Enfant.

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Entre les cris, les pleurs et les éclats de voix, c'est dans ce tumulte que j'ai grandi. À peine entrée en primaire, mes rêves d'enfant se sont perdus parmi les éclats de verre, les objets qui volaient, et les sirènes de police qui déchiraient la nuit. Les murs tremblaient sous des colères incontrôlables, et dans ce vacarme, j'apprenais à m'effacer, à devenir invisible. Je n'avais pas de place pour mes peines, juste pour survivre.

La violence m'a appris à sourire malgré tout, à cacher mes douleurs comme des secrets bien enfouis. On m'a dit que pleurer était une faiblesse, qu'ouvrir mon cœur serait comme livrer une arme aux autres. Alors, j'ai gardé tout ça à l'intérieur, sous un silence lourd comme une mer calme en apparence, mais qui dissimule des vagues déchaînées.

À chaque dispute, c'était le même spectacle : les éclats de voix, les bruits fracassants, et les coups qui marquaient la peau et l'âme. Et pourtant, le lendemain, tout reprenait comme si de rien n'était, comme si ce silence lourd effaçait tout. Mais ce silence ne guérissait rien. Il alourdissait chaque souffle, chaque pensée.

J'ai appris à devenir petite, à ne pas déranger. À l'extérieur, je portais un masque : un sourire lisse, une attitude calme, toujours sous contrôle. On disait de moi que j'étais forte, mais personne ne savait que ma force était une carapace fragile, prête à se briser. Personne ne savait que mon calme n'était qu'un écho du chaos intérieur, une mer agitée cachée sous un ciel sans nuage.

Et puis, il y eut ce silence. Ce silence après la tempête, ce silence lourd, presque palpable. Il régnait, encore et encore, entre les murs de ma maison, dans les coins sombres de mes pensées. Ce silence m'a suivie partout, dans mes rêves, dans mes pas. Un silence qui m'a poussée, un jour, à chercher autre chose.

Un soir, épuisée par le poids du monde, je me suis retrouvée seule dans ma chambre. Le silence m'enveloppait comme une couverture glacée. Et là, quelque chose en moi a basculé. Dans ce vide, une pensée m'a traversée comme un rayon de lumière : "Pourquoi ne pas tourner ton regard vers Lui ?"

Je me suis tournée vers Allah, sans vraiment comprendre ce que cela impliquait. Mais dans mon cœur, j'ai su que c'était la seule chose qui pouvait m'aider, que c'était Lui, et Lui seul, qui pourrait apaiser cette souffrance qui m'habillait comme une seconde peau.

Alors, j'ai vu le tapis posé là, simple, sans prétention. Sans réfléchir davantage, je me suis agenouillée. Mes mains tremblaient, mes genoux aussi. J'ai posé mon front sur le tapis, le premier contact avec cette terre sacrée, et tout a changé. C'était comme si le temps s'était arrêté, comme si le monde autour de moi n'existait plus.

J'ai fermé les yeux, et dans ce geste d'humilité, une vague douce m'a submergée. C'était un apaisement si profond que les pensées qui tourbillonnaient dans ma tête se sont enfin calmées. J'ai senti, pour la première fois, la chaleur d'une paix que je n'avais jamais connue. C'était comme si mon âme se déployait, s'ouvrait enfin après des années d'étouffement.

Je n'avais pas de mots à proprement parler, juste un murmure, un souffle : « Ya Allah, guide-moi. Aide-moi à sortir de cette nuit sans fin. » Ces mots, simples mais lourds de tout ce que j'avais vécu, se sont échappés de mon cœur comme un cri silencieux. Et là, dans cette prière, j'ai senti une présence, douce, douce comme une caresse. Une paix s'est doucement installée, s'infiltrant en moi, effaçant le bruit, la douleur, et la solitude.

C'était une sensation étrange, presque nouvelle, mais si familière en même temps. Comme si je retrouvais enfin quelque chose que j'avais perdu depuis toujours. C'était la sensation de ne plus être seule, de ne plus lutter dans le vide. Ce geste de poser mon front sur le tapis m'a appris la véritable soumission, mais aussi la véritable liberté. Une liberté qui ne vient pas de l'extérieur, mais d'un abandon total, d'un lâcher-prise entre les mains d'Allah.

C'était la première fois que je ressentais cela. Et pourtant, au fond de moi, je savais que ce n'était que le début. Ce silence que je portais en moi depuis tant d'années se transformait en un espace sacré, où mes peines, mes doutes, et mes souffrances pouvaient enfin être déposés, laissés là, à ses biens.

Entre Joies et Peines.Historias para obsesionarse. Descúbrelo ahora