Je me réveille, nous sommes au milieu de la nuit je suppose. Mon réveil indique 3h34. Encore ce même rêve où je la vois, elle m'appelle, hurle mon nom, je cours vers elle mais je tombe et me réveille.
Comme dans une boucle infernale, je sais déjà que je n'arriverai pas à me rendormir. Donc je me lève et me dirige vers la salle de bain. L'eau est brûlante, je la laisse couler le long de mon corps. Après m'être savonné, je me sèche et me retrouve devant le miroir. Des plaques rouges recouvrent tout mon corps nu. Je m'observe, ma poitrine, la cicatrice au niveau de mon bassin, celle à mon genou, comment avait-elle pu m'aimer ?
Depuis son départ, ce visage qui autrefois souriait tout le temps est devenu un visage sombre et fermé.
Je retourne dans ma chambre. J'attrape des sous-vêtements, un jean noir, une ceinture et une chemise blanche. Mon regard se pose sur le coté droit de l'armoire, ses affaires sont encore là, je n'ai jamais eu le courage de m'en débarrasser. Je la revois encore devant celle-ci à se plaindre de ne savoir que se mettre. Je sens son doux parfum, son tendre sourire, ses beaux yeux bleus foncés presque marrons.
Mais tout ça c'est fini, elle n'est plus là, elle est partie, je ne la reverrai plus et cette fois-ci pour de bon.
Je dois faire avec, me concentrer sur le présent. Mais c'est impossible sans elle... Le réveil me fait sortir de mes pensées. 5h déjà, fini de rêvasser.
Je sors de ma chambre et dévale les escaliers, pas d'odeur de pancakes ni de chocolat chaud.
Je me sens seul. Non en fait, je suis seul. Je prends une pomme que je jette dans ma sacoche et attrape mon sac de sport, on ne sait jamais si j'arrive à trouver la force.
Je sors de chez moi, devant la porte, une belle voiture noire est garée juste à côté d'un tacot gris rouillé. Mes voisins me demandent pourquoi je ne le jette pas. Je n'y arrive pas, c'était la sienne, elle était simple, fuyait le luxe, elle disait que la maison était trop grande, qu'elle s'y sentait seule quand je n'y étais pas. Maintenant je la comprends. Je monte dans ma voiture, allume le moteur et démarre.
On m'a prévenu que ce métier était dangereux mais je n'ai pas écouté. On m'a prévenu de ne pas avoir de gens trop proche mais je m'en foutais. Sans musique, les vingt-cinq minutes de trajets sont longues, elle qui adorait la musique et détestait le silence, me voilà devenu l'inverse de ce qu'elle aimait.
Arrivé à ma place de parking, je me gare. Je reste assis là un moment, les mains sur le volant, je prends une grande inspiration et sors. A peine entré dans le bâtiment, que Théo, mon secrétaire me saute dessus les bras chargés de documents. Il me les tend, je le remercie et m'installe à mon bureau. Des fois, j'ai l'impression de me voir en lui, quand j'étais encore innocent, quand je n'étais pas encore mort intérieurement.
Assis sur ma chaise, je sors mon ordinateur et quelques papiers. Je commence à travailler, les heures défilent sur ma montre, il est midi-trente passé, je n'ai toujours pas touché à ma pomme. Ça toque à la porte, c'est Théo, il me rapporte une bouteille d'eau et une salade. Au début je refuse de manger, mais fini par accepter car il insiste. D'habitude, je ne fais pas de pause pour manger mais aujourd'hui, je fais une exception, je lui demande ce qu'il envisage pour l'avenir, s'il souhaite continuer ce travail. Il me répond alors qu'il voudrait être comme moi, au début je ne comprends pas, puis il m'explique, à quel point je suis fort de surmonter son décès. « Fort » et « surmonter » sont mal choisis, je trouve que subir serait plus adapté. Il me raconte ce qu'il fait de son temps libre, il me fait vraiment penser à moi, il fait du sport, il est heureux. Si seulement je pouvais revenir un an en arrière, je réagirais différemment. Je n'aurais jamais accepté tous ces dossiers. Théo me propose alors de l'accompagner au sport en fin de journée. J'esquive, j'ai autre chose de prévu. Nous discutons encore un moment avant qu'il ne quitte mon bureau.
19h00, je finis mes derniers dossiers, je remballe mes affaires et prends quelques documents. Nous sommes peu nombreux à terminer tard, les bureaux sont vides. En allant vers l'accueil, je passe devant la salle de sport, Théo s'entraîne, il me voit , me sourit et me salut de la main. Je hoche la tête et continue mon chemin. A l'accueil, je dépose mes documents et sors.
Je récupère ma voiture et prends la direction du cimetière.
