Le son des gouttes de pluies raisonnent dans le musée, des murmures se font percevoir de part et d'autres, le couinement des chaussures trempées sur le sol m'irriteraient à mon habitude mais je suis bien trop concentrée sur cette forme de nez.
Je trace, gomme, trace, gomme et retrace mais rien n'y fais, je n'y arrive pas, de plus, de grosses traces de gomme se perçoivent et fichent mon croquis en l'air.
J'arrache cette page et la froisse d'une main puis la jette dans mon sac.
Je fixe attentivement mes yeux sur les courbes de cet homme fait de marbre. Son torse, ses épaules, ses clavicules ressortantes, les muscles de ses jambes bien sculptées et son visage qui parait si réaliste.
Je me concentre sur chaque traits que je fais, de la mine de mon crayon je dessine cette statue. Mais, il y a toujours ce nez que je n'arrive pas à tracer. Je ne sais pourquoi mais cela m'irrite plus que tout.
Je prend violemment mon thé posé à côté de moi pour en boire une gorgée mais le tout se renverse sur mon croquis et mes genoux.
- Arrrgh! Ça brûle et ce foutu serveur m'a mis du café! Super maintenant je suis tachée!
J'entends un petit rire pas loin de moi. Je relève la tête et vois à hauteur des escaliers un homme se tenant là regardant dans ma direction.
Il se rapproche de moi et me dit doucement:
- Le café n'a pas la même odeur que le thé, vous n'avez donc pas remarqué plus tôt que c'était du café.
Je sors un paquet de mouchoirs de ma poche et lui montre en ajoutant un toussotement pour qu'il comprenne que je suis malade avec le nez bouché.
- Je suis malade et ne peux rien sentir. J'ajoute calmement.
- Oh, autant pour moi je n'avais pas cette information.
Je lui souris faussement en m'essuyant en même temps.
- Cette sculpture ne peut-être un Wissant, le style est totalement différent. Dit-il en détaillant l'œuvre des yeux.
- Peu de gens le savent mais à la fin de sa carrière il a trouvé une muse. Il croisa cet homme dans la rue et le sculpta jusqu'à la fin de ses jours. Il était hanté par ce visage et ce corps si fébrile et gracieux en même temps, qu'il sombra dans une folie dérisoire. C'est pour cela que beaucoup sont surpris et pensent au premier abord que ça ne peut-être du Wissant. Et c'est peut-être la plus belle de ses œuvres. Il était fou quand il l'a sculpté, tellement fou de ne pas retrouver cette muse qu'il en a fait une sculpture si réaliste. Dis-je tout en frottant frénétiquement la tâche de café sur mon pantalon.
- Oh, attendez je vais vous aider à nettoyer!
Il se rapproche de moi et ramasse le goblet qui se trouvait à mes pieds. En prenant un mouchoir, il renverse le fond de café sur mon haut.
- Non, mais vous êtes aveugle ou quoi! Vous n'aviez pas vu qu'il restait du café!
En même temps qu'est-ce que vous pourriez bien voir avec vos lunettes de soleil et votre casquette qui vous tombe sur le nez!
Je lui arrache le goblet des mains et me lève brusquement. J'attrape mon sac et pars en furie vers les escaliers. J'en profite pour jeter le verre en plastique et tambourine le sol pour montrer ma colère.
- Euh, vous avez oublié votre carnet de dessin!
M'interpelle l'autre aveugle.
Je tourne les talons et repars dans sa direction pour récupérer ce qui est à moi.
Quelques feuilles s'échappent de mon carnet et il les ramasse aussitôt.
- Matthew Perry! Vous êtes une fan de Friends?
- Qui n'est pas fan de Friends? Lui répondis-je sur un ton sec.
- C'est vrai! Lance t-il en rigolant. Vous dessinez très bien à ce que j'ai pu voir.
Je récupère mon carnet et il me regarde en pointant du doigt une feuille qui en dépasse.
- Qui est-ce sur ce dessin?
- C'est un acteur, Timothée Chalamet. Dis-je en sortant la feuille.
- Il n'est pas fini à ce que je vois.
- Je sais, mais je n'y arrive pas. Je bloque sur le nez, je bloque tout le temps sur le nez. Je n'arrive jamais à faire les nez qui ont du charme. C'est là qu'est mon talon d'achille. Ajoute en laissant échapper un petit rire.
Je pars enfin et sors de ce musée. Un violent courant d'air froid se fait sentir lorsque je passe les portes de sortie. J'enfourne mes mains dans les poches de mon blouson et marche en direction de la station de métro. Les gens courent et s'affolent de peur d'être en retard à leurs rendez-vous.
Je m'assoie sur un siège en attendant mon métro.
Une voix retentit dans les hauts parleurs et annonce que la ligne 14 est bloquée pendant 1 heure.
Je me plains intérieurement que ce n'est vraiment pas ma journée et ressors de cet endroit sentant les égouts.
Je marche énergiquement dans les rues de la capitale et m'arrête à un petit café.
En entrant dedans, une cloche retentit pour annoncer la venue d'un client. Je m'installe à une petite table près d'un chauffage et souffle de l'air chaud sur mes mains.
Je commande un thé bien chaud puis sors mes croquis et enfile mes écouteurs.
YOU ARE READING
Sans fin
FanfictionUn jour banal, dans un musée, comme à mon habitude je dessine la statue devant mes yeux.
