21.2 : Retrouvailles

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   Après la détonation, mes oreilles bourdonnent pendant ce qui me semble une éternité, ne me permettant pas de savoir si quelqu'un a été blessé - voir pire - ou pas. Mais si mes oreilles ne fonctionnent plus, mes yeux, eux, voient toujours.

    À peine le corps de mon agresseur quitte-t-il le mien, et à peine la détonation brise-t-elle le silence que je me redresse rapidement, essayant de retrouver un souffle moins rapide que la panique avait également rendu haché. En position assise et toujours sonnée par ce qui vient de se passer, je reprends rapidement mes marques alors que mon cœur cavale toujours dans ma poitrine. Du coin de l'œil, à ma gauche, je vois la même silhouette familière qui avait ôté ce poids sur mon corps propulser celle de mon agresseur à terre, alors que le pistolet vole à quelques mètres d'eux. Près de moi. Je me rue dessus et m'en empare, prête à intervenir en cas de nécessité. La main droite tremblante, je positionne mes doigts sur la gâchette, et m'attendant à ce que les deux hommes se battent, je me tiens prête à appuyer. Mais Nikola reste debout, sans rien tenter pour immobiliser l'homme qui allait attenter à ma vie. Celui-ci, au sol et toujours immobile, se remet difficilement de ses émotions. Il doit sûrement avoir le souffle coupé.

— Ne la touche pas, gronde mon ami à voix basse, les muscles bandés, avant de tendre sa main à l'homme pour l'aider à se relever.

    Mon ennemi se relève avec difficulté et m'adresse un regard haineux que je m'apprête à lui rendre avant que Neil ne me tombe dessus.

— Adéliane ! Ça va ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

    Mais je n'ai pas le temps de lui répondre quoique ce soit qu'il adopte une posture menaçante en déployant ses sens dans les environs. Il repère donc rapidement Nikola aux côtés de l'autre pourriture.

— Niko ? Qu'est-ce que tu fous ici ?

    Mon double panthère reste muet et son silence est éloquent. En effet, Neil parvient aux mêmes conclusions que moi assez rapidement puisqu'il pousse un « Ah » perplexe. Pourquoi cherche-t-il mon père ?
    Les deux amis n'ont pas le temps d'ajouter quoique ce soit d'autre que le reste de la troupe arrive, c'est-à-dire Yohann, Mila et Tristan. Les deux derniers brandissent des canifs dans leur main, qu'ils tiennent devant eux, prêts à les utiliser si besoin. Voyant que la situation semble apaisée, ils les abaissent et prennent rapidement connaissance de la situation du coin de l'œil. Toujours armée du revolver qui pèse plus lourd que je ne l'aurai cru, je me rapproche d'eux lentement quand je vois apparaître dans les tréfonds de la forêt d'autres paires d'yeux.

— C'est bon, dit Nikola d'une voix forte en dardant toujours son regard menaçant sur mon agresseur, il n'y a pas de danger.

   Un homme et une femme sortent alors des sous-bois à pas feutrés et se rassemblent rapidement aux côtés de mon ennemi et de Nikola. Je suis abasourdie. Qui sont ces gens que je ne connais ni d'Eve, ni d'Adam, mais qui semblent assez proche d'un homme que je connais depuis quand même six mois ?

   Alors que notre groupe resserre ses rangs, je continue d'observer de loin l'autre groupe.

— Qu'est-ce que vous foutez là ? grince Nikola.

— On est partis se promener, comme toi, c'était autorisé, rétorque mon agresseur avec aplomb, et je me fais la réflexion à sa voix qu'il ne doit pas être plus âgé que moi.

   Mon ami soupire et carre les épaules, me jetant un bref coup d'œil des pieds à la tête, pour s'enquérir de mon état, j'imagine. Elle a l'air d'être oubliée, cette semblant de dispute qui a froissé l'ambiance tout à l'heure, tandis que nous marchions. Dans un dialogue muet, je l'interroge du regard pour savoir si tout va bien de son côté, et il me répond en hochant gravement la tête avant de reporter son attention sur sa clique.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant