16.2 : Explications

298 41 3
                                    

    Nous passons une soirée très agréable avec Paul, qui n'a pas eu beaucoup de mal pour s'intégrer et apprécier mes amis. C'est aussi parce qu'il a toujours eu une personnalité assez ouverte sur les autres et sur le monde. Il s'est néanmoins mieux entendu avec Neil, qui est plus de son âge. Mila, elle, est restée très silencieuse tout au long de la soirée. Assise dans un canapé, elle nous suivait d'un regard désintéressé, ailleurs, tandis que nous faisions nos pizzas. Tristan, après nous avoir aidé, est allé s'asseoir à côté d'elle et les deux tourtereaux ont discuté paisiblement jusqu'à ce que nous allions nous coucher. Installés sur des matelas dans le salon du petit appartement de Paul, situé dans le quinzième arrondissement, nous avons pas mal papoté avant de nous endormir. Cette soirée animée m'a presque permis d'oublier l'échec de notre journée, et m'a également redonné un peu d'optimisme pour le lendemain. Nous avons décidé de laisser à Tristan et à Mila un peu de temps ensemble et c'est pour cela qu'au lieu de m'accompagner en banlieue voir notre deuxième homme, ils iront visiter le centre-ville de Paris. L'air fatigué et les cernes noirs qu'arborent Mila le lendemain matin finissent de me persuader que c'est la meilleure solution. Nous ne nous sommes pas véritablement reparlé depuis la veille, et j'ai entendu dire par ma tante que son père n'était pas mort, et qu'il avait été admis en soins intensifs à Grenoble. Les blessures étaient très sérieuses, et il avait apparemment perdu beaucoup de sang. Tous se demandaient ce qui lui était arrivé et la rumeur d'une attaque d'ours courrait à Ugine. Lorsque ma tante m'apprit ça, je ne pus retenir un rire inopportun, qui pouvait bien croire qu'un ours lui avait fait ces griffures ? Toutefois, l'état d'ivresse dans lequel était le père de Mila à ce moment-là laissait tout le monde perplexe, était-ce vraiment un accident ? Il y a avait débat à Ugine, et je me gardais de raconter tout ceci à Mila. Pour l'instant, elle devait essayer d'oublier ce qui s'était passé. Durant la soirée, nous avions également été sévèrement réprimandés par le Repère, et le Premier réfléchissait à sanctionner Mila. Cette dernière était resté impassible, comme si elle s'en fichait, lorsque notre chef l'avait menacé. Son attitude m'inquiétait, mais heureusement, Tristan avait à cœur de lui redonner le sourire. Je ne crois pas qu'il la jugeait après le châtiment qu'elle avait donné à son père, il essayait plutôt d'être compréhensif, et je réfléchissais sérieusement à adopter son comportement. Mila est une amie chère que je n'ai pas envie de perdre, et au fond de moi, je sais que si nos situations avaient été inversées, elle aurait fait tout ce qui était en son pouvoir pour me ramener dans le monde des vivants.

   C'est ainsi que le lendemain, à dix heures, nous nous retrouvons seulement à trois devant le petit immeuble de Vitry-sur-Seine où est sensé habiter Jacques Didier. Contrairement à celui de Michel Spire, l'immeuble est loin d'être très reluisant et la sécurité laisse à désirer puisqu'en l'absence de code, nous entrons sans problème. Là aussi, c'est une jeune femme qui nous indique l'appartement dans lequel il vit. Or, lorsque nous montons l'escalier qui y mène, c'est avec surprise que nous croisons notre homme, allant en sens inverse. Et lui est une Incarnation, nous le sentons, et lui aussi, car à peine nous a-t-il vu qu'il remonte quelques marches, un air de pure méfiance peint sur le visage. Ce dernier n'a étonnamment pas changé depuis que les photos ont été prises. Je hausse un sourcil surpris et jette un coup d'œil à mes compagnons, restés impassibles. Bon.

— Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? nous interroge l'homme rapidement, se sentant menacé.

— Nous sommes juste trois jeunes qui cherchons des informations sur un homme appelé Alexis Delavenay, répond Yohann en passant devant moi dans l'escalier, je suis son filleul.

   Son mensonge passe comme une lettre à la poste puisque le visage de l'homme se détend imperceptiblement. Les cheveux bruns, les yeux marrons, et une courte barbe ornant sa mâchoire, Jacques Didier est un homme à la physionomie très banale et étonnamment bien conservée.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant