CHAPITRE III - DEUX RIVAUX AU CLAIR DE LUNE

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Ce soir-là, le réfectoire fut rempli d'une effervescence rare : les noms des recrues sélectionnées étaient prononcés à gauche et à droite, comme un écho perpétuel, avec un degré d'excitation qui frôlait parfois l'hystérie. Lorsque Arthur arriva, il fut saisi par ce bouillonnement général. Alors qu'il passait prêt d'une table, il entendit son nom et cru être appelé, mais il s'agissait en réalité de la conversation animée de quelques soldats. Il comprit alors, non sans une pointe de satisfaction, qu'il serait tranquille : même si tous connaissaient à présent son nom, peu nombreux étaient ceux à pouvoir l'identifier. Arthur n'était pas très à l'aise lorsqu'il était placé, malgré lui, au centre de l'attention : s'il n'avait pas honte de ses capacités, fruit d'un entraînement régulier et méticuleux, mais il ne pouvait s'empêcher d'être gêné lorsque l'on vantait ses capacités. En revanche, il était pressé de rencontrer ses nouveaux camarades, et n'avait pas la moindre idée de qui pouvait se cacher derrière ces quinze noms énoncés plus tôt dans l'après-midi, et que tout le monde avait encore en tête.

Il aperçut à l'autre bout du réfectoire un bras tendu dans sa direction, vers lequel il se dirigea avec bonheur. Depuis son entrée dans la Marine, Koba, un jeune soldat d'un an son aîné, avait été pour Arthur ce qui s'approchait le plus d'un véritable ami. C'était un grand gaillard bien en chair, dont le crâne chauve luisait comme une boule de cristal. Les mauvaises langues racontaient qu'il se rasait pour cacher sa calvitie précoce, mais Arthur savait que c'était en réalité pour améliorer ses capacités au combat : Koba avait pris l'habitude, depuis sa première session d'entraînement, d'affronter toute forme de menace à coup de tête, si bien que leurs instructeurs le surnommait à présent « la boule de démolition ». Ils avaient tous les deux été affectés au septième groupe d'entraînement, et bien qu'ils furent d'abord rivaux, cette tension se changea progressivement en émulation, puis en amitié lorsqu'ils se firent la promesse de toujours avoir pour objectif de dépasser l'autre.

Koba accueillit son ami avec une grande claque dans le dos, puis l'invita à s'asseoir avec un large sourire.

- Comment vas-tu, monsieur le numéro deux ?

- Tu es déjà au courant ? soupira Arthur. Il était ravi d'être sélectionné, mais regrettait que son ami ne l'ai pas été.

- Evidemment ! Deuxième, c'est incroyable ! Vu le torchon que j'ai rendu à l'examen théorique, ça ne m'étonne pas que j'ai été laissé de côté...

- Nous savons pourtant que « la boule de démolition » aurait passé l'examen pratique sans problème ! lui répliqua Arthur en riant.

Leur conversation se poursuivit tout le long du dîner. Une fois la délicieuse purée de crabe engloutie, ils partagèrent une part de tarte aux cerises. Les cuisiniers du G2 étaient vraiment très talentueux. Lorsque Koba eu enfin posé sa cuillère dans son assiette vide, il regarda Arthur dans les yeux, et lui dit très sérieusement :

- Tu devrais faire attention à l'avenir.

Cette remarque était surprenante, surtout de la part de Koba. C'était un boute-en-train, toujours à faire des blagues, qui n'avait jamais recours à un ton aussi austère.

- Maintenant que tu as été sélectionné, tu vas attirer la jalousie, dit-il. Pas seulement de ceux qui ont échoué, mais aussi de tes quinze nouveaux camarades. J'ai entendu des rumeurs sur certains d'entre eux... Ce sont tous des génies dans leur domaine. Ils sont à la fois puissants et malins, on raconte même que certains possèdent les pouvoirs d'un fruit du démon !

Arthur haussa les sourcils.

- Tu crois vraiment à tout ça ? Beaucoup de gens racontent ce genre de chose pour...

MARINES - A ONE PIECE storyOù les histoires vivent. Découvrez maintenant