12.2 : Les intrus

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   Installés sur les canapés de mon salon, nous patientons dans un silence religieux que Nikola arrive. Mon cœur, lui, ne cesse de se gonfler de soulagement : enfin une présence familière qui m'aidera à m'extirper de cette situation plus que stressante. Ida et Hans l'ont compris en me voyant jeter de multiples coups d'œils à la porte, attendant qu'on y toque. C'est ce qui finit par se produire, mais alors que je m'élance pour l'ouvrir, Hans me retient fermement pour qu'Ida s'en charge. Je lui jette un regard noir, mais renonce à me débattre : ça ne ferait qu'aggraver les choses, et en plus, je n'ai pas la moindre petite chance. Je fixe la porte avec appréhension, priant pour que la personne qui toque soit bien Nikola.

   Lorsque Ida ouvre enfin la porte, c'est avec un soupir de soulagement que j'aperçois la silhouette élancée accompagnée de la touffe brune de mon ami. Un moment de flottement suit l'ouverture de la porte, durant laquelle Nikola et Ida se dévisagent, mais je ne peux décrypter leur expression faciale, Ida étant de dos et Nikola étant toujours sur le pas de la porte, caché par la stature de la femme. Moi, je suis toujours prisonnière de l'étreinte ferme d'Hans, aussi immobile et dur qu'une pierre.

   Et alors, sous mes yeux ébahis, Nikola et Ida s'enlacent dans un câlin affectueux. J'aperçois enfin le visage de Nikola, et il me lance un clin d'œil par dessus l'épaule d'Ida. Je chancelle, ce monstre d'Ida connaît Nikola au point de l'enlacer ? J'en suis presque furieuse. Les deux connaissances gagnent ensuite le salon et Nikola s'avachit dans un des canapés, alors qu'Hans me relâche suite au regard qu'Ida lui lance. Je m'empresse de m'assoir aux côtés du grand brun, amplement plus rassurée par sa présence.

— Alors tu... vous, se rectifie-t-il en jetant un œil à Hans, appuyé au mur, avez survécu.

   Un silence s'ensuit, durant lequel Ida adresse un sourire éblouissant à Nikola.

— Et comment est-ce que vous vous connaissez ? interviens-je pour couper court à leur échange silencieux.

— De la Norvège, bien sûr, me répond sans hésiter Ida, sûrement assagie par Nikola, nous avons grandi ensemble, même si j'ai sept ans de plus que lui.

   J'ouvre la bouche, ébahie, Nikola est norvégien ? Après tout, cela explique son prénom atypique en France : Nikolaï sonne très étranger et tout à fait nordique. Et je n'y ai pas fait attention car j'avais pris l'habitude de l'appeler Nikola. Cette information me permet également d'identifier l'accent de la femme, qui doit sûrement venir de la Norvège.

— Et comment ça se fait que tu te retrouves en France ? interrogé-je directement Nikola, sans prendre de pincettes car trop curieuse.

   Il fronce ses sourcils noirs et me jette un regard sombre, sûrement agacé par cette question personnelle, nullement bienvenue dans cette situation. Je baisse les yeux, mal à l'aise d'être regardée ainsi. Pourtant, il me répond, très concis et froid :

— Ma mère est norvégienne, mon père est français, j'ai vécu en Norvège jusqu'à ce que mes parents se séparent quand j'avais onze ans, et je suis arrivé en France.

Je n'ose pas le regarder et jette un coup d'œil à Ida, qui le dévisage longuement avant d'ouvrir la bouche :

— Nikolaï, on vient récupérer notre machine de guerre.

Cette fois-ci, je le regarde, perplexe et ne sachant pas de quoi elle parle. Ce n'est pas le cas de mon compagnon : mon double panthère s'est figé, mais n'est pas pour autant surpris, comme s'il s'y attendait.

Je me décide à intervenir pour demander des précisions, mais je suis brusquement coupée par Nikola.

Qu'est-ce que...

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant