Chapitre 54 - James

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Nous passons le pas de la porte, je prends une grande inspiration et pose mon regard sur Charly. Je ressens un grand soulagement lorsque je vois qu'il va bien, il est encore somnolant à cause de l'anesthésie qu'il a eu mais il se réveille doucement. La main d'Anna dans la mienne, je m'approche alors de son lit.

Il tourne la tête vers nous et un léger sourire naît sur son visage. Il se fait tard, les visites vont bientôt être interdites mais il fallait que nous le voyions avant de le laisser partir. Son épouse le rejoint demain, il ne sera pas seul.

Je leur raconte alors ce que la police m'a demandé, ce que je leur ai dit et ce qu'ils m'ont répondu en conclusion à notre petit entretien. Je n'étais pas vraiment en état de répondre à toutes leurs questions, mais apparemment cela leur a suffit à monter un dossier. Un procès doit avoir lieu au plus vite, d'après ce qui a été dit. Charly ne semble pas surpris, il savait que ça allait arriver un jour nous dit-il.

Nous ne restons pas longtemps, il doit se reposer et dormir. Anna et moi sortons alors de l'hôpital et elle appelle sa mère pour qu'elle nous cherche. Celle-ci est injoignable, je décide alors de voir si Sophia est disponible. Elle répond tout de suite et passe nous chercher peu de temps après.


Anna reste avec moi pour la nuit, je n'ai pas le courage de dormir seul après tout ça et elle non plus je crois. Nous avons besoin l'un de l'autre, nous avons besoin de nous sentir proches, nous avons besoin de nous blottir l'un contre l'autre après tout ce qui s'est passé. Je ressens véritablement la nécessité de lui parler de tout ça, mais aussi de son père.

Je n'arrive toujours pas à assimiler le fait que son père soit celui qui m'a appris que mes parents étaient morts, alors que je ne me souvenais encore de rien après l'accident. Il faut que je lui en parle, je ne dois pas garder tous ces sentiments en moi, je ne peux pas les garder en moi. Sinon, ils vont me bouffer petit à petit et notre relation en pâtira, je le sais. Je dois alors en parler de suite, pour tenter de passer au-dessus, tenter de pardonner à Benjamin, son père. Bien sûr, il n'y est pour rien, mais malgré tout, j'ai toujours associé sa tête à cette terrible annonce. Je ne me souviens que de lui de cette manière. Le revoir m'a fait un tel choc que je n'arrive même pas à m'expliquer pour quelles raisons je n'ai pas réussi à vraiment lui parler lorsque j'étais face à lui.

Je n'aurais pas dû être aussi médisant, ni en colère.


Je prends de longues inspirations, Anna à mes côtés, elle attend que j'aborde le sujet, je le sais, je le sens. Nous en parlons alors une bonne partie de la nuit et je me demande ce que j'ai fait pour mériter Anna. Elle est si compréhensive, si indulgente, si bienveillante envers moi, elle est tellement fascinante. Je l'aime, je l'aime à en crever. Ses paroles me vont droit au cœur, s'insinuent au fond de moi et me donnent envie d'aller mieux, de me relever pour elle. J'ai envie de laisser une chance à son père, pour la seule raison qu'il est son père. Je me mets à sa place, je voudrais tant qu'elle puisse avoir eu la chance de rencontrer mes parents. Malheureusement, la vie en a décidé autrement, et je finis par me dire que je serais véritablement stupide de ne pas accorder une possibilité à son père d'apprendre à nous connaître.

Je sais que ce sera difficile au début, de le voir autrement que comme je le connais, pourtant je suis prêt à essayer, à lui donner une chance.


***


Le procès a eu lieu beaucoup plus rapidement que je ne l'aurais cru. Charly a fait jouer ses relations, il voulait que tout ça se termine le plus rapidement possible. Il a été appelé à témoigner, son récit a été très dur à entendre, je n'imagine pas à quel point il a été dur à formuler pour lui. Anna m'a accompagné, a pu faire partie du public. J'ai été appelé à la barre pour témoigner à mon tour et j'ai été très surpris en voyant Diego dans la salle. Il a également été appelé pour parler de sa relation avec Lola.

