My Sadness

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Je erre seule sur les sentiers du parc. Les mains dans les poches de mon imperméable, et la moitié de mon visage caché par une écharpe safran, je marche. Mes mèches rousse chatouillent ma joue, la faute au vent qui souffle. Les feuilles aux tons chaudes dansent dans la brise froide automnale.

En temps normal j'admirerais le paysage au couleur rouge, orange et jaune. Je sourirais en écrasant les feuilles et les branches mortes. Je lui prendrais sa main emmitouflée dans ses gants en coton bruns.

Des larmes coulent le long de mon visage puis sur mon écharpe. Cela fait quelques semaines que je me suis séparé de Luke, mais la douleur mord mon cœur avec autant d'intensité que le premier jour. Comme une plaie sanguinolente recouverte de sel.

Je voudrais tellement lui en vouloir. Le détester serait plus facile. Il me suffirait de le haïr et de salir son nom, un verre à la main devant des amies désireuses de m'aider. Mais non. Jusqu'au bout il a été d'une douceur et d'une gentillesse sans faille. Il m'a emmené dehors, il m'a parlé face à face. Il a énoncé toutes ses raisons sans aucune once de colère et d'accusation. Il a déclaré que ce serait lui qui partirait du petit studio qu'on louait ensemble. Après un dernier baiser sur le front, il est parti. Il m'a laissé seule sur le trottoir.

Au fond je m'y attendais. L'éclat dans ses yeux avait disparu. La chaleur dans sa voix et dans ses gestes avait laissé place à une froideur inhabituelle. Je l'avais tué à petit feu. Je ne pouvais m'en prendre qu'à moi même.

Sans m'en rendre compte je suis arrivé devant les grilles en métal du parc local. Les feuilles mortes balayées forme une haie d'honneur aux rares visiteurs. Je marche, indifférente au paysage coloré qui m'entoure. Je suis comme dans un état second.

Je m'assois sur un banc. Je ne vois pas. Je n'entends pas. Je ne sais pas combien de temps je reste assise mais le soleil est bas quand je reprends ma conscience entière.

- Mademoiselle? Vous avez une feuille dans vos cheveux.

Je cligne des yeux plusieurs fois. Je vois à présent un homme avec des cheveux noisettes. Penché légèrement vers moi je sens une légère odeur de cannelle émaner de lui.

- À oui, merci.

Une longue feuille rouge en forme de cœur est entre ses mains. Pas un cœur telle que nous le dessinons tous. Un vrai cœur humain. Je remarque avec amertume que le milieu de la feuille est légèrement fendue.

- Si cela ne vous dérange pas, est-ce que je pourrais m'assoir à côté de vous?

Je hoche de la tête sans un bruit et me décale sur le côté. Mon imperméable glisse sur le bois vernis et balaye les minces brindilles éparpillées dessus. Il s'assoit à une distance respectable. Il reste silencieux le regard perdu dans le paysage.

Je suis son regard. L'eau du lac est parfaitement lisse. Il reflète avec la même précision d'un miroir le paysage automnale du parc. Le bruissement des feuilles me berce légèrement.

Je détaille l'inconnu avec une pointe de curiosité. Des cheveux légèrement bouclées d'un brun clair dépasse de son bonnet et tombe sur son front. Ses habits élégants sont d'un noir uniforme. Ce ne sont pas des habits que l'on porte pour une promenade. Son visage a l'air serein mais ses yeux sont vides.

À travers son regard je me retrouve. Impassible de l'extérieur mais en proie aux tourments silencieux intérieurs. Il a perdu quelqu'un. Il revient sûrement de son enterrement.

Il se tourne et surprend mon regard. Je le soutiens. Nous nous regardons sans rien dire. Le silence suffisait. On se comprenait.

- Je suis désolé pour vous, je murmure.

Le souffle du vent rapporte mes paroles à mon interlocuteur. Il sourit tristement.

- Merci.

Un silence passe. Un silence comfortable. Un silence où l'on ne ressent pas le besoin de le combler.

- Vous aussi vous avez perdu quelqu'un? demande-t-il doucement.

- Pas exactement, je souris, Il est parti mais est encore là. Je l'ai perdue mais je le croiserais peut-être au détour d'une rue. On se regardera sûrement sans trop quoi se dire, et puis après un sourire hésitant on continuera nos chemins respectifs. Comme si on ne se connaissait plus.

Mes paroles débites sans s'arrêter. Cela fait du bien d'en parler. C'est comme mettre un baume.

- Le plus dure c'est de repenser à tous les bons souvenirs et les comparer à aujourd'hui. Hier vous étiez heureux pleins de projets à venir et de rêve. Aujourd'hui vous êtes deux étrangers qui n'ont plus rien en commun à part des souvenirs qui s'estomperont dans le temps.

Surprise j'écoute le mystérieux homme compléter mon monologue. Il arrive à mettre les mots sur ce que je n'arrive pas a dire.

- Cela vous fera souffrir pendant longtemps. Très longtemps. Mais vous retrouverez un jour une autre personne. Quand bien des années auront passé vous vous retournerez et vous sourirez devant votre passé. Vous le regarderez avec tendresse. Vous vous rendrez compte que il y'a des personnes qui font partie de votre chemins mais pas de votre futur. Ils vous auront appris des lessons de vie que eux seul peuvent vous apprendre.

Des larmes coulent de nouveau.

- Même si c'est dur, ça ira. Ça prendra du temps mais tout ira bien.

Le soleil embrase le ciel d'une couleur pourpre. Le vent se lève légèrement. Je renifle.

- Il se fait tard je pense que nous devrions y aller.

Nous marchons en silence jusqu'au grilles de fer. En y arrivant je me retourne vers lui.

- Merci.

Un seul mot n'est pas suffisant pour le bien qu'il m'a fait, mais c'est tous ce que j'ai.

- Est-ce que je vous reverrez? je demande timidement.

Il sourit doucement sous le ciel écarlate.

- Peut-être? Si le destin décide que nous emprunterons le même chemin...

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