Premier quartier de lune

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Décembre 1996

Cela fait plusieurs mois qu'elle me tourne autour. Elle s'arrange pour venir sur les mêmes missions que moi, pour que l'on fasse rondes ou patrouilles ensemble.

Ses cheveux autrefois rose vif, violet, jaune ou orange arborent désormais une teinte grise, proche de la fourrure d'un loup.

Et pas n'importe quel loup.

Elle si joyeuse, se renferme petit à petit. Elle continue de me suivre partout, et d'insister, mais à chaque refus que je lui oppose, sa joie s'évapore un petit peu plus. Mais apparemment pas sa détermination.

Jamais personne ne s'est attaché à moi comme ça. Personne depuis James, Sirius et Lilly. Mais c'était des amis, c'est encore différent. Et aucun d'eux n'est encore là aujourd'hui. Elle a d'ailleurs été d'un grand réconfort lorsque Sirius est ... Je ne peux toujours pas me résoudre à le dire. C'est encore trop frais. Je pense que si je croisais Bellatrix Lestrange un soir de pleine lune, potion tue-loup ou pas, je le laisserais faire. Je le laisserais prendre possession entièrement de mon esprit, je ne chercherais même pas à le battre, et je le laisserais faire ce qu'il veut de cette ... Calme. Calme.

Je dois me calmer. Je ne dois pas m'emporter.

Nous sommes dans le premier quartier de Lune. Il est toujours relativement actif pendant cette période là. Il a faim. Mais ce n'est pas moi. J'ai beau détester du plus profond de mon être cette femme, si je peux éviter de tuer, je le ferai.

Je disais donc quand Sirius..., elle était là. Elle était là pour moi. Elle a pris le temps, elle s'est occupée de moi. Elle m'a trouvé la potion tue-loup, elle m'a nourrit, elle m'a empêché de me laisser couler, et de m'abandonner à la bête qui dort en moi. Étonnamment, je crois que le loup en moi l'aime bien. Je ne sais pas si c'est parce qu'il en ferait bien son dîner, ou plutôt son quatre heure. Mais, il l'aime bien. Et ça me fait d'autant plus peur.

Je ne veux pas lui faire de mal. Je suis déjà bien plus âgé qu'elle et en plus je suis un danger sur pattes. Chaque pleine lune, je me couvre de fourrure et je pourrais dévorer quiconque se dresse sur mon chemin. Ce n'est pas une vie pour elle. Ce n'est une vie pour personne, certes, mais je ne veux pas lui infliger ça. Elle mérite mieux. Elle mérite une belle personne, au sens propre comme au figuré. Qui voudrait d'un vieux loup-garou comme moi, alors qu'elle est si jolie ...

Non, tu t'égares encore. Tu ne peux pas te permettre de penser à ça. Oui elle est jolie, oui elle a un rire qui résonne en moi, oui sa maladresse me fait rire, mais non. Stop. Ce serait égoïste. Égoïste de croire que je peux lui apporter quelque chose de bien. Que je puisse mériter une personne comme elle.

Et puis honnêtement, vu la situation actuelle, ça n'a aucun sens. On est en guerre, on se cache. Qu'est-ce que ça pourrait donner de bon ? Bon en même temps, si on ne sort pas vivant de cette guerre, nous n'aurons pas profité de nos derniers moments de vie et nous partirons avec des regrets. Ce n'est pas beaucoup mieux non plus. Mais non. Espèce de loup buté.

J'ai l'impression qu'il me pousse vers elle. Mais est-ce réellement le loup qui me pousse vers elle ? Ou c'est juste moi, juste mon coeur. A ce qu'il parait, une petite lueur s'est allumée dans mes yeux. C'est Molly qui me l'a dit, avec un regard et un sourire de « je sais très bien ce qu'il se passe ». Elle me l'a vantée, et elle me la vante à chaque fois que je passe au Terrier. Qu'est-ce qu'elle m'a dit la dernière fois ? Ah oui. Que j'avais le droit au bonheur. Mais que, elle aussi, elle y avait le droit et que c'est moi qu'elle avait choisi. Et qu'à force de la repousser, non seulement je me faisais du mal pour rien, mais que je lui en faisais à elle aussi.

C'est ridicule. Enfin non. Peut-être que je lui fais un peu mal en la repoussant, mais je lui en ferais bien plus en étant avec elle. Mais elle m'a déjà vu au fond du trou, elle m'a déjà vu sous ma forme de loup sans potion tue-loup. Finalement, n'a-t-elle pas déjà vu le pire ? Si elle ne voulait pas être là, elle ne le serait pas. Elle ne s'accrocherait pas autant. Et si je la mordais ou la griffais sans faire exprès. La mordre. La griffer. Le loup en moi frissonne des oreilles à la queue.

Sa réaction me fait peur. Il la veut. Il la veut probablement autant que moi. Après tout, nous ne sommes qu'un. Même si je lutte chaque jour, chaque nuit, chaque pleine lune, finalement, il est en moi. Il est moi. Et ce premier quartier de lune est terrible. Je ne l'avais jamais senti aussi agité. Aussi excité. Et pourtant il me redonne vie.

Qu'est-ce que je dois faire ?

Je dois la retrouver pour une mission dans quelques minutes. Et comme à chaque fois la moitié de mon être tremble d'impatience à l'idée de la retrouver, et l'autre d'appréhension à ce qu'il lui arrive quelque chose. Et si à force de vouloir partir en mission avec moi, il lui arrivait quelque chose. Si je ne pouvais pas la protéger ou la sauver.

Houla, on se détend. C'est une Aurore tout de même. Ce n'est pas une petite chose fragile. Maladroite, pas de doute, mais c'est une redoutable Aurore. Rien que pour ça, je devrais savoir qu'elle peut endurer. Qu'elle peut endurer quoi ? Les missions ou moi ? Les deux probablement.

Je devrais lui dire. Que j'aime ses cheveux roses, ou violets, ou oranges. Je devrais lui dire. Je devrais lui dire que ...

-Maelle-

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