Chapitre 4

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Manon ferma le hublot du lave-linge avec plus d'ardeur que nécessaire, puis s'appuya sur la machine à l'aide de son coude droit – le seul qui soit valide. Elle n'était pas loin de pleurer ; effectuer une tâche aussi banale que lancer une dernière lessive lui apparaissait ridicule vu le tour qu'avait adopté son existence.

Elle lorgna son bras en écharpe, grimaça. Encore maintenant, le soulagement d'avoir découvert aux urgences qu'elle n'avait rien de cassé ne surpassait pas la tristesse éprouvée face à ce nouvel « accident » domestique : une glissade matinale sur un lego peu après qu'elle ait obligé Nasiha à aller se brosser les dents...

Un souffle abattu lui échappa. Dire que sa fille avait à peine paniqué pour elle, qu'elle avait préféré lui répéter que Madame Violette savait qu'elle n'avait rien de grave. Dire qu'elle lui avait juré à de nombreuses reprises qu'elle n'avait pas sorti le minuscule jouet de sa boîte...

Oh ! Manon ne cessait de se demander ce qui était le pire dans cette histoire. Était-ce l'éventualité que Nasiha lui mente effrontément, ou plutôt le fait qu'elle soit tentée de la croire ?

Elle se mordilla la langue. Une part d'elle, rationnelle, lui assurait qu'elle cédait à la paranoïa, à la peur de mal accomplir son rôle de mère ; toutefois, une autre, bien plus présente, lui hurlait qu'elle était victime d'un phénomène inexplicable – et qu'elle en était consciente, au fond d'elle, depuis un bon moment.

Les accidents, les claquements de portes, les paroles et sons improbables...

Alors que Manon redressait sa colonne vertébrale, prête à remonter au rez-de-chaussée, une phrase de Nasiha lui revint en mémoire... Les urgences quittées, celle-ci l'avait interrogée sur le sens du mot « karma ». Une question qui serait née d'une remarque de Madame Violette : sa chute serait selon elle le résultat du karma.

Son estomac la titilla soudain aussi fort qu'à l'instant mentionné.

Manon ne doutait pas que Nasiha lui ait tenu rigueur de son ordre, qu'elle ait envisagé que son malheur représentait une forme de vengeance – petite, elle-même avait plusieurs fois souhaité que ses parents souffrent lorsqu'elle était contrariée par leurs actes. Néanmoins, l'utilisation du concept de karma dans sa bouche d'enfant lui laissait un goût amer.

Ses poings se contractèrent. Bon sang, elle se sentait si impuissante ! Nasiha s'éloignait d'elle de jour en jour...

Manon renifla. Elle avait beau être persuadée, en son for intérieur, que ni Nasiha ni elle n'était coupable de la tension qui les animait, elle n'en avait pas moins aucune idée quant à la façon de gérer la situation. À qui demanderait-elle conseil, de surcroît ? Elle s'imaginait mal admettre à voix haute qu'elle pensait son bébé hanté !

Elle se tenait dans une impasse. Était piégée.

Manon se massa les tempes et remonta l'escalier de la cave. Sa machine programmée, toutes ses tâches quotidiennes se révélaient terminées. Un rictus désabusé tordit ses lèvres. Que n'aurait-elle pas donné afin que ses réflexions adoptent un rythme similaire et disparaissent !

Elle soupira. Les choses deviendraient-elles plus aisées si elle évoquait ses suppositions avec Nasiha ? Elle avait à cœur de partager ses interrogations sur Madame Violette, de l'enjoindre à ne plus l'écouter ou lui adresser la parole... Cependant, ne risquerait-elle pas gros ? Et si elle abîmait davantage le lien qui l'unissait à Nasiha ? Et si elle la mettait en danger ?

— Manon, ma grande, tu es coincée, grinça-t-elle dans le vide. Tu n'as que deux options : accepter d'avoir déçu Nasiha et échoué dans ton rôle de mère, ou te renseigner sur le paranormal et appeler un exorciste, quitte à être ensuite la risée du quartier si tu te fais des films.

Madame VioletteLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant