La rencontre.

20 1 2
                                        

- Lamyae, bouge, on est en retard ! 

- C'est bon, 'San, j'arrive !

Maysan est le genre de fille qui s'absente à maintes reprises à l'école. Mais quand on doit sortir rencontrer des garçons, elle est prête une heure en avance. C'est impossible de se préparer aussi vite qu'elle ; se doucher, faire ses cheveux, se maquiller et porter ses vêtements se font en moins d'une heure pour elle. Moi, comme toutes les autres filles, c'est à peine si je trouve quoi porter !

Ça, c'est surtout parce que Maysan est désespérée. Elle a vingt-cinq ans et elle ressent en elle un vide qui ne peut être comblé que par le mariage d'un prince héritier aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Mais, où va-t-elle trouver cela au Maroc ? Ici il n'y a que des "Lacoste TN" qui "rappent" du Booba.

Une fois finie, je descendis :

- Non mais ce n'est pas trop tôt, dit-elle.

- Toi aussi. C'est pas au cinéma qu'on pourra "pécho" !

- Si c'est pas pour pécho, pourquoi tu prends vingt ans à t'habiller ?

Vous voyez quand je vous dis qu'elle est désespérée ? Par contre, nous avons trouvé le film parfait pour cette soirée : Titanique. Je voulais regarder à nouveau ce classique parce que je venais de sortir d'une terrible rupture. C'était un Omar aux cheveux bouclés ( à ce qu'il parait ). Il était fatiguant et stupide. Il était rappeur à temps partiel. Ne vous demandez pas pourquoi, mais il me semble que j'ai trouvé une lueur en lui quelque part lorsque je l'ai rencontré pour la première fois. La seule lueur qu'il a en lui est dans le reflet de ses cheveux gras.

Maysan était magnifique. Elle portait un léger décolleté noir avec une jupe colorée. Ses cheveux étaient époustouflants et son visage était bien fait. Je me rappelle, en troisième, quand elle portait ces mêmes hideux vêtements et ses bagues. C'était un garçon manqué et elle était fière de l'être. Elle s'en fichait de tout à part des bastons et du football - ce qui n'a malheureusement pas changé aujourd'hui.

Moi je portais une robe noire froufrou avec une chaine en or autour du cou et de simples talons. Moi, même en troisième, mon style était à la perfection, et quand je voyais Maysan, je priais pour qu'elle change. Et mon rêve s'est enfin (presque) réalisé !

Bref, nous sommes arrivées au juste commencement du film. Or, après quelques secondes, nous avons réalisé que nous avons oublié de prendre du pop-corn. J'ai envoyé Maysan aller en chercher parce qu'elle me devait une faveur, -je lui ai prêté mon T-shirt et d'ailleurs, elle ne me l'a toujours pas rendue.- Et la, elle m'en devrait deux des faveurs : vous comprendrez pourquoi.

Je n'ai pas les faits précis mais d'après ce qu'elle m'a racontée, une fois sortie du cinéma - car le pop-corn y est trop cher -, elle est rentrée au supermarché d'à côté (ou du moins, ce qui lui paraissait être un supermarché). Or, là, elle se trouve dans une fête, celle de la disco d'un mariage.

Et devinez quoi ? C'était le mariage du prince héritier de Norvège. Pourquoi avait-il choisi de se marier au Maroc ? On ne le saura probablement jamais. Normalement, il était censé prendre pour épouse une Norvégienne, le seul petit détail est qu'elle s'est enfuie lors de leur mariage.

Le prince était malheureux. Tout le monde dansait, lui était assis et buvait un verre de champagne. Ensuite, il sortit dans le jardin et s'assit, pour boire encore. Maysan était triste pour lui. Elle est partie le rejoindre.

- Ça va ? dit-elle.

- À ton avis, ma femme me quitte le jour de mon mariage, alors que j'ai cru qu'on était faits pour être ensemble ! Ma vie est lamentable !

- Mais non, ne t'inquiète pas. Je suis sure qu'il y a une fille parfaite pour toi dans ce monde.

- Si c'est vrai, c'est quand que je la trouve ? J'ai bientôt vingt-sept ans et ma famille me met la pression : ils veulent que je trouve au plus vite une femme à épouser.

- Ne t'inquiète pas, si tu veux parler à quelqu'un, voilà mon numéro de téléphone. Appelle-moi dès que tu le souhaites.

Maysan lui passa un papier avec son numéro, elle se leva et alla me rejoindre, à l'entrée du cinéma.

- Non mais Mayss', t'as vu il est quelle heure ? Je t'ai attendue tout le film ! J'ai du pleurer seule en essayant de supporter le gros monsieur derrière qui parlait au téléphone.

- Ah oui, le film ! Désolé, mais cette nuit j'avais l'esprit ailleurs. Bref, allons à la maison.

- T'es bizarre aujourd'hui. T'as ramené au moins le pop-corn ? Et bien non, évidemment ! Je t'ai demandé de faire un seul truc ! Tu ne me devais qu'une seule faveur ! Mais Maysan ne peut jamais rien faire à personne, fallait pas s'en douter !

Alors que je faisais raisonner Maysan afin qu'elle prenne conscience qu'elle a des responsabilités qu'il ne faut pas prendre à la légère, je sentais quand même qu'elle pensait à autre chose.

On revint à la maison et chacune rentra dans sa chambre.

Le lendemain matin, vers midi, Maysan reçut un message :

- Allo ? C'est moi de la fête d'hier. Merci de m'avoir réconforté. Je sais que je ne me suis toujours pas divorcé mais, pour te remercier, ça te dirais que l'on se revoit ? Disons aujourd'hui à dix-neuf heures au Bistrot Chic ?

- Oui, d'accord. Ça marche.


Le Jour J.Stories to obsess over. Discover now