Chapitre 4 : Les neurones d'Alexia

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Alexia avait choisi de remonter chez elle par les escaliers de son immeuble. Il y avait trop d'allées et venues dans l'ascenseur. Tout le monde voulait aller voir de plus près cette météorite qui, chose extraordinaire, était venue s'écraser justement dans leur square. La télé allait certainement venir filmer cet insolite événement. Il ne fallait pas rater cela.

La jeune fille dut s'arrêter plusieurs fois pour reprendre son souffle. Son embonpoint la gênait considérablement pour gravir toutes les marches qui la séparaient du 5eme étage. Alexia n'avait jamais aimé le sport. Il fallait affronter le regard souvent moqueur des autres. En plus, on puait la sueur pour toute la journée et on devait à chaque fois se déshabiller devant les copines. Elle préférait de loin se trémousser seule dans sa chambre, sur un bon riff de hard rock, même si ce n'était plus à la mode.

Elle croisa plusieurs voisins qui la frôlèrent sans même s'excuser, tellement ils étaient pressés de descendre. La porte de son appartement était entrouverte. Entendant le bruit caractéristique de l'ascenseur, elle tourna la tête à gauche, juste à temps pour apercevoir son père qui venait de s'engouffrer dans la cabine, probablement pour aller rejoindre les autres moutons au bas de l'immeuble. Chouette ! Elle allait pouvoir rentrer à la maison en toute discrétion.

Elle pénétra dans le petit appartement, un trois-pièces-cuisine qui devait accueillir ses deux petits frères en plus d'elle, de son père et de sa belle-maman; sans oublier Ponpon, le chien incontinent et les deux perruches psychopathes.  Ils étaient tous collés à la fenêtre du salon (oui, même les deux perruches), occupés à scruter les silhouettes qui circulaient en tous sens dans le square, éclairées de façon dramatique par les gyrophares des véhicules de sécurité.

Gyroscopes couleur orange pour les pompiers et bleu pour les flics. Une vraie boite de nuit !

Alexia retrouva enfin le refuge de sa chambre. Elle ferma à clé sa porte et put enfin sortir de sa poche l'étrange pierre ramassée dans le square. Dès que le caillou entra en contact avec ses doigts, il se mit à luire fortement, éclairant la paume d'Alexia de reflets rouges. C'était fascinant et inquiétant. La jeune fille poussa un cri et laissa tomber la pierre sur son lit. La gemme s'éteignit aussitôt.

Le cœur battant la chamade, elle attendit d'avoir retrouvé un peu de courage et reprit le caillou. Il s'éclaira aussitôt, irradiant une douce chaleur dans la main d'Alexia. Elle resta immobile de longues secondes, le regard rivé sur le phénomène, faisant doucement tourner la gemme entre ses doigts pour l'observer sous tous ses angles. Elle avait de nombreuses facettes mais qui n'avaient pas la régularité d'un rubis taillé par l'homme.

L'adolescente eut soudain l'impression que son regard pénétrait la surface de la pierre et qu'un univers profond et infini s'ouvrait à ses yeux émerveillés. C'était un sentiment difficile à analyser. Un peu comme lorsqu'on est face à une situation de danger et qu'il faut faire appel à tout son sang-froid pour prendre d'importantes décisions. Alexia sentit ses idées devenir parfaitement claires, froidement organisées. Alors qu'elle était arrivée chez elle, l'esprit brouillé par le stress de la situation, se demandant comment elle allait bien pouvoir cacher son trésor, elle savait maintenant très exactement ce qu'elle allait dire à son père pour justifier son absence et comment elle allait faire, pour que jamais personne n'apprenne qu'elle avait découvert cette pierre merveilleuse.

Troublée, elle reposa le caillou couleur rubis. Il s'éteignit aussitôt. Elle prit un mouchoir en papier sur sa table de chevet et s'en servit pour le prendre. Il resta inerte. Elle le toucha cette fois avec son doigt. Il s'alluma aussitôt. Il s'éclairait donc au contact de la peau. Comment cela était-il possible ?

Inquiète, elle se rappela les mises en garde des scientifiques qui avaient été interviewés à la télévision. Ils avaient parlé de risques de radiations... Elle se dit soudain qu'elle n'aurait pas dû toucher la pierre à main nue, même aussi brièvement.

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