18 : Warszawa

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   Il est treize heures quand nous nous retrouvons hors de la gare de Varsovie, devant laquelle tout un tas de voitures circulent. Un soleil cuisant nous accueille, ainsi qu'une foule de touristes braillant dans l'air chaud et humide de l'été. L'air pollué par les voitures et le bruit ambiant s'ajoutent à la chaleur, et très vite, je trouve cet endroit insupportable. Nous déguerpissons vite, traînant nos maigres bagages derrière nous. Le programme de la journée est relativement simple : nous installer dans notre Airbnb, puis visiter les magasins de poupées russes de la ville. Car après avoir cherché sur Internet, dans des guides, et appeler des offices de tourisme, nous sommes formels : un magasin du nom de Matrioszka wilka [Poupées russes de la louve] n'existe pas. Il va donc falloir ratisser la ville à la recherche de renseignements, car ces poupées représentent notre seule piste.

— C'est ici, annonce Neil en se postant devant le Airbnb que nous avons réservé et qui se trouve juste à côté de la gare, la gardienne nous donnera les clefs.

   C'est ainsi que nous récupérons les clefs, puis que nous pénétrons dans l'appartement, très simple, mais très propre ; pas très grand, mais à taille humaine. Nous nous répartissons rapidement les chambres : les deux garçons dormiront ensemble, et Mila et moi occuperons la chambre où se trouvent trois lits simples, et où Tristan dormira lorsqu'il arrivera, demain.

   Puis nous ressortons pour commencer notre enquête, et surtout manger pour se redonner des forces après ce long trajet qui a duré dix-huit heures. Nous atterrissons dans un restaurant attirant du fait de la bonne humeur qui s'en dégage et choisissons assez vite nos plats. Tandis que mes trois amis prennent - honteusement - une pizza, je me décide à tenter le chou polonais farci au veau, une spécialité polonaise. S'ensuit une discussion animée entre Neil et Yohann, voulant chacun savoir si l'autre ronfle. Mila et moi restons silencieuses la plupart de la durée du repas, aussi car elle est absorbée par sa pizza, qu'elle mange lentement. J'en déduis qu'elle n'a pas envie de parler et ne cherche pas à faire la conversation, la laissant ainsi dans sa bulle. Oh, comme elle est différente de la Mila pleine de vie et d'énergie que j'ai connue jusqu'il n'y a pas si longtemps que ça. Ce changement me pèse, mais au fond de moi, je me demande si ce n'est juste pas qu'elle a arrêté de prétendre qu'elle allait bien. D'une certaine façon, ses barrières sont tombées, et il ne lui reste plus qu'à vivre sans. Ce sera peut-être long, mais j'espère être toujours là pour elle au bon moment et lui rappeler sans cesse qu'elle a des amis sur qui compter.

   C'est sur ces pensées que nous commençons à déambuler dans la ville. Je me rends vite compte que Varsovie est une ville riche en couleur et alliant différents styles d'architecture, ce qui en fait un endroit très agréable où se balader, car l'œil est attiré partout et n'est jamais lassé. Cette richesse de styles de toutes les époques s'explique notamment par la destruction partielle de Varsovie pendant la Seconde guerre mondiale, et tout a été reconstruit : parfois à l'identique, et parfois en s'inscrivant dans l'aire du temps.
   Nous repérons quelques magasins de poupées russes sur la Voie royale, une des plus grandes avenues commerciales de la capitale. Mais nous ne savons pas au juste ce que nous cherchons : le but est-il de trouver des poupées avec l'inscription Matrioszka wilka dessous ? Ou juste se renseigner pour trouver un magasin portant ce nom ? Nous faisons les deux, jonglant entre les magasins riches et les magasins à touristes, nous faisons également " expertiser " les poupées de Félix Spieger. Elles sont en hêtre, nous apprend-on, et la qualité est plutôt bonne. Nous tentons ainsi d'orienter nos recherches, mais sans grand succès. Dans mon for intérieur, j'ai l'impression que cette excursion à Varsovie ne nous emmènera pas plus loin que celle de Paris. Peut-être va-t-elle seulement venir confirmer cette fausse piste.
En fin de journée, nous nous octroyons une pause et profitons de l'entrée gratuite d'un musée pour venir nous asseoir devant un tableau.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant