22 : Elle s'est tranché la gorge

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Nikola et son groupe sont repartis peu de temps après que j'ai accepté qu'on se joigne à eux. Le norvégien reviendra donc nous chercher demain matin pour nous guider jusqu'à leur camp, me laissant la nuit pour convaincre mes amis que c'est une bonne solution. Mais le problème est que je suis loin d'être très convaincue que c'est une bonne idée, alors je me balance d'un pied sur l'autre près du feu, les regards de mes quatre amis rivés sur moi. Comment leur vendre le truc ?

— Ok, soufflé-je en appréhendant leur réaction, alors Nikola m'a proposé qu'on les rejoigne pour chercher mon père tous ensemble et... j'ai accepté.

Un blanc s'ensuit, et les yeux baissés, je ne peux voir leur réaction.

— Quoi ? finit par demander Yohann d'une voix trop calme, tu as accepté ?

Je relève brusquement la tête, croisant ses yeux verts mécontents.

— Écoute, commencé-je vivement pour me défendre du ton accusateur dans sa voix, une Originale est à la tête du groupe et je pense qu'ils sont notre meilleure chance de retrouver mon père : plus que quiconque, ils ont besoin de lui pour organiser leur défense.

— Je pensais que chercher ton père n'était pas une priorité, mais qu'au contraire, passer du temps ensemble en était une. Tu as bien vu ce qui s'est passé avec Thomas ! Il avait un flingue ! hurle Yohann, énervé pour de bon.

Mila et Neil, plus en retrait, ne disent rien tandis que je cherche du soutien de leur côté. Seul Tristan semble prêt à intervenir et à prendre ma défense.

— Tu sais bien que c'en est une, de priorité, répliqué-je d'une voix cassée, blessée qu'il ne réalise pas que maintenant que je me suis mise en tête de retrouver mon père, c'est bien pour le trouver.

Yohann croise les bras, sensible à ma détresse.

— Tu ne t'es pas demandée comment ils avaient su qu'il fallait chercher ici sans passer par Elisabeth ? Et dans quel état l'avons nous trouvée ? m'interroge Tristan - à ma plus grande surprise - dans une question rhétorique.

J'ouvre la bouche et écarquille les yeux, est-ce eux qui ont mis fin aux jours de cette femme ?

— Eh bien, je demanderai à Nikola. Il vient nous récupérer pour nous emmener au camp demain matin, et s'ils l'ont tuée, nous n'irons pas avec eux, en toute logique.

Ils acquiescent et voyant qu'il est presque deux heures du matin, ils décident d'aller se coucher. Je leur emboîte le pas, et après s'être souhaités bonne nuit, nous pénétrons dans nos tentes. Mila dort toujours avec Tristan, alors je me retrouve seule. Le ventre rempli mais des images plein la tête de cette soirée mouvementée, je mets du temps à m'endormir malgré ma fatigue.
Le lendemain, vers sept heures du matin, c'est Tristan qui vient me réveiller.

— Adéliane ! Debout ! me sonne-t-il en me chatouillant les pieds.

Je grogne dans mon semblant d'oreiller et lui envoie des coups de pieds.

— Arrête abruti !

Il rit et se relève.

— On est en train de prendre le petit déj', donc ramène toi.

Je m'habille donc rapidement, mets de côté la chemise de Nikola que je laverai avant de la lui rendre. Puis je sors à l'extérieur de ma tente. Contrairement aux jours précédents, aujourd'hui est un jour entièrement couvert. Le ciel, noir de menaces, me pousserait plus à m'abriter pour le reste de la journée. Et comme si ce temps de chien ne suffisait pas, il fait un froid de canard. Je frissonne et récupère un pull en laine avant de rejoindre mes amis. Les mines encore endormies, ils me suivent des yeux tandis que je me sers du café chaud dans ma gourde. Plongés dans le silence, nous nous réveillons doucement en attendant l'arrivée de Nikola. Il finit par arriver, seul, au moment où nous finissions de ranger nos tentes dans nos sacs toujours aussi dramatiquement lourds. De loin, je vois Neil et Yohann aller l'accueillir tandis que Mila aide Tristan à replier sa tente. Je ne sais pas ce qu'ils se disent mais Nikola suit les deux hommes jusqu'aux restes encore fumants du feu d'hier soir.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant