La simulation

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Je suis Ethan et je suis un ado de 14 ans. Je vis une vie plutôt basique dans ma ville natale. J'ai des résultats corrects, quelques amis dont un avec qui je suis très proche : Pierre. J'ai de bons résultats scolaires et dans l'ensemble, je m'en sors plutôt bien. J'aime bien jouer aux jeux-vidéos, regarder des films de science-fiction et courir. Ce matin-là, je suis seul, ma mère étant partie pour un voyage d'affaire. Je prends donc comme à mon habitude un petit-déjeuner copieux, me brosse les dents en vitesse, m'habille. Quand j'ouvre la porte pour sortir, une note collée dessus tombe, mais je ne m'en préoccupe pas : je la lirais ce soir. J'habite à 10 min à pied de mon collège, et j'entame donc comme à mon habitude, mon trajet routinier, écouteurs sur les oreilles. Ce matin, je lance Face Off de Tech N9ne, avec le beat de The Rock.

J'arrive à l'école, sors mon carnet pour le montrer aux surveillants et rentre dans le collège. Je salue quelques camarades et rentre dans la salle où le reste de ma classe est déjà installé. La prof me sourit bizarrement mais je n'y fais pas plus attention que ça. Mais à la place de commencer le cours de français que j'ai normalement, elle nous explique les équations de premier degrés. D'un coup, je me retrouve à table, mon assiette devant moi et une fourchette à la main. J'ai aussi une énorme migraine et certaines personnes me lancent des regards en biais. Je suis tellement abasourdi par l'enchaînement de déplacements qui n'ont aucun sens que je ne réagis pas sur le coup. D'autres personnes me regardent bizarrement, et, pour tenter de dissiper ma gêne, je fais mine de rien et continue de manger. D'un coup, une personne se lève et m'apporte un petit papier; je suis sur que je connais cette personne mais je ne me souviens plus de son nom : Mattéo, ou Sara peut-être ? Ma migraine s'intensifie pendant que je déplie le bout de papier. Je le lis : « Reviens à la réalité, signé Empleh ». Mon crâne explose pendant que je lis ça, mes battements de coeur s'accélèrent et des centaines de pensées traversent mon esprit. Qu'est ce que cela peut bien signifier. J'essaie d'interpeller la personne qui me l'a donné, mais son cou se tord, suivi de ses jambes : son corps forme un cercle parfait qui disparait d'un coup. Je vomis, choqué par la scène. Le pire, personne ne semble s'inquiéter de la disparue et ils me jettent tous un regard à mi-chemin entre le dégoût et l'inquiétude. 

Je pars en courant et me dirige vers les toilettes des garçons qui se transforment d'un seul coup en infirmerie. Les tableaux sur les murs ondulent et un personnage qui alertait sur les dangers des MST chuchote doucement : « Réveille toi ! ». Un homme en blouse se lève précipitamment et me dit « Ethan ça va ? — Ethan ?? Qui est-ce ? Mon prénom c'est... » De nouveau une migraine fulgurante. Il me demande si j'ai pris mes médicaments ce matin, mais je n'ai jamais eu de médicament : mon père disait toujours que j'ai une santé de fer. D'ailleurs, où est mon père ? Je me secoue la tête, pas le temps de penser, il faut agir. L'infirmière, qui était un infirmier peu avant, m'attrape le bras et me tend des pilules de couleurs bleus. J'ai, sans savoir pourquoi, la certitude qu'elles devraient être rouges. Je dégage mon bras d'un mouvement brusque et pars en courant. Je sors de l'école et me dirige sans but, avec comme seul objectif de semer mes poursuivants. Sur le chemin, un homme, non, une femme, me bouscule. Je me retrouve avec un bout de papier en main sur lequel est écrit : « Souviens-toi de la note ». La note ? Quelle note ?Cela doit être la note de ce matin, sur ma porte d'entrée !! Mes poursuivants mystérieusement volatilisés, je me dirige vers ma maison. Sur le chemin, des maison entières manquent, comme si elles s'étaient volatilisées, comme si elles n'étaient pas chargées ??

J'arrive dans ma rue. Je m'arrête d'un coup : impossible de me souvenir de mon numéro de maison. Le 72, non, le 70. C'est ça, le 70. Je me précipite sur la porte, clé en main, sans même que j'ai à la chercher dans ma poche. J'essaie de la rentrer dans la serrure, mais ma main tremble et je n'y arrive pas. J'inspire un grand coup, me concentre malgré ma migraine de plus en plus forte et l'enfonce. Je tourne la clé, sans succès. Je réessaie, sans que ce soit plus fructueux. Quelque chose semble bloquer. J'entends les bruits des sirènes dans le fond et décide de partir avant qu'Ils ne me rattrapent. Je m'éloigne de quelques mètres de ma maison et commence de nouveau à courir. J'entends la porte s'ouvrir derrière moi, mais, trop terrifié, je ne me retourne pas et accélère un peu plus. 

Je me réfugie dans la forêt, près d'un chemin de fer. Je me roule en boule au sol et me met à pleurer, épuisé par toutes ces émotions. Une fois remis, le souffle toujours un peu court de ma course, je me mets à penser. A penser à tout ce qui s'est passé. Je cherche les notes que l'on m'a donné, mais ne trouve rien : j'ai du les lâcher pendant que je courais. "Souviens-toi de la note". "Est ce que c'est lié à la note de ce matin sur la porte ? Mais d'abord, qu'est ce qui se passe. Rien de ce qui se passe n'a du sens, comme si je me trouve dans un autre monde, comme si je me trouve dans une... simulation !! Mais oui !! Cela expliquerait tout, les comportements étranges des gens autour de moi, les changements de personnalité, les trous de mémoire. Je suis dans une simulation, une simulation qui a un problème, qui bug ! Les pilules, c'était pour me faire oublier, pour me remettre dans cette simulation. Mais, comment je suis arrivé là. Mais surtout, comment je sors de là... Et si,  comme dans les films, je... meurs  ? Que se passera-t-il ? Je meurs vraiment, ou alors, je sors de la simulation ? C'est un peu radicale comme solution, mais j'ai quoi d'autres comme choix ? " D'un coup, j'entends un bruit : des adultes crient mon prénom. Des adultes, non, des humanoïdes difformes plutôt. Ils se rapprochent petit à petit de là où je me trouve. J'entends aussi le train siffler au loin. Quelle que soit la décision que je prends, je dois bouger, et vite. Je me lève, et je me mets, pour la troisième fois aujourd'hui, à courir. Mais cette fois-ci, ce n'est pas pour sauver ma peau, mais au contraire pour attenter à ma propre vie. Je me dirige vers les rails. Dans ma précipitation, je trébuche. Les silhouettes difformes se rapproches de plus en plus. Le train siffle de nouveau, comme pour m'appeler. Je me relève, et atteint finalement les rails. Le train est devant moi, à une centaine de mètres. Les monstres de la simulation ne sont plus qu'a quelques mètres. Je les entends crier mon prénom. Elles semblent désespérées, presque paniquées. Mais c'est trop tard, le train est déjà là. Il me percute et mon corps s'envole. Le temps ralentit autour de moi. Ma migraine est soudainement partie, le paysage qui était flou un moment avant redevient clair, les monstres difformes prennent un visage bien connu : ma mère, l'infirmier et ma voisine. Cela semble réel, si réel. C'en est terrifiant. Mon esprit n'a jamais été aussi vif. Je ferme les yeux une dernière fois, tentant de me remémorer ce post-it. Je retrace mon trajet matinal, qui apparait clairement dans ma tête.  Je ferme mon sac, agrippe mes écouteurs et mon portable, caresse mon chat rapidement. Je sors de ma chambre, marche dans le couloir. J'arrive devant la porte d'entrée, mais, à la place de l'ouvrir, cette fois,  je lis la note : "N'oublie pas tes médicaments pour tes troubles mentaux ! Bisous, maman".

Merde.

La simulationWhere stories live. Discover now