19.1 : Elisabeth

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Note : j'aimerais beaucoup que vous laissiez des commentaires ! Ça motive énormément et ça me permet de savoir ce que vous aimez, ou au contraire ce que vous n'aimez pas... Merci !

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— C'est ici, soufflé-je devant les marches où un jour se sont tenus mon père et cette femme répondant au prénom d'Elisabeth.

    L'immeuble est très propre, plus propre que sur la photo qui se trouve entre mes mains. La façade a sûrement dû être ravalée depuis le temps qui s'est écoulé. Je serais curieuse de savoir de quand cette photo date, car même si mon père ne me semble pas très vieux, elle pourrait très bien avoir été prise il y a cinquante ans, avec cette histoire de longévité des Incarnations. Je pousse un soupir de frustration et caresse la photo du bout du doigt. Après l'immeuble, je cherche des éléments dans la rue pouvant me confirmer que je me trouve au bon endroit. Malheureusement, le champ de la photo est plutôt réduit et je peux seulement voir les mêmes pavés et la même plaque de rue. Aujourd'hui, la rue dans laquelle nous nous tenons est très banale et très vide. À quelques pas se trouve un supermarché, mais c'est le seul élément dans notre périphérie nous indiquant que des personnes vivent ici. Peut-être l'heure joue-t-elle aussi un rôle dans ce silence. En effet, il est quatorze heure trente et le soleil tape, dissuadant toute personne de se risquer à l'extérieur. Car il fait chaud, vraiment chaud, et la sueur dégouline de mon nez pour goutter quelque part sur le sol, avant de s'évaporer pour reprendre le cycle de l'eau. Je me perds dans cette chaleur, et me retrouve complètement assommée et ralentie. C'est finalement Mila qui me tapote le bras pour me réveiller et qui se décide à toquer à la porte de l'immeuble, ne voyant ni sonnette, ni interphone.
   Un vieil homme claudiquant vient nous ouvrir, le visage bienveillant et un léger sourire au coin des lèvres. Il nous interroge du regard en entrebâillant la porte, et je commence à expliquer la raison de notre visite en anglais.

— Nous cherchons cette dame, lui dis-je en lui montrant la femme sur la photo.

Malheureusement, l'air perdu qui se peint sur son visage m'informe qu'il n'a pas compris un traître mot de ce que j'ai dit. Je soupire et passe ma main sur mon visage pour enlever un peu de sueur. Nous allons devoir patienter plus longtemps encore qu'on ne l'aurait pu dans ce cagnard.

— Cette femme, insisté-je en pointant du doigt Elisabeth sur la photo.

   Il plisse les yeux, semble réfléchir quelques instants et finit par secouer la tête de gauche à droite.

Nie, dit-il dans un souffle en polonais, et j'ai comme l'impression que ce « non » est tout sauf convaincu et convainquant.

C'est pas vrai, grogne un Neil mécontent dans mon dos avant de s'avancer vers l'homme d'une démarche rapide.

   Et avant que je n'ai pu saisir quoique ce soit, l'homme chancelle lorsque mon ami passe à son niveau et Neil pénètre sans plus de cérémonie dans l'immeuble. D'un mouvement de groupe, nous lui emboîtons le pas et bientôt, nous nous retrouvons sur le premier palier, à l'abri du regard du concierge.

— Que s'est-il passé ? chuchoté-je en agrippant le T-shirt de l'Incarnation tigre.

— Encore un coup de maître, me répond-il en un sourire éblouissant, se dégageant en même temps de mon emprise.

   Je grogne, mécontente qu'il élude ma question. Et avant que je n'insiste, Yohann me devance :

— Il l'a privé de la vue et de l'ouïe, je suppose. Et comme  le concierge est un humain, il lui faut un peu de temps pour récupérer. Si nous sommes suffisamment discret, il pensera que tout ceci n'a été qu'une hallucination.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant