Gamine,
L'insouciance emplissait ma tête et mon cœur
De couleurs éclatantes.
A l'entrée au collège,
Ces couleurs sont devenues plus ternes.
Intello, un peu grosse,
Je croyais que c'était normal,
De recevoir des remarques sur mon corps,
Des insultes parce que j'étais boulotte,
Pas grosse, mais boulotte.
Y avait plein de gens
Pour me le faire remarquer,
Grands-parents, camarades, inconnus.
Avec ces remarques sur mon poids,
J'ai commencé à complexer,
A ne plus aimer ce corps
Avec lequel tout se passait pourtant bien avant.
J'ai commencé à le cacher,
A me cacher.
Sans vraiment m'en rendre compte,
J'ai un peu moins parlé,
J'ai été plus réservée,
Pour qu'on ne me remarque pas,
Pour qu'on ne me voie pas,
Pour ne pas déranger.
Moins expressive et moins joyeuse,
J'ai commencé à m'effacer.
Les couleurs dans ma tête se sont assombries.
La grossophobie,
Le désamour de soi,
C'est quelque chose qu'on intègre assez vite.
J'ai compris que le plus grand mal
C'est celui que tu t'infliges à toi-même.
Rien n'est gagné
Parce que le pinceau gris du désamour
Est un grand rouleau qui recouvre rapidement
Toutes les autres couleurs du cœur.
J'ai réappris à m'aimer,
À ne plus me cacher,
À moins m'effacer.
Ne plus se cacher,
Ne plus avoir honte,
J'ai le droit d'être là.
J'ai réappris à composer avec mon corps,
Il est là et me porte,
Je souris et ne baisse plus le regard
Quand je me vois nue devant le miroir.
Maintenant,
À plus de 26 ans,
Pour la première fois,
Je suis amoureuse d'une femme,
Qui m'aime moi et mes bourrelets,
Qui me fait l'amour,
M'embrasse,
Caresse mon corps.
Ce corps enveloppé mais assez fort,
Un peu gras mais qui me porte.
Je souris, je ris et je vis.
Avec elle,
Les quelques touches de couleurs
Qu'il restait dans mon cœur
Se sont propagées dans tout mon corps.
Alors voilà,
Tous les jours,
J'essaie que le orange,
Le mauve,
Le bordeaux
Ou le vert
Soient un peu plus éclatants
Dans ma tête,
Dans mon cœur,
Sur mon corps,
Mes bourrelets
Et mes vergetures !
