Texte 1

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Et j'avance, reliée par ce fil, et quand ce fil cède, quand lâchement il me lâche, c'est mon cœur qui le premier recule, et ma tête qui lentement s'abandonne, tombe tombe en arrière, mes cheveux caressent le haut de mon cul, mes bras et mes jambes avancent, mais moi je suis retirée, mais mon corps se replie, se tord se contorsionne dans tous les sens, dans le sens arrière du fil, dans le sens contraire de moi et de lui, et il va tomber, et le fil qui se casse lentement, morceau par morceau, je suis une marionnette qui le suit, comme dans les légendes je continue à avancer, quelques pas désordonnés avant de m'effondrer, morte.

Et il revient, en fermant les yeux c'est son image qui se dépose sur ma rétine, il s'approche même s'il est loin, toujours, et lentement dans mon bras il enfonce la seringue, et par petites touches piquées il me ranime, il me rend mon sourire et ma joie de vivre, en l'enfonçant dans ma nuque et mes épaules, dans mes mollets, mes cuisses, mes fesses et au plus profond de moi.


Tout est blanc. Autour. Il n'y a rien, juste moi, juste la silhouette de moi, une silhouette toute fluette, désorganisée, je suis un dessin, une image, je suis bleue, des traits sur le papier qui dessinent un petit garçon. Un petit garçon grand et dégingandé, mais petit quand même, petit parce qu'il est perdu au milieu de ce blanc, petit parce qu'il diminue quand la seringue ne le pique plus, il se sent bien quelques temps, ce petit, mais il est déjà en train d'aller moins bien, chaque seconde qui passe le retue, encore et encore, et encore encore encore il se meurt à petit feu, bientôt il ne sera plus qu'un petit tas de cendres, même pas fumantes non l'immensité de blanc a absorbé tout le reste. C'est un petit tas de cendres bleu. C'est tout.

On ne voit pas celui qui tient la seringue, je sais qu'il est là je le sens mais je ne le vois pas. Jamais. Je sais quelle est sa silhouette, je sais ce qu'il aime et ce qu'il abhorre, je sais qu'il sourit quand je dis abhorre je sais qu'on a des choses en commun, et que ce qu'on a pas en commun le deviendra, je le sais grâce à toutes les seringues qu'il a plantées dans mes bras, certaines plus douloureuses que d'autres, mais ce sont elles que j'ai retenues, et qui me font tenir et être encore un peu moi, enfin ce futur petit tas de cendres bleu qui ne fume pas, qui font qu'il ne m'a pas encore absorbée. Parfois, c'est moi qui le plante, qui plante au creux de sa jambe une petite épine, rouge. Lui, il est changeant. Parfois, il est noir, parfois, il est rouge, parfois il est jaune. Jamais je ne pique le même dessin. Peut-être qu'il est comme moi, en fait, qu'il n'est pas un dessin mais que c'est comme ça que je le vois. Peut-être qu'il se voit en dessin, lui aussi perdu dans une immensité, peut-être que son immensité à lui est toute resserrée, et que c'est pour ça que, parfois, il pleure. Peut-être que ses larmes ont formé un petit coin bleu, par terre dans sa petite immensité noire, peut-être que quand je le pique de rouge il se sent revivre, comme mon dessin de petit garçon.

Texte IIWhere stories live. Discover now