Chapitre 1

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        Elle courrait, chacun de ses membres tentant de le suivre. Elle commençait à s'essouffler, ses jambes lui faisaient atrocement mal. Elle continuait pourtant à courir, sa vie en dépendait. Le Mal la suivait, envahissait doucement tout ce qui se trouvait sur son chemin. Chacun de ses pas la rapprochait de la Frontière. Encore quelques minutes, et elle pourrait la rejoindre. Le Mal se rapprochait, elle le sentait. Ses cheveux sur sa nuque se hérissaient, malgré la sueur qui les maintenaient habituellement collés. Encore quelques centaines de mètres, et elle serait à l'abri. Elle voyait le mur de lumière qui formait la Frontière. Elle sentait que l'espoir lui revenait. Utilisant ses dernières forces, elle accéléra. Plus qu'une cinquantaine de mètres. Le Mal commençait à l'envelopper, tentant de la ralentir. Enfin, elle pouvait tendre le bras pour toucher la Lumière. Enfin, elle y était parvenu.

        Un son aigu lui vrilla les tympans. Il leva la tête de son oreiller, et tendit la main pour éteindre son réveil. Sept heures du matin. Un jour de rentrée. Matthew prit son courage en main pour se lever. Il enfila son T-shirt noir, qui affichait la mention La douleur est mon alliée, et un jean noir, mis ses Converse noires, et descendit avaler son petit-déjeuner, qui n'était pas noir. Il attrapa son sac Eastpack noir, embrassa rapidement sa mère, salua son père, et partit au lycée. Une journée de rentrée banale pour un étudiant banal.  

        De taille moyenne, avec son mètre quatre-vingt, les cheveux aussi noirs que sa tenue du jour, et des yeux bleus devant lesquels toutes les filles tombaient d'amour, il était depuis la seconde le garçon admirés par tout le monde. Les autres garçons le jalousaient, les filles l'admiraient et le considéraient comme le prince charmant inatteignable. Inatteignable, car Matthew n'avait jamais été attiré par aucune d'entre elles. Il les trouvaient superficielles, trop imbues de leur personne. Selon lui, les lycéennes n'étaient que des gamines, occupées uniquement par leur conquêtes amoureuses, par la mode et par leur physique. Rien d'intéressant, donc.  

        Il ne pensait, en ce moment, qu'à réussir ses études. Il entrait cette année en Terminale scientifique, avec spécialité mathématiques. Une fois son baccalauréat obtenu, il espérait rentrer en école d'ingénieur dans l'aéronautique et l'aérospatiale.  

        Quand il arriva à la grille du lycée, il vérifia les listes des différentes classes de Terminales afin de connaître la sienne, ainsi que les élèves qui partageraient son année. Il lâcha un soupir de soulagement en voyant qu'il serait avec un de ses meilleurs amis, Marcus. Ce dernier était beaucoup plus intéressé par les filles que son ami, et était devenu le Don Juan du lycée, brisant tous les cœurs sur son passage.  

        En le voyant arriver à son tour, il alla à sa rencontre, lui annoncer qu'ils seraient ensemble cette année, mais que leurs autres amis, Zoé et Alexis, n'y seraient pas. Zoé était la seule fille du groupe, mais n'avait jamais été attirée par les garçons, ce qui expliquait son amitié avec Matthew. Alexis, quant à lui, était un peu l'informaticien du groupe, « l'intello » assez peu sûr de lui. Il était arrivé au lycée l'année passée, et avait sympathisé avec Zoé, ce qui lui avait permis de s'intégrer à leur petit groupe.  

        Quelques minutes avant la sonnerie, ils se rejoignirent tous devant la grille pour se saluer et discuter avant d'entrer pour leur première heure de l'année. Zoé et Alexis étaient dans la même classe, ce qui avait rassuré Alexis. Quand la sonnerie retentit, ils rejoignirent chacun leur classe. Pendant deux heures, ils discutèrent avec leur nouveau professeur principal, qui était aussi leur professeur de physique-chimie, monsieur Pigguère. Puis, vint enfin l'heure de la récréation. Le groupe des marginaux, celui de Matthew, se reforma sous l'arbre de la cour, devenu leur coin dès le premier jour de leur entrée au lycée.

        - Alors, qui est votre professeur principal, les gars ? Demanda Zoé 

        - C'est celui de physique, monsieur Pigguère, lui répondit Matthew. Il nous a accueillit avec son sourire toujours aussi flippant, du coup on a commencé l'année par Halloween, plaisanta-t-il. 

        - Vous avez pas de chance. Nous, c'est madame Prexia, la professeure de mathématiques. Elle est super sympathique, et elle me met de bonne humeur, expliqua Zoé. 

        - Au moins, vous aurez bien commencé la rentrée, dit Marcus.

Ils discutèrent de choses et d'autre, de leurs vacances, de leurs emplois du temps beaucoup plus chargés que l'année passée... Il retournèrent tous en classe à la sonnerie, et continuèrent leur journée tranquillement.  

Après une semaine de cours, alors qu'ils étaient en cours de physique-chimie, le proviseur frappa à la porté, accompagné d'une jeune fille aux cheveux bruns, longs, et aux yeux verts, à s'y baigner dedans. Elle était magnifique, et Matthew eu la sensation de l'avoir déjà vue quelque part. Cela ne l'empêchait pas d'avoir, pour la première fois depuis le collège, le coup de foudre pour une fille. Contrairement à toutes les autres de son lycée, elle n'était maquillée comme un pot de peinture, ni habillée comme Paris Hilton. Tout en elle la faisait paraître différente

        - Bonjour à tous, je vous présente Magdalena, elle nous arrive de Bretagne. Je compte du vous pour lui faire un accueil chaleureux.

Sur ce, le proviseur quitta la salle. Monsieur Pigguère lui indiqua une place libre, juste à côté de Matthew. Marcus, de l'autre côté de lui, lui donna un coup de coude en montrant la nouvelle. Apparemment, elle lui avait aussi tapé dans l'œil. Le professeur demanda à Matthew de bien vouloir aider Magdalena à rattraper tous les cours de la semaine passée. Ils se donnèrent donc rendez-vous à la récréation pour en discuter.  

Ils se retrouvèrent sur un banc, séparé des amis de Matthew, pour pouvoir parler tranquillement. Après lui avoir donné tous les cours qu'il avait sur lui, ils discutèrent un peu.

        - Si j'ai bien compris, tu viens de Bretagne ? 

        - Oui, mais je n'y ais pas toujours vécu. Avec ma famille, on a visité un peu toute la France. Bordeaux était bien le dernier endroit où nous n'avions pas été, plaisanta-t-elle.  

        - Comment c'est, de voyager tout le temps comme tu le fais ? 

        - Cela a des avantages, mais aussi des inconvénients. C'est sûr qu'on voit du pays, mais je n'ai jamais pu avoir une scolarité fixe. Tous les ans, ou presque, je change d'école, et c'est sûrement ce qui m'énerve le plus. 

        - Je suppose que tu as quand même de la chance d'avoir vu tant de régions. Je suis né ici, et je n'en suis jamais parti.

Pour la première fois, Matthew se sentait intimidé par la présence d'une fille. Sa beauté le submergeait, son cœur se mettait à battre la chamade en sa présence. Malgré tout, il avait toujours cette impression de l'avoir déjà vue quelque part. Il n'arrivait pas à savoir d'où cela lui venait. 

Puis, la sonnerie retentit, et ils retournèrent en cours, accompagnés de Marcus. Toute la journée, Matthew regarda sa nouvelle voisine de classe, en cherchant encore et toujours d'où lui venait la sensation de déjà-vu.

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