D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été ici, dans cet atelier. Mes premiers souvenirs sont faits de lumière tamisée, d'odeur de peinture et du geste sûr de mon oncle traçant une ligne sur une toile. J'étais fasciné. Par la magie de quelques traits qui faisaient naître une image. Par ces mélanges de couleurs si précis qu'ils pouvaient tout changer. Par l'idée qu'un outil, à lui seul, pouvait porter du sens. Mon oncle m'a ouvert les portes d'un monde dont je ne suis jamais sorti. Je suis né pour l'art, je vis à travers lui, et sans doute je partirai avec lui. Mon carnet est mon refuge. Mon atelier, mon monde. Là, je suis quelqu'un. Chaque dessin est un morceau de moi que je laisse derrière. Ailleurs, je ne suis qu'un témoin muet. J'observe le monde, je l'écoute, je l'absorbe, puis je le redessine à ma façon. C'est là que mes rêves et mes espoirs prennent forme. C'est là que je me protège.
Je m'appelle Edward, et j'ai toujours eu l'impression d'être à moitié là. Comme si j'existais en décalé. Pas tout à fait dans le même monde que les autres. Perdu dans un labyrinthe incessant de pensées, je m'éloigne souvent de la réalité. J'ai réussi à m'entourer d'amis. Parmi eux, je ne suis ni le plus expansif, ni le plus jovial. Je suis calme au milieu de leur tempête, l'observateur en retrait. Certains trouvent leur place avec les gens. Moi, je la trouve dans mes dessins. Dans les contours. Et parfois... dans un regard. Le sien.
Léna.
Ma muse inavouée. Mon encre. Mon espoir.
Je la dessine encore et encore, comme si tracer ses contours pouvait m'aider à la comprendre. Elle est comme un rayon de soleil qui traverse les ombres. Son sourire contagieux, sa sociabilité naturelle, sa gentillesse... et cette manière de toujours vouloir réparer les autres, sans jamais parler d'elle. Elle est un pilier. Celui sur lequel tout le monde s'appuie, même quand elle vacille en silence. Et personne ne semble le voir. La dessiner est un de mes plaisirs cachés. Elle a cette beauté naturelle, une lumière qui ne cherche pas à briller, mais qu'on ne peut pas ignorer. Derrière son sourire, je sens autre chose. Une faille qu'elle dissimule avec soin. Elle donne l'impression d'être un livre ouvert, mais seulement pour parler des autres. Dès qu'il s'agit d'elle, elle devient un coffre-fort.
Je l'observe, je la lis. Je capture ses fragments silencieux, ces petits gestes qui échappent aux autres. Je les protège dans mes carnets. Sans qu'elle le sache, elle est devenue essentielle. Léna ne se livre pas, mais elle m'habite. Elle est l'écho de quelque chose que je n'arrive pas à nommer. Quelque chose de profond. De dangereux, peut-être.
Elle peut être douce. Elle peut être dure quand il s'agit de protéger ses secrets. Et moi... je suis là, à la dessiner.
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Elle
RomanceElle est ma muse. Chaque regard nourrit mes toiles, chaque silence les fissure. Nos vies se frôlent, chargées de secrets et de combats intérieurs. Elle éclaire mon art, mais assombrit mes certitudes. Entre l'espoir et la douleur, je tente de compren...
