J'étais fatigué. Je l'étais et je le suis toujours. La vie qu'était la mienne ne me convenait plus. Je voulais partir loin, et profiter de tout.
J'étais épuisé. Epuisé de toujours essayer de faire de mon mieux. De vouloir de la reconnaissance, de la fierté. De vouloir être parfait dans un monde qui ne l'était pas lui-même.
J'étais exténué. Exténué de devoir chaque jour, chaque heure, être poli, soumis aux règles que m'imposait une bonne éducation, d'être aimable, bienveillant, affable.
J'étais excédé. Excédé de devoir toujours être à l'écoute des autres, des gens qui se plaignent mais qui ne voient que leur infortune à eux. Est-ce qu'ils ne m'auraient écouté ne serait-ce qu'une fois ? Non, ceci était ma première plainte.
J'étais accablé. Accablé de devoir être une personne que je n'étais pas, de devoir changer pour ceux qu'on appelle « les autres », de devoir m'adapter à eux, eux qui ne s'adaptent à rien. Leur regard dans cette société était-il si puissant ?
Car Je suis usé. Usé de devoir toujours être présentable, beau, raffiné. Habillé de costume, de costard, de cravate et de chaussures cirées. Habillé comme un dandy, de choses superflues, extraverties et frivoles.
Moi, Kim Taehyung, j'étais vidé. Vidé de tout. Des choses qui m'entouraient, des personnes qui prétendaient être à mes côtés mais que je ne connaissais même pas. Leur nom me dîtes-vous ? Je ne les connais pas.
Moi-même je l'avoue, je suis abimé. Abimé par le temps. De la perpétuelle répétition de ma pauvre vie sans valeur quelconque. Je suis lassé de tout ça. Pourquoi agir en me préoccupant de ce que l'on pourrait bien penser de moi ? Pourquoi ne pas agir au gré de nos envies à nous et à nous seuls ? Parce que lorsque je me lâche et que j'oublie le reste de l'humanité, je fais honte aux autres, à mes amis, eux qui n'arrivent pas à faire abstraction et je deviens celui dont on se moque ou que l'on regarde avec des yeux gênés. J'ai donc arrêté et fini par ne plus vivre que pour les autres. Je n'avais pas le choix, j'en étais arrivé à penser que c'étaient eux qui dictaient nos vies ; ma vie. Finalement je crois que je vivais enfermé dans un corps. J'aurai donné cher pour montrer aux autres ma vision du monde, des choses incroyables que l'on pourrait réaliser sans cette peur de jugement permanente. J'aurai voulu qu'ils voient le monde à travers mes yeux.
Moi je ne serais jamais plus qu'ennuyé par cette vie. Vie que je n'avais pas choisi mais que les autres m'avaient affectée. Comme le reste des hommes, eux aussi vivaient soumis à ces mêmes règles, qu'ils finalement s'imposaient à eux-mêmes. La société nous gravait ces conditions invisibles, les mêmes pour tous ; y compris pour leurs créateurs. Et qu'on le veuille ou non, la condamnation était présente partout.
Mais moi je n'en voulais plus. Et je la rejetais ouvertement.
Nous vivons dans un monde rempli de gens individuellement influençables, qui ensemble, forment l'influence elle-même. On croirait entendre une nouvelle génération de contre-culture qui se bat pour faire changer les bases de notre société. Quand on leur parle, ils affirment nos propos sans dire, mais une fois le dialogue terminé, ce sont eux qui pointent du doigt et qui mettent en évidence ceux qui se distinguent de la normalité des hommes et qui les marginalisent.
On pourrait en devenir malade, de vrai parano, comme se retourner dans la rue parce que le nœud de la coïncidence a fait que vous passiez à cet instant présent alors qu'un prénommé Harold faisait sa blague stupide qu'il avait entendu hier à la radio, provoquant le rire de ses trois amis. Alors oui, vous vous retournez et les suspectez de se moquer de vous. Puis repartez, encore moins confiant en vous arrêtant devant une glace pour vous inspecter à la recherche de la chose qui les aurait fait rire. Oh oui mais cherchez toujours, vous ne trouverez rien.
Cette crainte, naissante chez nombre de gens, peu anodine et connu de tous, devient un des caractères le plus présent chez les autres. Cette nouvelle génération sculpte une personnalité de jeunes cons à grosse gueule bien souvent sur la défensive sans réel argument qui cherchent à camoufler leur non-confiance en eux. Mais pourquoi leur en vouloir puisque les seuls fautifs dans l'histoire ce sont ces groupes de jeunes qui lancent cette tendance. Et l'homme n'est qu'un mouton, il suit pour ne pas être rejeté par le reste de la troupe et malencontreusement devenir celui qui était au départ chassé.
Malgré la justice, certaines lois ne peuvent être instaurées, tout simplement parce que nous ne pouvons pas interdire à une bande de personne de lancer une mode ou alors obliger une autre à être assez intelligente et à vivre selon ses propres passions.
Mais cela va encore plus loin. Cette catégorie d'adolescents qui imposent leurs lois, pourquoi existe-elle ? Parce que la société humaine nous conditionne à former cette sorte de hiérarchie pyramidale ; les plus forts étant en haut, les plus faibles étant en bas. Ce qui joue ? L'argent, l'apparence, les fréquentations, tout ça forme l'influence. Et c'est ce qui dirige le monde, l'influence. Avec ça, tout le reste de la planète serait prêt à vous défendre et si vous avez tort, l'humanité entière prétendrait que vous avez raison. C'est ce qui fait votre pouvoir, et plus vous êtes puissant, plus on vous suit. Et puis forcément, être élevé dans une telle société fait que nous reproduisons la même chose à petite échelle. Le problème vient des plus grands, notre conditionnement doit cesser, car ce qui se produit dans les plus petites banlieues se produit aussi à la surface de la planète. Tout ça ne va plus, et je vous le demande, où va le monde ? Monde où il faut être toujours plus beau, plus riche, plus maigre, plus jeune.
Je dois changer la société des Hommes car le monde entier en est victime, et je ne veux pas que mes enfants grandissent dans un tel endroit. D'abord dans une école où ils ne seraient pas assez parfaits pour être acceptés, puis dans un métier où ils seraient esclaves d'hyper puissances dénué de sens éthique.
Je m'étais alors retrouvé seul pendant longtemps, puis j'avais rencontré ce mec, Rap Monster, un peu plus âgé que moi. Il avait le don de voir la beauté intérieure des gens alors que je n'y voyais que du mensonge. Mais c'est ainsi que je me liais d'amitié avec lui. Il riait souvent et souriait beaucoup ; c'est pour ça que j'adorais passer du temps avec lui. Mais là où l'on se rejoignait, c'était pris sous nos humeurs philosophiques à points perdus dans la nuit.
-Dit...
Namjoon était penché au-dessus du balcon alors que je le regardais s'amuser à se basculer en avant.
-Hm ?
Il me dérangeait alors que je le contemplais, perdu dans mes pensées.
-Pourquoi ce ne serait pas nous les créateurs ?
Je fronçais les sourcils tout en finissant par le regarder dans les yeux.
-Les créateurs de quoi ?
Il se distança du rebord et s'assit en face de moi contre le mur.
-Bah tu vois, ce sont les autres qui ont créé la règle de bannir les plus faibles, alors pourquoi nous, on créerait pas cette mode, il s'arrêta en me regardant comme s'il tenait une idée de génie, cette mode qui ferait que la faiblesse est une force.
Je le fixai d'abord sans trop comprendre puis peu à peu les idées se mirent en place, mes yeux devinrent ronds et je finis par me mettre debout.
-Mais oui ! Tu as raison Namjoon !
Il me regarda me lever. Je rentrai dans le salon et pris en photo quelque chose écrit sur une feuille avant de prendre une veste et de partir.
Dehors il pleuvait, je rabattis alors ma capuche sur ma tête.
Après quelques minutes, j'allai appuyer sur la sonnette d'un appart, au pied d'un immeuble. Un son se fit entendre m'indiquant qu'on avait décroché.
-C'est V.
Un second bruit témoigna que la porte s'était ouverte. J'entrai et me rendis au troisième étage.
Je pressai le pas et arrivai dans un couloir enfumé. Puis dans la pièce principale où des mecs jouaient au billard.
-Il est où Jimin ?
-Dans la pièce derrière.
Je disparu donc, passant des rideaux de perles. Il tenait un téléphone d'une main et une cigarette de l'autre. Je connaissais bien Jimin, c'était un genre de délinquant, mais pas comme les autres, il voyait grand, très grand. Il était à la tête de plusieurs grandes communautés capables d'agir indépendamment du pouvoir centrale. Il avait supprimé des tours de contrôles à coup de réaction chimique avec de la nitroglycérine et d'autres espèces dont le nom m'échappait. Il luttait contre la dynastie supérieure, celle que l'on appelle si bien les multinationales. Il prônait l'effondrement de l'histoire de la finance. Bref, il menait une guerre spirituelle, relatait nos grandes dépressions à nos vies et pensait que c'était seulement lorsque l'on avait tout perdu que l'on était libre de faire ce que l'on voulait. Mais il avait arrêté, sa guerre l'ayant enfin fait tout perdre, il avait gagné.
Il raccrocha enfin et se tourna vers moi.
-J'ai besoin de toi. Commençai-je directement.
J'en ai marre de tout ça. Il faut que je contribue à faire changer les choses. Nous vivons dans l'incompréhension hermétique de notre société, on a des emplois d'merde, on vit pour les autres, pour les riches. On nous crache dessus et on devrait accepter ça.
Il me regardait silencieux.
-S'il te plait. Insistais-je.
-Tu sais bien que je fais plus ça. J'ai réussi à toucher le fond et maintenant je suis enfin libre V.
Je le regardai, dépité. Il fallait qu'il accepte, sans lui je ne serais jamais capable d'une telle chose. Seulement je savais que mon plan était ingénieux, que s'il savait il n'hésiterait pas à me suivre.
-Jimin, ce sera ton dernier coup, ton coup de maître, et tu quitteras la scène internationale comme un roi. Je te le promets mais laisse-moi t'expliquer. Ecoute moi.
Et pendant cinq minutes je lui parlais sans que son visage ne laisse échapper l'once d'une quelconque émotion. Et c'est quand je me tus qu'il se leva et qu'il me sourit enfin.
***
C'est ainsi que Jimin et moi avions conçu le plan « V ». Nous avions préparé ce coup depuis des mois et il était enfin arrivé l'heure du changement. Nous allions faire sauter les maisons-mères des sociétés de cartes de crédit et la tour mère W directrice. Pourquoi ? Parce que si l'on efface les fichiers débiteurs, tout repart à zéro. Et l'économie équitable remonte.
Je voulais montrer à tout l'univers, que même les plus petits avaient du pouvoir et bien plus que ce que l'on pouvait penser, bien plus que ceux qui dirigent le monde. Oui parce que quand on agit dans l'ombre, on est invincible. Où leur argent, leur pouvoir, leur charisme ou juste leur réputation ne peut atteindre personne dans ce jeu-là. Si je m'attaque à l'échelle nationale, c'est pour montrer aux petits locaux qu'ils devraient avoir bien plus peur. C'est cette image de pouvoir qui monte à la tête, cette envie d'être celui qu'on idéalise qui engendre cette gradation, même dans les petits collèges de quartiers.
Alors j'avais décidé de taper fort, de montrer que notre monde était incertain et que du jour au lendemain, tout pouvait flancher.
***
A minuit pétante tout allait exploser. On s'était positionné dans un immeuble en face pour assister au spectacle. Le feu d'artifice allait bientôt commencer.
-Halo Namjoon ? Tu devrais allumer ta télé car ce soir les médias risquent de beaucoup parler. Je t'ai fait une surprise, j'espère qu'elle te plaira.
Je raccrochai. Je ne lui en avais jamais parlé avant, c'était comme une réponse à l'idée qu'il avait eu. Il avait tenté de comprendre où j'étais allé cette nuit-là, mais je lui avais répondu que le temps viendrait où il comprendra. Et il était désormais arrivé.
Il restait maintenant moins d'une minute avant le bouquet final. Jimin et moi étions positionnés au première loge, assis sur un canapé.
- V, je voulais juste te dire que j'appréciais celui que tu étais devenu. Il marqua une pause.
Je me demandais si tu voulais savoir pourquoi j'avais accepté de collaborer une dernière fois avec toi.
J'avais tourné la tête dans sa direction, les coudes sur les genoux. Et le sourire aux lèvres je lui demandais pourquoi.
-Parce que j'ai vu la détermination dans tes yeux. Tu ne ressemblais pas au Taehyung que je connaissais ; ce soir-là tu m'as impressionné.
Je voulu m'approcher de lui et le remercier mais la première bombe explosa. Je relevai la tête face au feu qui s'échappait des étages. Puis derrière un second immeuble s'effondra, puis un troisième et encore un quatrième. Je pensais à la justice que je rendais et bon dieu c'était magnifique. On était émerveillé par ce spectacle, par le feu qui rugissait, par la cendre qui se répandait parfaitement à l'image de l'égalité.
***
Il était tard dans la nuit quand je rentrai dormir chez Nam. Il devait bien être 4h du matin quand je tournai les clefs dans la serrure.
Mais quand je m'avançai silencieux je l'aperçu assis par terre en face de la télé. Je me dirigeai alors vers lui et voulu poser ma main sur son épaule mais il se releva violemment. Il avait le visage humide et transpirait.
-Q--qu'est-ce qu'il y a ? Je m'apprêtai à marcher vers lui mais il recula.
-Qu'est-ce que tu as fait Taehyung... Chuchota-t-il en me regardant avec ces yeux mouillés.
Je restai debout face à lui sans rien comprendre.
T--tu n'as pas honte ?
Je voulu parler mais il me poussa contre le canapé.
-T'es devenu complètement malade ! Hurlais-je à travers le salon.
J'étais tombé par terre, dos au siège.
Et un silence se forma. Il me regardait mais ces yeux fixaient un point vide dans les miens. Il ne répondit pas immédiatement et se mit à genoux face à moi.
-Moi je suis malade ? Mais V, tu as bombardé quatre tours, les quatre putains de tours les plus importantes de la ville. Et tu sais quoi ? Des gens y bossaient. Et ils sont où maintenant ? Il ne bougea pas, mais le coin de sa bouche se souleva dans un réflexe évoquant son dégoût envers moi.
Et il me cria de toutes ses forces à son tour :
-Ils sont morts maintenant !
Il s'arrêta essoufflé tandis que je me repositionnai sur le canapé. Avais-je vraiment tué toutes ces personnes ?
-Putain mais t'es allé beaucoup trop loin V.
-Mais j'n'aie fait que de montrer que personne ne peut tout contrôler. Qu'ils ne sont pas les rois de la société. J'ai vu plus grand Nam, bien plus que toi. Pourquoi ne s'occuper que de petits problèmes de banalité si l'on peut toucher plus haut ? Jimin et moi on a bâti un monde qui repart à zéro. Pas de jugement ni de discrimination.
Le volume de ma voix diminua légèrement. Hey, t'imagine le monde qu'on a créé ? Il-Il..
-Ton « monde » s'est créé en prenant la vie de centaines de personnes. La fondation de ton monde, c'est la mort.
Il avait dit ça en chuchotant entièrement, calme en face de moi, comme pour me montrer la cruauté de mes actes.
-On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs. Osai-je dire. Mais il ne sembla pas de mon avis et se retourna en me jetant un regard que je ne connaissais pas.
-Mais est-ce que tu te rends compte de ce que tu viens de dire ? Je me reculai par reflexe tellement sa réaction était violente. On n'est pas dans un jeu, là c'est la putain de réalité. Tu es devenu un meurtrier et ça ne te fais ni chaud ni froid. Tu es dans une bulle Tae réveille-toi. Tu as établi la terreur mais si cette société s'est construite telle qu'elle l'était, elle va se rebâtir de la même manière. Ce que tu as fait, n'a fait qu'empirer les choses. Parce que les plus riches regagneront leur argent volé et que les plus pauvres eux, devront repayer ces tours détruites qui ont coûté des milliards à l'état, ou plutôt, aux pauvres esclaves qui paient leurs impôts depuis des années, c'est-à-dire nous !
Il versa une larme en posant une main sur ma tempe.
-Tae, tu t'es voilé la face. Tu es devenu pire que tous ces mecs blindés, ton obsession t'a mené trop loin, t--tu as suivi tes passions et elles t'ont conduit à ta perte.
Une angoisse naissait dans mon ventre. J'avais pensé et repensé ce plan des millions de fois mais je n'avais pas vu tout ça ; sa vision à lui, je ne l'avais jamais regardée.
Tu voulais un monde meilleur mais tu as construit une zone de destruction. Tu as été aveuglé par ta soif intérieure de vengeance. Que tu veuilles l'admettre ou non, le fait que tu aies été rejeté à cause de ta différence, tes problèmes à l'école, tes difficultés au bureau, t'ont conduit inconsciemment à agir de façon irresponsable, insensée, immorale.
-Tais toi ! T..tu dis n'importe quoi !
Je me bouchais les oreilles. Il inventait ce qu'il disait, il me voulait du mal.
Taehyung, tu es devenu celui que tu voulais tuer.
Je pleurais et lui criais de se taire mais il ne se taisait pas ; il ne se taisait pas et sa voix raisonnait dans ma tête sans que je puisse l'enlever.
Tu es celui qui a imposé son pouvoir au détriment des autres, celui qui a suivi son propre jugement et qui n'a pas regardé plus loin que le bout de son nez, tu n'as pas pensé aux conséquences de tes actes sur les autres. Tu as pris la place du dirigeant et tu sais mieux que quiconque comment et pourquoi. Tu es celui qui as abusé de son pouvoir et qui a lancé cette mode, il s'approcha de moi, de très près, alors que je me débattais avec mon être intérieur pour ne pas évacuer toute la rage de mon corps, cette mode qui fait que l'on peut tuer par pure vengeance.
Il déambulait dans la pièce, tournait en rond inconsciemment, se chuchotait des choses à lui-même.
Les lois ne pouvaient rien arranger alors tu as créé tes propres lois. Mais on ne peut pas faire ça Taehyung, on n'peut pas.
Il agrippa le haut de mon tee short et me chuchota, de sa mâchoire contractée et ses dents apparentes, que « j'avais créé le chaos dans une ville qui avait créer l'anarchie dans ma tête ».
Puis il me lâcha et alla sur le balcon, les mains sur le crâne. Moi j'atterrissais, me rendant compte de l'atrocité de ce que je venais de faire. J'avais fini par m'arrêter d'hurler. Désormais je ne bougeais plus. Je ne savais plus quoi faire. Je le regardai poser ses doigts dans le creux de ses yeux et pleurer sans honte. Il revint dans l'appartement et sortit une feuille qu'il déplia. Il s'humecta les lèvres avant de renifler et commencer à lire le bout de papier.
« Park Jimin, 010.xxxx. xxxx. »
Et il me regarda en demeurant silencieux.
C'est le papier que tu as pris en photo ce soir-là.
Il attendait que je réagisse mais je ne comprenais tout simplement pas. C'était le numéro de Jimin oui et alors ?
-Tu ne réagis pas Taehyung ? Me demanda-t-il en se retenant de pleurer.
« Ok..très bien » se dit-il à lui-même.
Il sortit son portable et renifla avant de passer son doigt sous son nez. Il composa le numéro et attendit la numérotation en me regardant de ses yeux d'infortune. Il s'agenouilla face à moi et versa une larme quand mon téléphone sonna.
Je penchai la tête sur le côté et ne bougeai pas.
C'est une coïncidence, j'en suis certain.
-Regarde qui t'appelle V. Chuchota-t-il le front presque collé au mien. Il n'articulait quasiment pas, sa respiration saccadée me torturait de l'intérieur.
Je ne bougeais pas et ne faisait que de tourner la tête de droite à gauche en murmurant des non sans forme ni fond. Mais il me prit les épaules et les secouant et en criant :
-Regarde qui t'appelle bon sang !
Je m'étais alors remis à pleurer et mon état de crise ne s'arrangea pas ; mes "non" à répétitions s'accentuèrent. Je sortis de mes mains tremblantes mon téléphone de ma poche et regardai qui m'appelait. Je lu précisément « Rap Monster ». Un sanglot m'arracha la gorge alors que lui et moi relevions la tête en même temps.
-Je suis désolé, tellement désolé. Pleura-t-il.
-C--c'est n'importe quoi. Tu inv--entes tout ça. C'est un montage.
Il grimaça et se pinça les lèvres.
-Non V..tu t'es inventé Jimin...Ji--Jimin n'existe pas..il est dans ta tête.
Je le regardai comme s'il me parlait dans une autre langue. Mais il délirait complètement, ce n'était pas possible.
Je me mis à rigoler nerveusement.
-Est-ce que tu t'entends parler ? Je n'aurai pas été capable de faire ses bombes sans le savoir de Jimin. Seul, je n'aurai jamais pu avoir l'audace de faire tout ça.
J'étais sûr de moi, je ne savais, et ne sais toujours pas comment sont fabriqué ses explosifs.
Il secoua la tête et renversa son corps lourd sur le sol. Maintenant assis, il se prit le visage entre les mains et marmonna :
-Pourtant c'est bien le cas... car quand tu es dans la peau de Jimin, un autre monde s'offre à toi et tout ce savoir, tu l'as seulement quand tu te crois être lui.
Le son de sa voix diminua. « Je suis désolé »
Je ne répondis rien et beuguai en silence. C'était un cauchemar, un véritable enfer, seulement c'était la réalité. J'avais horriblement mal au fond de mon être, comme si la boule naissante de tout à l'heure avait grossit et que maintenant elle m'empêchait de respirer. Mes poumons se compressaient et ma gorge m'enflammait. J'avais mal au ventre, comme si quelqu'un s'amusait à me poignarder.
-Namjoon..je tiens à m'excuser. Finis-je par dire.
-Tu ne savais pas ce que tu faisais, c'était pas toi. Il regardait le sol sans réaction. Puis fini par relever sa tête dans ma direction alors que je tournai mon visage vers l'extérieur.
Je me levai en lui souriant et me dirigeai doucement dehors.
-Merci d'avoir été à mes côtés et de m'avoir compris. Tu as été mon seul ami ici finalement.
-Tu sais j'ai toujours partagé ta vision des choses, j'étais admiratif de tes pensées. Tu as toujours été un exemple pour moi. Je ne t'ai jamais vu comme..comme ça.
Je devinais qu'il voulait dire qu'il ne me prenait pas pour un malade mental. Quelle ironie.
-Aussi, je tiens à m'excuser une dernière fois. Dis-je en me déplaçant en marche arrière en direction de la terrasse.
-Pourquoi ? Il se releva à son tour.
-Je serai enfin libre de tout, tu sais, libre de la société dans laquelle on vit, je ne supporte plus tout ça, il m'est impossible de continuer à vivre ainsi, et c'est encore pire depuis que je réalise qui je suis réellement.
