17 : Poupées russes

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Note : j'aimerais beaucoup que vous laissiez des commentaires ! Ça motive énormément et ça me permet de savoir ce que vous aimez, ou au contraire ce que vous n'aimez pas... Merci !

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Le bureau de Félix Spieger est étrangement bien rangé. Les dossiers sont parfaitement empilés, pas un stylo ou feuille ne traîne, et je ne vois aucune trace de poussière. L'ordinateur, quant à lui, est éteint et les stores tirés amènent une lueur sombre dans la pièce. Tout indique que Félix Spieger n'est pas à la banque aujourd'hui.

— Il est parti en vacances hier, chuchote Yohann le regard rivé sur un calendrier fixé au mur.

— Pour combien de temps ? l'interrogé-je en regardant la vingtaine, voir la trentaine de poupées russes de toutes tailles posées sur le bureau de l'homme.

— Deux semaines. A mon avis, on va devoir laisser tomber. Les deux autres ne nous ont rien apporté, et ça ne me surprendrait pas que ce soit pareil pour lui.

   Je soupire, Yohann a raison. Dans deux semaines, je pensais être déjà loin d'ici, et si nous l'attendons, cela ne fera que retarder notre enquête. Non. Nous allons devoir faire sans lui, me résolus-je en m'emparant d'une petite poupée russe, de la taille de mon pouce.

— C'est bizarre, cette passion pour les poupées russes, ricane Neil en s'en emparant d'une, un peu plus grosse que la mienne.

   J'acquiesce avant de reposer la poupée, qui rejoint les autres sur le bureau de l'homme. Je regarde un peu plus attentivement cette curieuse colonie, présente partout dans la pièce, et pas que sur le bureau comme on pourrait le croire au premier regard. Il y en a sur les étagères, sur le rebord de la fenêtre et même la poubelle est le bas d'une gigantesque poupée russe. Elles sont de toutes les couleurs, vert, marron, orange, rouge, etc... et ne sont qu'à l'effigie de femmes. Je fronce les sourcils, un peu mal à l'aise face à tous les regards de ces étranges poupées.

— On y va ? Il n'y a rien d'intéressant... soufflé-je à l'adresse des deux hommes en train de fouiner un peu partout avec rapidité et efficacité.

Ils me donnent une réponse affirmative et avant de faire quoique ce soit, je prends quelques photos. On ne sait jamais. Puis je me dirige vers la porte, l'entrouvre légèrement pour vérifier que personne ne nous a vu, et comme le couloir est désert, je sors rapidement, vite suivie par les deux hommes. Le retour à Paris est beaucoup plus paisible et tranquille qu'à l'aller. Cette fois, la musique ne hurle pas dans nos oreilles, rendant l'atmosphère plus propice à la conversation. Mais loin de discuter, la première demi-heure qui passe est très silencieuse : chacun est plongé dans ses pensées. Moi aussi, je pense qu'il va nous falloir rentrer à Ugine. Nous avons accumulé les déceptions, les fausses pistes, et rien n'est venu nous indiquer que nous étions sur la bonne voie. Mais j'ai de moins en moins envie de penser à cet échec cuisant, alors je me distrais autrement :

— Vous pensez que le type, Jacques Didier, a fait de la chirurgie esthétique ? Il ressemblait comme deux gouttes d'eau à sa photo qui a été prise il y a quand même trente ans, et il n'a pris aucune ride entre temps. C'est bizarre, vous êtes d'accord ?

Neil et Yohann, à l'avant, s'échangent un regard amusé.

— On t'a pas dit ? me demande Yohann, le copilote, en se tournant vers moi.

— Quoi ?

Et Neil éclate de rire, d'un rire tonitruant et loin d'être agréable. Mon visage se crispe et Yohann tape sur l'épaule de son ami pour le rappeler à l'ordre.

— Quoi ? répété-je, perdue.

— Yohann, tu veux pas prendre le volant le temps que je voie sa réaction ? m'ignore royalement Neil, nettement plus calme mais incapable de retenir des hoquets.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant