21.1 : Retrouvailles

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Note : j'aimerais beaucoup que vous laissiez des commentaires ! Ça motive énormément et ça me permet de savoir ce que vous aimez, ou au contraire ce que vous n'aimez pas... Merci !

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À peine suis-je transformée que je m'élance vers la forêt en bondissant au-dessus du ruisseau, les muscles frémissants. La réception est tout sauf gracieuse, mais je parviens à rester sur mes pattes. La faute à ce laps de temps assez conséquent durant lequel je n'ai pas pu me transformer. Il faut que je reprenne mes repères avec ce corps, me réhabitue à être assaillie à tout un tas d'informations sensorielles. Et ici, le challenge est assez important, dans une forêt rarement prise d'assaut par l'Homme. Tout un panel d'animaux que je ne connais pas pullulent autour de moi, et je ne demande qu'à aller discrètement à leur rencontre pour les découvrir. Lancée à vive allure entre les troncs, j'explore ce qui s'apparente pour moi à un nouveau monde. Avec une nouvelle flore, une nouvelle faune, une nouvelle géographie.
Je m'amuse, bondis dans les arbres ou de rochers en rochers et cavale partout où peuvent m'emmener mes pattes. Je vois défiler les familles de lapins, tente d'attraper une musaraigne qui filait entre les racines d'un hêtre, saute pour saisir un geai entre mes pattes. Je m'initie à la chasse, même si elle s'avère peu concluante et qu'elle représente pour moi plus un jeu qu'autre chose. Je n'ai pas particulièrement envie de tuer un animal, mais je m'amuse à les poursuivre. Je retombe en enfance, aussi car je sais que personne ne peut me voir. Je me laisse donc aller à des folies que je me serai pas permise en temps normale. Je me sens libre, dans un milieu naturel paisible et vierge de toute empreinte humaine.

Exaltée par cette complète liberté que je découvre pour la toute première fois, j'avale les kilomètres, traverse les rivières et change de vallée. Je n'ai pas perdu la direction du camp mais sais que je commence à m'éloigner. Il va me falloir revenir et faire demi-tour avant que la nuit ne tombe, car cela doit bien faire une bonne heure que je me suis transformée. En atteste la lumière qui baisse doucement, illuminant le vert sombre des conifères d'une lumière orangée et faisant briller les roches des montagnes.

Je fais donc plus ou moins demi-tour, prenant un autre chemin que celui que j'ai pris à l'aller. Je me laisse un peu moins distraire, et file tel une flèche sur l'humus mou qui tapisse le sol de la forêt. Des gerbes de terre volent derrière moi, projetées par la prise que j'exerce sur le sol avec mes griffes. Rendue ivre par la vitesse, je m'autorise une dernière folie avant de rentrer lorsque je remarque entre les arbres et les rochers un petit lac dont l'eau est aussi bleu que l'océan. Il appelle mon corps bouillonnant, et je cède à ses appels. A une allure pas plus mesurée qu'auparavant, je m'en approche en courant et arrivée sur la berge, je saute dans l'eau dans un plouf tonitruant, qui projette des gouttelettes d'eau partout autour de moi. Seulement, lorsqu'elles retombent, je peux enfin voir l'entièreté du lac.

Et je ne suis pas seule.

À une trentaine de mètres de moi se tient un homme, et il me faut quelques secondes pour le reconnaître.
Un couteau brandit dans une main qui appuienainsi une allure menaçante et sur la défensive, Nikolaï est à moitié enfoncé dans les eaux sombres du lac. Encore surpris par mon arrivée tout sauf discrète dans l'eau, il reste immobile un long moment alors que figée par la stupeur, je ne me rends pas compte tout de suite que j'ai retrouvé mon corps d'humaine dans son plus simple appareil. Je me retrouve donc les fesses dans l'eau, la poitrine exhibée en plein air. Mais je ne tente aucun mouvement pour me cacher, il m'a déjà vu nue à de nombreuses reprises et j'avoue qu'à ce moment là, je ne pense pas à ça, mais à ce qu'il fait là.

Un silence s'abat alors que nous nous dévisageons, toujours immobiles. Et c'est lui le premier qui bouge. Il ramène ses bras devant son torse pour se cacher, ou plutôt pour cacher l'étrange marque à l'emplacement de son cœur. Une marque étrange qu'il me semble déjà avoir vu quelque part, mais je n'arrive pas à remettre le doigt dessus ; et cela me frustre, car c'est un dessin atypique. On dirait que toutes les veines sous sa peau, à cet emplacement, ont été teintées de gris. Plus marqués au milieu de l'étrange rosace, ces filaments sont presque noirs en son centre. Ce dessin doit faire, selon moi, et surtout de là où je me trouve, la taille de mon poing. C'est donc un élément de son corps non négligeable.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant