7h34. Un bruit strident résonne dans ma chambre vide.
"Encore ce foutu réveil..."
Je me lève avec difficulté. Je n'arrive pas à ouvrir les yeux, il fait trop clair dans ce minuscule appartement. Voilà déjà un mois que j'ai emménagé et pourtant, je n'ai toujours pas trouvé le temps de mettre des rideaux aux fenêtres... Et vous parlez d'une flemme...
Je me tire de mon lit et avance vers la salle de bain. Sur mon chemin, je trébuche sur un carton. Ça n'arriverait pas si je mettais la priorité sur les choses importantes, mais comme d'habitude, je fais les choses dans le désordre.
Devant le miroir de la salle de bain, mon reflet m'indique que ma nuit n'a pas été longue. Ces insomnies marquent tellement mes yeux... Si ma mère avait été là, elle m'aurait comparée à un panda. On aurait bien ri ! Maman... elle me manque tellement. Si mon père ne l'avait pas quittée pour cette pin up à l'autre bout du pays, on aurait peut-être pu garder la maison. Si, et si, et si... "Avec des "si" on mettrait Paris en bouteille"- comme ils disent. C'est vrai, il faut que je me concentre sur le présent. Je suis partie. Il le fallait. Et puis, on a besoin d'argent. En parlant d'argent, il faut que j'y aille ! Je n'ai pas envie d'être en retard au boulot, chaque minute compte. Le temps, c'est de l'argent - comme ils disent, aussi-.
Il pleut des cordes. Je n'habite qu'à quelques centaines de mètres de mon boulot et pourtant... il n'a suffit que de quelques minutes pour que j'y entre trempée jusqu'aux os. La journée commence bien...
LISA
- Alors Louisa, comme ça on se fait poursuivre par un canadaire ?
Lisa, ma collègue, a toujours le sourire. Seulement un mois que je travaille ici et on a déjà l'impression de se connaître depuis des années.
LOUISA
- ha-ha-ha. Toujours le mot pour rire à ce que je vois.
Je secoue mon imperméable pour évacuer toute la pluie accumulée.
LISA
- Roh ça va, range ton sarcasme ! Dans deux jours c'est le printemps, le soleil va revenir pointer le bout de son nez. T'auras plus d'excuses pour tirer la tronche, tu verras !!
Même si je fais genre, j'adore la positivité de Lisa, c'est une super amie, toujours là pour voir le verre à moitié plein -contrairement à moi-.
LISA
- Je dois filer tôt cette aprem, j'ai prévenu Nick. Tu pourras fermer seule ? Tu m'en dois une de toute façon. Et puis, si ça peut te rassurer, je ne pense pas qu'il y aura énormément de monde avec toute cette pluie et le concert de ce soir.
LOUISA
- Quel concert ?
LISA
- Celui qui se joue au stadium là, les Atlantic Wolf.
LOUISA
- Ah bon.. Jamais entendu parler.
LISA
- Mais siii ! Ils cartonnent en ce moment. C'est eux qui ont fait la musique qui arrête pas de passer à la radio là. "la lala, la lalala".
Elle commence à fredonner quelques notes rapides.
Bref, ils joueront ce soir. Tu pourras sûrement fermer plus tôt.
Le temps passe. Il est 17h22. Comme prédit, je n'ai pas servi énormément de clients. La pluie n'a cessé de tomber. Pour occuper mon esprit, j'ai passé le tiers de ma journée à regarder les passants esquiver les flaques dans la rue. Cette après-midi est si longue... Si ça ne tenait qu'à moi, j'aurais fermé le café depuis bien longtemps.
Il est 17h26, dans 4 minutes, je peux tourner la clef, passer un dernier coup de balai et partir.
17h27, le balai est préparé à l'entrée. 17h28, je me dirige vers les interrupteurs.
Mon index se pose sur le premier, mais au moment d'appuyer, la porte s'ouvre.
"Encore un client qui sait pas lire les horaires..."
Les rafales de vent secouent mes cheveux déjà défaits. Je souffle d'exaspération et d'épuisement. Je ne prends pas la peine de me retourner. Et alors que j'entrouvre ma bouche pour annoncer la fermeture, le client me devance. "Un café, s'il vous plaît".
Cette phrase, que j'avais déjà entendu des milliers de fois, résonna différemment cette fois-ci.
Je me pivote lentement pour faire face à la porte d'entrée.
Une silhouette s'esquisse. Tout ce que je peux voir ce sont ses cheveux mouillés qui gouttent sa veste en cuir. Sa tenue est sombre et ses yeux sont clairs. Le contraste est parfait.
Vite, vite, il faut que je me reprenne. Que dire ? Que vient-il de me demander ? Ma mémoire est bousculée. Et comme si il avait pu lire dans mes pensées, il répéta, plus doucement cette fois-ci : "Un café, s'il vous plaît".
Et moi qui comptais fermer...
À suivre...
BINABASA MO ANG
Elle & Lui
FanfictionElle, serveuse dans un café. Lui, chanteur connu en tournée. Il est 17h22. Il pleut dehors. Alors qu'elle comptait fermer, quelqu'un pousse la porte. Elle ne prend même pas la peine de se retourner. Les rafales de vent secouent ses cheveux déjà déf...
