C H A P I T R E - I -

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J'ai l'impression de faire du surplace. De ne pas avancer dans ce que j'entreprends de faire, dans mon quotidien, dans ma vie, ni de voir une quelconque différence. J'entends mais je ne parle pas. Je vois mais je n'agis pas. Je stagne, je rampe ; sans pour autant avancer. L'esprit totalement vide.

Les clapotis de pluie sont les bruits que j'entends s'échouer sur la vitre de ma voiture. L'essuie-glace monte et descend toutes les une secondes, tandis que je mets le point mort, puis le frein à main et je lâche la pédale de frein, attendant impatiemment que la circulation daigne enfin bouger.

Je vous avais dit que je faisais du surplace.

L'index gauche caressant mes lèvres, je chantonne un cantique qui relate la Genèse de la Bible. Un cantique qui, parfois, nous fait prendre conscience de l'existence de Dieu. Plus particulièrement pour moi.

Je sais de quoi je parle.

Ce sont dans des situations extrêmes que notre conscience s'ouvre à cette dimension de vie. Que nous prenons conscience que nous ne sommes pas seuls, qu'il y a quelqu'un qui nous tient fermement la main, au point de ne plus nous lâcher; de s'accrocher à cette main qui nous permet de tenir debout et de marcher jusqu'à atteindre le bout du tunnel.

J'en ai bien pris conscience également.

Constatant que la circulation devient fluide, je redémarre mon véhicule et avance à un rythme régulier du trente kilomètres à l'heure. Jusqu'à passer les vitesses adéquates.

Observant d'un coup d'œil la radio, c'est avec effroi et empressement que j'appuie sur la pédale d'accélération pour arriver à l'heure au bureau. Bien sûr , sans causer d'accident. Joe va encore me réprimander pour mon second retard du début de semaine. En empruntant plusieurs raccourcis de route - bien évidemment en évitant les piétons qui traversent la rue - je freine pile poil à l'heure à l'entrée de l'immeuble du journal. Embarquant dans mes mains mon thermostat de cappuccino au chocolat bien chaud ainsi que mon sac, je sors de la voiture et file à la vitesse de l'éclair à l'intérieur de l'immeuble.

- Bonjour Monica. Je salue l'agent d'entretien de la société.

Elle s'arrête un instant dans sa tâche pour me saluer à son tour d'un signe de main. Également je fais de même. Puis avant d'entrer dans l'ascenseur, je me frappe mentalement l'esprit pour avoir presque pu oublier une chose d'aussi importante à mes yeux ; je retourne sur mes pas à sa rencontre, farfouille dans mon sac à la recherche du petit cadeau que j'ai préparé la veille et la lui tend.

- Monica ? Je tenais à vous donner ceci.

Celle-ci, perplexe, s'arrête sur sa tâche de nettoyage, retire ces gants en caoutchouc jaune, puis prend le paquet entre ses mains. Elle fixe celui-ci avant de me lancer un regard interrogatif.

- Je ne comprends pas mademoiselle Adams ?

- Je veux que vous le gardiez précieusement et que vous vous rappeler que vous êtes comme une mère pour moi. Vous avez tant fait pour moi que je ne saurais comment vous remercier. Vous avez été celle qui a su me tendre la main là où je pensais ne plus en avoir. Merci.

- C'est tout à fait normal mademoiselle Adams, et si c'était à refaire, je n'hésiterai pas une seule seconde. Vous n'êtes pas obligé de me donner un ceci...

- Non ! Acceptez-le, j'y tiens vraiment. Il faut que j'y aille sinon mon responsable va encore me sermonner d'être en retard ! Passez une bonne journée, et surtout, pensez à préparer votre voyage rêvé !

Ne semblant ne rien dire, je m'en vais jusqu'à l'ascenseur qui s'ouvre à cet instant précis sur un homme qui passe à côté de moi, sans pour autant oublier de me bousculer au passage, créant une subite frayeur à mon cœur qui palpite à une vitesse excessive.

GUÉRIRDonde viven las historias. Descúbrelo ahora