Les wombats meurent à 30 ans

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Pour peu qu'un téléphone soit sur mode silencieux, on peut passer à côté d'un grand nombre de choses. Heureusement pour moi mon portable était ce jour-là sur mode vibreur mais, je dois reconnaitre qu'il s'en est fallu de pas grand-chose. On ne sait jamais si le message est important ou pas. Difficile de se faire une idée précise sur la base d'une innocente petite vibration. De toute façon, je ne suis pas du genre à me précipiter sur mon portable à chaque nouveau sms. Il y a dans la vie des choses bien plus importantes que ça, non ? Pour être franc, j'aime assez laisser planer un peu de suspens. Je feins l'ignorance. Je poursuis mes conversations, avec peut-être un peu plus d'entrain qu'auparavant. Un signe qui trahit certainement une certaine fébrilité, mais je me maîtrise, c'est déjà ça. Cela pleut durer quelques minutes, le temps qu'il faut en tout cas pour qu'on comprenne bien que, c'est moi et, moi seul, qui gère ma vie. Remarquez, ce jour-là, l'attente n'a pas été trop longue, moins d'une minute en tout cas. De toute façon, je n'avais personne avec qui discuter avec qui faire semblant. Autant en finir tout de suite et entrevoir le contenu du sms. Si ça se trouve, c'est une bonne nouvelle. Et bien non !

« Cher client, nous avons le privilège de vous informer que vous allez mourir dans trente minutes. Bonne fin de journée et merci d'être client chez Orange. Le message provenait de mon opérateur, il concluait en ajoutant : pour ne plus recevoir ce genre de message envoyez stop au 3030.

Je le relis plusieurs fois pour tenter de bien comprendre la signification de cette annonce surprenante. D'habitude, je reçois des offres d'autres natures, des propositions de prolongements de services et des suggestions de nouvelles applications censées améliorer mon quotidien. Il m'arrive également de découvrir de temps en temps un sms de vœux pour mon anniversaire. Mais là, c'est la première qu'on ne m'offre rien. Pire, on me retire quelque chose contre ma volonté. En plus, on ne me propose pas de mourir pendant quelques jours à titre d'essai et sans engagement de ma part. Non, on me dit, de manière péremptoire, que je vais mourir dans un délai relativement court, estimé arbitrairement à 30 minutes. Un peu perplexe, je jette un rapide coup d'œil sur mon écran pour constater que le message m'est parvenu il y a déjà 2 minutes. Mon espérance de vie, à en croire le sms, s'est donc réduite de près de 6.6% déjà et, ceci dans la plus grande confusion, la mienne.

Je décide de rappeler mon opérateur pour en savoir un peu plus sur cette condamnation à mort unilatérale. Le numéro d'accès direct, réservé aux clients, est préenregistré dans la mémoire de mon téléphone. J'entre rapidement en contact avec une voix métallique qui me guide aimablement, au moyen de mon clavier, dans un dédale de menus variés, qui est, je dois le reconnaitre, fort bien fourni et répond, en tout cas, à un grand nombre de d'hypothèses. J'apprends au passage que cette conversation est enregistrée à des fins de formation. Tant mieux me dis-je, on ne forme jamais assez les gens à parler de la mort des autres, surtout quand il s'agit de la mienne.

- Bonjour, bienvenu chez Orange, mon nom est Prune Pommade, comment puis-je vous aider ?

- Bonjour..., je suis pris de cours. Je bafouille mon explication. Voilà ce qui arrive quand on manque de préparation. Mes mots s'arrêtent dans ma gorge, comme tétanisés au bord d'un précipice. J'ai le vertige des mots. Quel idiot je fais! Je ne sais pas vraiment par quel bout commencer cette conversation de la plus haute importance. Il est quand même question de vie et de mort. Je respire un grand coup et ferme les yeux pour faire le point et retrouver mon élan.

- Allo ? Vous m'entendez ? Quelle est votre question monsieur? La voix revient à la charge, sans me laisser le temps de complètement recadrer mes pensées.

- Oui...bonjour, madame, excusez-moi de vous déranger. Mais j'ai un grave problème avec mon téléphone...enfin pas avec l'appareil en tant que tel, mais plutôt avec le sms qui est dedans, celui que vous m'avez envoyé il y a deux minutes...

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