Osamu Dazai

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Ça y est c'est fini, tout est la faute de Mori. Il a fait exprès de me retenir, de me faire perdre mon temps et ce en toute connaissance de cause. Il le savait que j'allais le perdre, lui, mon meilleur ami. Je ne cesse de me ressasser son corps inerte dans mes bras, ses yeux marrons devenus livides, ses muscles commençant à se raidir et ses paroles qui tournent en boucle dans ma tête.

Ma promesse faite à cet homme aux cheveux bruns, aider les autres. Il m'avait compris, il l'avait compris que mon bonheur ne serait pas situé dans la mafia mais autre part. Quoi qu'appeler ça le bonheur... je ne pourrais le confirmer.

Voilà déjà trois bonnes heures que j'ai annoncé mon départ à Ogai Mori, trois bonnes heures que je marche dans les rues où les gens sourient, rigolent sans se soucier d'autrui, je marche la tête hantée par tous mes souvenirs, mes galères et mes hantises. Je dois tout détruire, disparaitre, ne laisser aucunes traces et tout recommencer, essayer de bien faire au moins une fois dans cette putain de vie.

Mais qu'est-ce le bonheur ? Un court instant où tu souris sincèrement ? Le sentiment d'être enfin la personne que tu souhaites et ne plus cacher ce que tu es réellement ? Sentir ton cœur se remplir au fur et à mesure afin de laisser de côté la coquille vide qu'il était auparavant ? Je laissai mon corps tomber le long d'un mur dans la ruelle où je me trouvais à l'écart de celles bondées tout en plaçant ma tête dans mes mains à demies bandées. Pourquoi est-ce si dur d'atteindre ses rêves? Je n'ai pas demandé toute cette merde, d'être en vie...

Je vis à mes côtés un baril où je me mis à bruler toutes les affaires pouvant se rapprocher de la mafia et surtout ce foutu manteau noir de mes deux qui était un cadeau de Mori. Un cadeau qu'il donne à chacun d'entre nous lors de notre intégration à la mafia, un cadeau empoisonné.

Une fois fait, j'étais plus libre, mon cœur un peu plus léger de n'avoir plus aucunes affiliations avec la mafia portuaire. Plus aucuns liens... je ne suis attaché à plus rien, plus rien ne m'empêche de m'en aller de ce monde, d'abréger mes souffrances. En sois-je n'ai réellement plus rien, ce que j'obtiens je le perds ou on me l'arrache, je sais que je ne suis pas un cadeau, que je ne suis pas stable mentalement et que je ne suis pas la personne la plus pure de ce monde. Un suicidaire à l'état pur, le corps meurtri par mes infructueuses tentatives de suicides, une momie ambulante, un bousilleur de bandages comme le dirait si bien une connaissance. Une connaissance... et ça encore si seulement je n'étais pas ce que je suis, j'aurai pu assumer plusieurs choses... Protéger les seuls qui me sont chers et espérer vivre à leurs côtés.

Je me dirigeai vers notre endroit, ce bar nommé Lupin au whisky te brûlant la gorge aux premières gorgées, une sensation inoubliable, addictive... Le seul endroit m'ayant vu être moi, le seul me rappelant l'être perdu et le seul pouvant me le faire oublier. Encore faut-il que j'arrive à être bourré ce qui est une autre affaire, trois, quatre verres feront-ils l'affaire ? Ce bar aux allures mondaines, lui aussi s'est vêtu d'un voile le couvrant de critiques mesquines.

Je veux qu'on me laisse rêver, me bercer d'illusions, que ma vie de merde n'était qu'un cauchemar, que je me réveille et qu'on me dise que c'est fini, que le pire est derrière moi et que maintenant tout commence réellement. Les voir tous auprès de moi, me souriant comme si rien ne c'était passé, sentir mon cœur battre, le sentir se remplir de joie, d'amour et de bonheur mais le barman m'interrompu dans mes pensées, me ramenant avidement à la réalité. Je regardai à ma droite pour dire à mon compagnon de table qu'il fallait y aller, étonné qu'il ne m'ait pas prévenu avant, lui qui est si ponctuel. Mais la triste réalité me rattrapa et je sortais tête basse.

Je laissais mes pas me diriger traversant surement la ville et je m'arrêtais devant un petit appartement au-dessus d'un escalier. La lumière passant à travers les rideaux comme elle le ferait avec les jeunes nuages de l'aube, je me rassurais et repartit ensuite sans but, errant dans les rues de Yokohama.

J'arrivais au bas d'un immeuble se dressant fièrement et ayant une allure plus que distinguée, le monde lui a sourit à lui au moins... Je montais les niveaux sans fin et poussa enfin la porte me séparant du toit, zone interdite et surveillée, mon cul tout le monde y a accès et ce sans la moindre difficulté.

La vie ne te retient pas mais la mort t'attire, le contraste est grand et si facile à achever, abréger et franchir. Je m'assoie au rebord laissant mes jambes pendre, mes yeux encrés sur ce ciel, ce ciel remplit d'étoiles, de vie, faisant rêver des millions de gens. Ais-je le droit de rêver moi aussi ? Après tout ce que j'ai fait ? Tout le malheur que j'ai causé ? A qui vais-je manquer ? Je n'ai plus d'attaches, seuls mes bandages sont attachés à moi, la mort à ma peau.

Je me relevai et domina la ville, un sentiment de légèreté m'envahit et je soupire d'aise. Pourquoi ne suis-je pas capable de respecter les dernières volontés d'Odasaku... Tu pourras me rabâcher mon incapacité à tenir notre promesse, ce n'est pas grave au moins je te reverrais peut-être... car là où je vais ne sera pas là où tu te trouves...

Je regardais ce bleu nuit magnifique le comparant à un autre encore plus sublime, si cristallin, capable de chasser tous tes maux en quelques secondes, j'aimerai, ne serait ce une dernière fois, m'y reperdre... Je le regretterais mais de toute façon qu'est-ce que je ne regrette pas ? Je ne suis plus à ça près, je ne peux me décevoir plus que je ne le suis déjà.

Cette fois ci c'est la bonne, debout, le vent me fouettant le visage, je lâche prise, je vide mon esprit, laisse mes craintes et doutes et me laisse chuter, mon corps est enveloppé de douceur, de cette gravité t'attrayant le plus vite possible en son centre, te libérant de tout : Tes pensées, tes douleurs, ton identité, ce que tu as fait ne compte plus pour elle, elle te prend pour ce que tu es, plus besoin de faire semblant. Cette fois, c'est la bonne, la dernière...

OSWhere stories live. Discover now