11.1 : Les " vacances "

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Note : j'aimerais beaucoup que vous laissiez des commentaires ! Ça motive énormément et ça me permet de savoir ce que vous aimez, ou au contraire ce que vous n'aimez pas... Merci !

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Un silence de mort règne dans le quatre-quatre noir du Repère que Nikola conduit. Malgré la radio, l'absence de conversation se fait ressentir sur l'ambiance générale : pesante. Chacun est absorbé par ses réflexions, envahi par des pensées qui nous sont propres. Ces " vacances " s'annoncent mal, et même très mal. La cause principale est sûrement que je suis ici contre mon gré. Je me souviens très bien de l'explication froide que j'ai eu avec ma tante, elle s'est excusée et m'a expliqué qu'elle pensait que cela me ferait plaisir, de vagabonder dans les montagnes que j'aime plus que tout. Sans que je ne m'en rende compte, elle m'a ouvert les yeux sur l'intérêt que cette expédition présentait : le corps de la panthère est fait pour les milieux escarpés, ce n'est qu'en m'y confrontant que je peux saisir tout ce que je suis capable de faire avec. J'ai fini par accepter mon sort, bien que ma fierté m'ordonne d'être impitoyable avec ceux qui ont décidé tout ça à ma place. Le fait que je connaisse peu, voir pas, les personnes présentes ne fait qu'accentuer mon sentiment de malaise. Nous sommes cinq au total à nous embarquer vers un petit refuge au sommet des Alpes pour qu'Ariane - dont l'Incarnation est une chamois - et moi puissions nous perfectionner ; elle a apparement autant de mal que moi. Pascal, un bouquetin, est chargé de l'accompagner et de la guider dans les montagnes. Puis il y a Magalie, la lynx, qui m'aidera probablement au même titre que Pascal, et Nikola, sûrement venu pour le plaisir de s'échapper loin du Repère. Je suis ravie, au sens ironique du terme : je ne connais personne, nous serons dans un refuge complètement isolé et il n'y aura pas de douche. Que demander de plus ? Je maugrée dans ma barbe et soupire. Nous roulons depuis quarante minutes maintenant et nous commençons tout doucement à monter vers les sommets. Une fois l'ascension terminée, il nous faudra marcher et escalader un peu avant d'arriver au refuge, situé sur une sorte de petit plateau. C'est ce que nous commençons à faire vingt minutes plus tard après avoir garé la voiture et nous être saisi de nos lourds sacs dans lesquels se trouvent de la nourriture, des sacs de couchage, du matériel d'escalade, et bien d'autres choses d'ordre pratique. Le tout doit malheureusement bien peser quinze kilos. Trop pour mon pauvre dos.

— Putain, grogné-je en glissant sur la neige et en me rattrapant de justesse à un rocher alors que l'on grimpe depuis à peine cinq minutes.

— Ça va ? me demande Ariane en se retournant vers moi.

Je hoche la tête et nous continuons de grimper. Ce qu'on fait est tout de même dangereux sachant que je n'ai aucune expérience en escalade et que je doute d'être la seule.

— Ne vous inquiétez pas, intervient Pascal comme s'il avait lu dans mes pensées, c'est un chemin que nous faisons depuis des lustres et plusieurs fois par an, nous le connaissons donc jusque dans ses moindres recoins, il faut juste nous suivre, rigole-t-il finalement.

Ses mots me rassurent et je lui jette un coup d'œil. Il ferme la marche, se déplaçant avec aisance sur les rochers. Il a le pas sûr, me dis-je, c'est peut-être aussi quelque chose qu'il tient probablement du bouquetin. Pascal est un homme ayant entamé depuis peu sa retraite, il a des cheveux blancs en épis, des yeux marrons légèrement bridés, comme s'il avait des origines asiatiques alors que ce n'est pas le cas, et dégage une certaine joie de vivre lorsque ses lèvres fines s'étirent dans un sourire railleur.

— Attention, nous prévient Magalie en élevant la voix, on arrive à la partie la plus dure, sortez votre matériel d'escalade.

Nous nous exécutons en silence et Nikola ouvre la voie, grimpant en tête avec une agilité qui me dépasse. Puis, arrivé en haut de la falaise d'une dizaine de mètres, je comprends qu'il a installé une corde. Magalie s'occupe ensuite de faire monter chacun de nos sacs, que Nikola réceptionne petit à petit. Lorsqu'ils ont fini, Pascal me donne une légère tape dans le dos avant de me passer devant.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant