1 - Allison

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"I'm Miss Nothing, I'm Miss Everything"

Miss Nothing – The Pretty Reckless


Cette salle pue la transpiration. Elle sent l'effort, la détermination et la rage. Je suppose qu'il s'agit là de l'odeur de tous les gymnases, après tout. C'est si caractéristique, pourtant, si particulier.  Sur le track*, il y a toujours une odeur différente, un petit quelque chose en plus qu'on ne sent nulle part ailleurs.

Oui. Cette odeur est différente, parce que ce sport n'est pas commun. Il n'est en rien similaire à ceux qui passent à la télévision, qui mettent en scène toujours plus d'hommes, tous les mêmes, avec leurs larges épaules, leurs bras aussi épais que leurs cuisses... La beauté du derby, au moins, c'est notre différence. Comme Haley, notre meilleure bloqueuse, qui est un véritable monstre de muscles là où moi, je ne suis que finesse et légèreté, ventre plat et fesses en béton. On ne fait pas d'a priori, au derby. Tout le monde est le bienvenu. Ça nous rend unique.

Certes, ce sport défend des valeurs que le basket, le foot ou même le baseball, défend également : la camaraderie, la discipline, le respect d'autrui et le travail d'équipe. Mais quand on fait du roller derby, on fait bien plus que ça. D'abord, parce qu'il s'agit d'un sport essentiellement féminin. Ensuite, parce qu'il est l'un des symboles de la débrouillardise. Il y a deux ans, cette salle n'était encore qu'un simple amphithéâtre de plus, non loin du campus. Aujourd'hui, totalement rénovée, elle accueille des filles, trois fois par semaine, qui en veulent. Des filles dures, fortes et indépendantes, mais toutes différentes. Elles n'en sont pas moins féminines pour autant, au contraire. Les conversations dans les vestiaires restent toutefois bien différentes de celles des mecs. 

Alors que je dépasse une nouvelle fois le pack**, l'air fouettant mon visage et projetant mes cheveux en arrière, j'entame un dérapage contrôlé, ralenti au virage, puis m'élance à nouveau sur la piste. J'adore cette sensation, quand tous les muscles de mes jambes se contractent pour me projeter en avant. Perchée sur mes patins, j'entends le sifflet annonçant la fin de la manœuvre. Je me dirige vers Mickey, notre entraîneur, qui tape deux fois dans ses mains pour nous rassembler.

— Superbe, dit-il alors que nous formons un arc de cercle autour de lui. Je veux vous voir exactement comme ça au prochain match ! Filez à la douche. On se voit samedi et en forme !

Je patine tranquillement vers les vestiaires, rapidement rejointe par Lucy en train d'ôter son casque. Elle secoue ses cheveux qui ont pris la forme de son couvre-chef, ce qui me fait toujours rire. Ce n'est pas simple d'avoir les cheveux bouclés quand on doit les enfermer plusieurs fois par semaine dans un casque rond ! Heureusement, je n'ai pas ce problème, mes cheveux sont plus raides que des spaghettis, et même s'ils sont longs, ça ne me gêne jamais pour patiner. J'ai toujours été la plus rapide de l'équipe, et par chance, ils ne m'ont jamais ralentie.

— Je t'ai sentie passée de près, tout à l'heure ! s'exclame Lucy. Avoues, tu t'entraînes la nuit ou quoi ?

— Ça se pourrait, dis-je en haussant les épaules.

Nous rions de concert en nous asseyant sur le banc entre nos casiers. J'ôte mon casque, secoue la tête pour dégager mes cheveux de mon visage et entreprends de déchausser mes patins. Une voix nasillarde me parvient soudain, et je soupire en levant les yeux au ciel.

— Tu as failli bousiller mon frein, Allison, me dit Jayne.

— Tu n'avais qu'à te bouger du chemin, ça n'arriverait pas si tu n'étais pas trop occupée à reluquer le cul de la meuf devant toi, rétorqué-je sans même lever les yeux.

Tough Girls - Saison 1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant