PDV Anna-Bella
Je déteste que les gens pensent me connaître. Au lycée, tout le monde a déjà une opinion sur moi. La fille arrogante, celle qui répond aux professeurs, celle qui ne se laisse jamais marcher dessus. Ils ne savent rien. Ils voient seulement ce que je veux bien leur montrer.
Avec James, c'est encore pire. À nous deux, on a réussi à nous faire une réputation. On a tous les deux un caractère horrible, on se dispute constamment, mais ça ne nous empêche pas d'être amis depuis plus de sept ans. Enfin... ami est peut-être un grand mot. James dirait plutôt qu'on passe notre temps à nous supporter.
— Hé, arrête de me regarder comme ça ! grogne t-il.
Je relève les yeux vers lui.
— Je ne te regardais pas.
Il lève les yeux au ciel avec un sourire amusé avant de regarder derrière moi. Je suis son regard et un sourire apparaît sur mon visage.
— C'est parti.
On se lève en même temps et on traverse le réfectoire.
Britney arrive avec son plateau dans les mains. Elle est petite, brune et toujours beaucoup trop discrète. Le genre de personne qui préfère disparaître plutôt que d'attirer l'attention.
Lorsqu'elle nous voit arriver, elle baisse immédiatement les yeux. Je pourrais m'arrêter. Je pourrais simplement passer mon chemin. Mais à cette époque, je ne suis pas capable de voir les choses comme ça.
Je suis en colère contre tout. Contre mes parents qui ne savent même plus comment me parler. Contre les autres qui prétendent que tout va bien. Contre moi-même. Alors je préfère être celle qui fait peur plutôt que celle qu'on peut blesser.
— Salut, poulette.
Elle serre son plateau.
— S'il vous plaît...
James et moi échangeons un regard. Quelques minutes plus tard, nous retournons nous asseoir. Je fais comme si je n'avais rien remarqué. Comme si je n'avais pas vu ses yeux remplis de peur. Comme si ça ne me faisait rien. James remarque toujours tout.
———
— Tu sais que tu peux être une vraie peste ?
Je relève la tête vers lui. James est assis en face de moi avec son éternel sourire agaçant.
— Merci pour le compliment.
— Ce n'était pas un compliment.
— Dommage.
Il secoue la tête en riant. C'est ça avec James. Il est le seul qui ose me dire la vérité.
M Les autres ont peur de moi ou font semblant de m'apprécier. Lui, il s'en fiche. Il me connaît depuis que j'ai dix ans. Il connaît mes défauts, mes colères, mes silences. Il sait quand je mens. Il sait quand je vais mal.
— Tu pourrais essayer d'être gentille parfois.
— Je suis gentille.
Il éclate de rire.
— Bella, tu as failli te battre avec quelqu'un parce qu'il avait pris ta place dans la file d'attente.
— Il l'avait cherché.
— Bien sûr.
Je lui donne un coup dans l'épaule et il sourit. Avec lui, je n'ai pas besoin de faire semblant. Je peux être insupportable. Je peux être fatiguée. Je peux être moi.
⸻
Les mois passent et James devient une habitude.
La personne à qui j'envoie un message quand quelque chose ne va pas.
Celui qui m'accompagne quand je doute. Celui qui réussit à me faire rire même quand je n'en ai pas envie. Je ne comprends pas vraiment pourquoi il reste. Je ne suis pas facile à vivre. Je repousse les gens avant qu'ils aient la possibilité de partir. James revient toujours.
— Tu sais que tu es bizarre ?
Je tourne la tête vers lui.
— Pardon ?
— Tu fais tout pour éloigner les gens, mais quand quelqu'un part vraiment, tu es blessée.
Je reste silencieuse parce qu'il a raison. Je déteste quand il a raison.
— Tu réfléchis trop, Bella.
— Et toi pas assez.
Il sourit.
— C'est pour ça qu'on s'entend bien.
Je roule des yeux, mais je souris malgré moi. A cette époque, je pensais que certaines personnes étaient faites pour rester dans notre vie. Je pensais que James ferait partie de ces personnes. Je pensais que peu importe ce qui arriverait, il serait toujours là. Je ne savais pas encore qu'un jour, il deviendrait la personne qui me manquerait le plus. Mon meilleur ami. Ma plus grande blessure.
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Almost us
RomanceCinq ans. Cinq ans depuis que James a disparu de ma vie sans explication. À l'époque, il était mon ami, mon confident... et bien plus que ça. Une relation sans étiquette, sans promesse, qui avait fini par devenir beaucoup plus importante que je ne v...
