longues minutes, avant de consentir à mordre dans le quignon de pain que lui agitait Drago sous le nez. Après le dessert, le professeur McGonagall se leva et descendit de l’estrade pour s'arrêter devant la table rouge et or, bientôt suivie de ses collègues directeurs de maisons.

« Gryffondor, en route pour vos dortoirs ! » lança-t-elle d’une voix forte.

Aussitôt, les élèves de sa maison se levèrent en abandonnant leur table et les restes de victuailles éparpillés dans les assiettes.

Discrètement, Minerva se mêla à la cohue des griffons. Elle se dissimula dans la foule, juste devant le trio qui se dépêchait — il faisait froid dans les couloirs, le vent faisant crisser les branches. Avant d’atteindre le Grand Escalier, Minerva bifurqua dans un couloir adjacent, avançant d’un pas sûr bien qu’elle soit nouvelle.

La jeune Serpentard s'avança prudemment dans le couloir sombre, seulement éclairée par la lumière bleutée de la lune au travers des vitres teintées. Enfin, elle s’arrêta, se retrouvant face à une silhouette encapuchonnée qui, dos au mur, restait de marbre.

« Je sais, Hope, dit la voix masculine. Mais le plan se déroule comme prévu. »
La jeune sorcière ne releva pas le surnom, entièrement concentrée sur l’essentiel.

« Répète le plan, pour que je sois sûre que tout ne tombera pas à l’eau simplement parce qu'une sale petite sang-de-bourbe en a décidé autrement et que tu n’étais pas prêt à la mettre en échec », dit-elle d'une voix presque venimeuse.
— Tu ne peux donc pas me faire confiance ?”

Avant qu’elle puisse répondre, des pas qui se voulaient discrets frôlèrent le sol de pierre froide derrière eux. Minerva tourna la tête dans leur direction, ses yeux verts luisants dans le noir. Aussitôt, la lune se couvrit, plongeant le couloir dans l’obscurité la plus totale et empêchant — elle l’espérait — les observateurs de reconnaître son compagnon.

Pris de recul, les trois intrus clignèrent des yeux dans le noir avant qu'un unique éclair illumine le couloir. Un loup noir majestueux bondit au-dessus de leurs têtes et disparut dans l’obscurité.
Sitôt qu’il fut parti, la lune réapparut.

« C'était la nouvelle, non ? » demanda Weasley, peu rassuré par l’aura de la jeune femme.
— « Je le jurerais », répondit Potter. « Il faudrait savoir qui elle est exactement – plus que son nom, je veux dire. Hermione, tu pourrais demander à Krum, Dumbledore a dit qu'elle était à Durmstrang avant. Il pourrait nous renseigner. »

Si Granger avait toujours été à leurs côtés, elle aurait sûrement répondu à la remarque de son ami. Mais la jeune fille ne releva pas, déjà au niveau de la porte par laquelle avait disparu le loup. Ses deux amis s'y précipitèrent à leur tour.

« Hermione ! » appela Weasley en haussant le ton, « qu'est-ce que tu fais ? Elle est là ?
— Non… Non, elle a disparu… », soupira la brune, déçue.

Quelque part derrière eux, deux yeux verts luirent dans l’obscurité, immobiles. Puis, sans un bruit, la silhouette disparut, regagnant les profondeurs du dortoir de Serpentard sous le Lac Noir.
Minerva se glissa dans son lit, essayant d’éviter de faire le moindre bruit pour ne pas réveiller Pansy et Millicent. Elle tira ses rideaux en se glissant sous sa couette, encore toute habillée, le souffle court. Aujourd’hui, elle avait failli se faire attraper par Potter, Weasley et Granger. Elle devrait être plus prudente à l’avenir.

La jeune fille saisit une petite fiole sur son bureau, et la vida d’un trait. Elle songea dans un demi-sommeil que c’était sa dernière et qu’elle devrait s’en procurer d’autres demain, puis Minerva s’endormit, d’un sommeil paisible. Poudlard, ce n’était pas si mal après tout.

MinervaWhere stories live. Discover now