12.1 : Les intrus

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Note : j'aimerais beaucoup que vous laissiez des commentaires ! Ça motive énormément et ça me permet de savoir ce que vous aimez, ou au contraire ce que vous n'aimez pas... Merci !

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Le lendemain matin, il est onze heures lorsque je me réveille. Ma tante, elle, est partie faire des emplettes à Ugine et a prévu de déjeuner avec des amis en centre-ville. Je glande donc le reste de la matinée entre mon lit et le canapé et planifie de voir Julie en milieu d'après-midi.
    Après avoir déjeuné, je me pose à nouveau dans mon lit et tente d'arriver à me camoufler aux yeux des Incarnations, comme a essayé de m'expliquer Nikola. Il faut dissocier mon esprit de panthère de mon esprit d'humaine, c'est ce qu'il m'a dit. Mes premières tentatives restent selon moi infructueuses, je ne sais pas trop ce qu'on est censé ressentir, et même si l'on ressent quelque chose. Cet exercice s'apparente à une marche dans le noir : je ne sais pas où je vais, ne discerne pas mon but, et avance en trébuchant. Me résignant à devoir abandonner avant même d'avoir réellement commencé, une intuition s'empare de moi comme le froid prend possession du corps : lentement, mais sûrement. C'est une intuition tellement forte qu'il est difficile de l'ignorer, et elle m'intime de la suivre. Elle éclaire mon chemin obscur d'un soleil de midi, haut et fort, me menant droit à ce que je cherche à atteindre. Sans vraiment savoir d'où cette intuition vient, le miracle se produit : je sens réellement mon esprit se diviser en deux, et ma conscience s'accrocher à ma part humaine. Ma part animale, elle, s'en est allée. Elle a disparu, tout simplement. Est-ce cela, le Camouflage ? C'est presque comme si j'avais fait ça toute ma vie, et qu'il suffisait d'y mettre un peu de bonne volonté. J'écarquille les yeux, étonnée, et après avoir ressenti un bref moment de fierté, mêlée à un sentiment de surprise, la peur m'envahit : et si je ne pouvais pas récupérer ma part animale ? Comment fait-on, d'ailleurs, pour la récupérer ? J'ai à peine le temps de paniquer davantage qu'un bruit venant du rez-de-chaussée m'interpelle, et m'affole lorsqu'il est suivi d'un juron voulu discret :

— Scheiße !

Je me jette discrètement hors de mon lit, faisant attention à ne faire grincer aucune planche de mon parquet. Je tends l'oreille, à l'affût du moindre nouveau son. Pendant quelques minutes, je n'entends strictement rien, et je n'arrive pas à récupérer mon ouïe de panthère. Puis des chuchotements me parviennent. Les gens qui sont là se veulent donc discrets, et ma tante n'est jamais discrète et invite rarement des personnes à la maison. Je fronce les sourcils. Que faire ? Rester dans ma chambre et attendre leur départ, ou se confronter à eux ? Je choisis une autre alternative : ne pas attendre d'être découverte, et anticiper leurs faits et gestes, cela revient donc à les espionner. C'est ainsi que je descends les escaliers jusqu'au palier pour écouter leur conversation. Invisible et aussi silencieuse qu'un chat.

Make less noise Hans ! [Fais moins de bruit Hans !] chochotte une voix de femme en anglais, énervée, avec un accent que je n'arrive pas à identifier.

   De l'anglais, je soupire de soulagement : c'est une langue que je comprends et parle parfaitement. L'homme marmonne quelque chose que je n'entends pas, et une dizaine de minutes s'écoulent dans le silence le plus complet. Puis ils commencent à monter les escaliers. Je m'empresse de remonter aussi silencieusement que possible à l'étage, réfléchissant en même temps à un endroit où me terrer. J'opte pour les toilettes, car au moins, il y a un verrou qui peut me protéger si besoin. Les deux personnes - j'en ai identifié deux - fouillent l'étage comme ils ont fouillé le rez-de-chaussée et lorsqu'ils arrivent dans la salle de bain, juste à côté des toilettes, je peux de nouveau entendre leur conversation :

Really, I don't know why he gave you this address, [Je ne sais vraiment pas pourquoi il t'a donné cette adresse], râle la femme.

— Alexis was a strange man, and don't forget that his last name is on the letterbox, [Alexis était un homme étrange, et n'oublie pas que son nom de famille est sur la boîte aux lettres], répond l'homme pour remotiver la femme, un fort accent allemand dans la bouche.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant