Le début de la fin

38 8 12
                                        

« Il est formellement interdit de pénétrer dans les réserves forestières, déclarées patrimoines naturels en voie de disparition. »
Loi du 25 mai 2041

  L'heliojet de la Sécurité forestière les avait surpris alors qu'ils traversaient un gué à découvert. L'engin avait effectué son unique passage à grande vitesse dans l'axe de la rivière. Un rugissement assourdissant d'engin à basse altitude, puis le ronflement des rotors s'éloignant pour restaurer progressivement le silence.

  -Tu crois qu'il nous a repérés ? Demanda Harp en extirpant sa grande carcasse de la boue où il s'était réfugié à la première alerte.

  Jig secoua farouchement les mèches rousses qui couronnaient son visage d'adolescent d'une crinière rebelle :
  -Possible, gronda-t-il, mais le temps que les gardes se pointent dans cette zone, nous serons déjà loin...

  Ils se regardaient tous les quatre avec la nette impression d'avoir à prendre des décisions rapides et efficaces. Le visage maigre et expressif de Kef pâlissait dans un début de panique.
  -Vous croyez... commença-t-il.

  Anna parla la dernière comme d'habitude. Elle prenait toujours le temps de poser toutes les données du problème avant d'énoncer un diagnostic sensé.
  -Pas de précipitation, décréta-t-elle en fixant le groupe de son regard noir, qui faisait toujours cesser les bavardages. De deux choses l'une : ou les senseurs du jet nous ont captés, le périmètre est d'ores et déjà bouclé et, en tentant de fuir, nous nous jetterons dans la gueule du loup, ou bien...

  Les trois adolescents frissonnants et trempés jusqu'aux os étaient suspendus à ses lèvres.
  -... ou bien, il n'a capté que nos traces a l'infrarouge, nous classant provisoirement dans le rang des animaux de la réserve. Le temps qu'ils identifient nos halos, nous avons peut-être la possibilité de rebrousser chemin et de retrouver la barrière à l'endroit où nous l'avons franchie.

  -Merde ! C'est bien notre veine ! S'exclama Kef, qui mesurait soudain le peu de chances qu'il leur restait d'échapper à la Sécurité.
  -On s'est presque déjà fait cueillir deux fois ! Énonça Harp, presque résigné. Tu sais à quoi t'en tenir...

  Sans discuter d'avantage, ils repassèrent le gué, la gorge serrée. L'eau leur parut encore plus glacée que la première fois. Jig tenait la main d'Anna. La jeune fille était si menue qu'on avait l'impression qu'elle aurait pu s'en aller au fil du courant comme un fétu de paille. Dès qu'ils touchèrent la terre ferme, ils coururent en file indienne vers leur objectif, situé à quelques kilomètres de la rivière. Le terrain leur était familier, et ils évitaient de revenir exactement sur leurs pas. Harp, avec sa poigne vigoureuse, écartait les branchages ou se frayait un passage à la machette dans les champs de ronces qui gênaient leur progression.

  En moins d'une demi-heure, ils furent en vue de la barrière électrifiée qui entourait le parc de son triple réseau protecteur.

  -On va la longer vers le nord, préconisa Jig en consultant rapidement sa montre-bracelet topographique. Notre brèche est située à un jet de pierre du mirador 10.

  Ils haletaient dans la végétation sauvage et les arbres couchés qui ralentissaient leur course. Dans moins de cinq minutes, si tout allait bien, ils seraient dans le monde normal, tout près du tunnel autoroutier à huit voies qui transperçait le parc de Sologne dans sa partie souterraine. Bien que de courte durée, leur escapade dans la forêt interdite resteraient néanmoins dans les hauts faits du groupe des Bios, comme ils s'appelaient eux-mêmes.
  Leur terrain, c'était la nature sauvage, même interdite. La moindre minute passée dans ces terres inconnues, dans ces réserves de biotope protégées comme des banques, valait bien les risques qu'ils prenaient...

  -ON NE BOUGE PLUS !
  Là voix était amplifié par un mégaphone.
  -À la moindre tentative de fuite, nous vous arrosons de gaz paralysant, et vous savez combien c'est désagréable et douloureux...
  Anna poussa un soupir et murmura :
  -Oui on sait...

Forêt virtuelleStories to obsess over. Discover now