Il commença à mettre ses mains en avant.
-Qu'est-ce que tu dis Taehyung ?
-Dans ce monde-là au moins, on ne peut être qu'un seule et unique être, et tu sais là-bas, personne ne juge personne parce qu'il est différent. Ce monde est génial Nam, tu viendrais aussi si tu savais.
La distance entre mes fesses et la barrière devint finalement nulle et mes mains se posèrent dessus, alors que j'étais encore en face de lui.
Je le vis écarquiller les yeux et faire un pas en avant plus rapide que les autres. Mais je souriais en m'imaginant cette ville dont je rêvais tant. Je levai les yeux vers le ciel et j'étais prêt à parier que Rap Monster pouvait voir mes yeux briller sous la galaxie étincelée vers laquelle mon regard se portait.
-J'-j'ai tellement rêvé de l'atteindre oh tu sais, c'est un rêve pour les gens comme moi. Elle est tellement parfaite, chacun vit libre et souscrit à ses propres choix. Nous traçons notre propre chemin à travers nos désirs. C'est fantastique n'est-ce pas ?
Je reposai mon regard finalement sur l'homme en face de moi qui semblait effrayé.
-Mais de quel monde parles-tu ?
J'eu un rictus mais ne rigolai plus.
-J'ai pris le choix de dépendre d'autre chose que de la vie.
Il resta en place sans mouvement. J'en déduisis que je devais continuer à parler.
-Dans ce monde je ne vis pas comme je le veux, tu le sais, je ne suis pas heureux.
Il baissa la tête et se mordit la lèvre.
-Alors j'ai choisi un autre monde, son opposé. J'y serai donc forcément heureux.
Il me regarda soudain avec de grands yeux arrondis. Il se mit à chuchoter et de plus en plus fort j'entendis :
-Mais tu n'vas tout de même pas...
-J'en suis profondément convaincu tu sais, dépendre de la vie est un poids, une malédiction, une condamnation. Je secouai la tête. Et je ne veux pas vivre condamné.
Sur ces mots je basculai mon corps en arrière. « Je suis désolé » lançai-je une dernière fois à mon ami.
Ce sont sous les cris à la fois puissants et terribles de mon confrère que mon corps tomba en chute libre dans les airs. Je fermai les yeux enfin apaisé que tout cela s'arrête. Mon monde à moi n'avait plus les inconvénients de ceux offerts par la vie, ou plutôt imposés. Je vivrai pour moi, libre et enfin heureux. Où les clichés, les stéréotypes, la discrimination, l'inégalité, les jugements n'auront pas de signification. Et là-bas, je serai moi, moi et moi seul. La vie déclinait petit à petit alors que je sentais mon poids devenir de plus en plus lourd. Le perpétuel regret de dernière minute n'arriva pas et ne fit que confirmer mes dires : je rejoignais mon vrai monde, celui qui me correspondait par son opposition à celui qui m'a détruit. Sur cette dernière ligne droite, j'éprouvais un des seuls sentiments de bonheur que je n'avais eu lors de mon cours passage sur terre. Je pouvais enfin souffler que tout ça soit finit, terminé. Je stoppais ma vie pour mieux la recommencer dans un autre univers, car finalement, avant la naissance, il y avait la mort, après la vie, il y a la mort, alors après la mort il y a la vie. Ce n'était pas fatidique, seulement irréversible. Je ne faisais que de précipiter les choses et de me donner une nouvelle naissance. J'avais choisi de dépendre de la mort, la vie elle, je la quittais dès à présent.
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Bonsoiiiir !
Voici une fanfiction qui relate principalement de la conséquence du jugement des autres, et du fait que certain y accordent trop d'attention.
Faites des fucks aux gens
J'espère qu'elle vous aura plus, la visions de Taehyung, en plus d'etre endommagé par sa schizophrénie, est très pessimiste mais bien construite.
N'hésitez pas à laisser des commentaires ou à poser des questions ~
Merci ♧