Revoir Lola a été réellement difficile, surtout la voir dans un carré vitré et entouré de deux policiers. Je n'ai pas eu le courage de la regarder lorsque j'ai parlé de ma vie avec elle. J'ai simplement entendu ses sanglots, mais c'est sur Anna que je me suis concentré. J'ai puisé en elle toute la force dont j'avais besoin pour mener à bien mon interrogatoire par les avocats. Ils m'ont laissé parler un long moment, afin que je leur raconte tous les moments douloureux que j'ai passé avec elle et ensuite le moment où elle était chez Anna.

Je ne pensais pas que me replonger dans le passé aurait été si épuisant. Charly a apporté les éléments concernant l'enfance de Lola, il a raconté absolument tout ce qu'il m'a dit au téléphone il y a quelques temps. Je sais à quel point ça a été dur pour lui et pour sa femme aussi. Pourtant, ils ont souhaité qu'elle soit punie pour tout ce qu'elle a fait.

Son enfance ne peut pas tout pardonner. Elle avait la possibilité de changer, de devenir quelqu'un de meilleur. Elle le pouvait, mais ne l'a pas fait. Je trouve cela tellement dommage.

La juge a décidé que sa peine serait amoindrie en prenant en compte ses antécédents et le fait qu'elle n'ait pas eu de vie stable avant ses onze ans. Lola a alors été incarcérée et devra purger sa peine pendant trois ans, puis elle a l'obligation de suivre une thérapie, de se faire soigner et d'être sous surveillance pendant les dix prochaines années.


Je suis attristé par le fait que cette relation nous ait mené si loin, c'est grave tout ce qu'elle a fait et je ne suis pas sûr d'arriver à intégrer le fait que je l'ai aimé. J'ai aimé cette fille, j'ai été avec elle pendant tant de mois... Pourtant, je n'ai jamais rien fait. Je ne peux pas m'empêcher de me dire que j'aurais dû agir, j'aurais dû dire quelque chose, peut-être que nous n'en serions pas arrivé à un procès...


– Mon cœur, arrête de te torturer... Ça fait une semaine que le procès a eu lieu, et je sais que tu ressasses encore. Mais Jay, maintenant, tu dois vivre pour toi. Je suis là, je serai toujours là, et tu sais que tu peux compter sur moi. Mais parle-moi, ne garde pas tout pour toi, s'il te plaît.

Je sais que je me renferme encore souvent, mais ce n'est pas ce que je veux. J'essaie de me confier à elle, mais parfois je me dis que je suis juste trop abîmé pour qu'elle puisse faire quelque chose. Je l'enlace et lui fais comprendre que oui, je vais faire un effort.


Nous nous embrassons encore longuement et très vite la pièce s'emplit d'une chaleur écrasante et d'un désir inassouvi. Elle retire ses vêtements puis je retire les miens et nous nous touchons, nous caressons, d'abord doucement puis avec plus d'ardeur. Je dépose des baisers partout sur son corps, sa bouche cherche la mienne et nous ne sommes que souffles et murmures.

Nos respirations se font de plus en plus saccadées et alors qu'elle retire mon boxer, je l'allonge sur le lit et nous faisons l'amour comme si c'était la première fois. Comme si je ne l'avais encore jamais touché, comme si elle ne m'avait encore jamais touché, comme si nous nous découvrions. Elle gémit de plaisir et un sentiment plaisant s'empare de moi, d'abord légèrement et enfin, alors que nous sommes au bord de la jouissance, je me délecte de la sentir en moi. Nous atteignons en même temps ce point de non-retour, celui qui nous rend euphorique et nous ne sommes que sensations, l'un contre l'autre.

– Je t'aime, plus que tout, murmure Anna au creux de mon oreille.

Je me tourne vers elle, effleure ses lèvres et l'embrasse.

– Moi aussi, je t'aime, je t'aime, je t'aime.

Ses doigts se baladent encore sur mon torse et nous restons ainsi, lovés l'un contre l'autre pendant un bon moment.

– Tu es tout ce que j'ai de plus précieux.

Elle arbore un fier sourire et me regarde droit dans les yeux avant de me dire :

– Tu dis ça tout le temps...

– Tu n'aimes pas ? Je demande soudain anxieux.

– Si, bien sûr que si, dit-elle en m'embrassant. C'est... tellement beau. Tu es tellement beau et tout en toi me touche. Tu es une personne extraordinaire Jay, ne l'oublie jamais.

– Tu l'es aussi, ne l'oublie jamais ma chérie.

– Alors ne l'oublions pas.

Et sur ces derniers mots, sa bouche contre la mienne, Anna me montre à quel point elle m'aime en me faisant l'amour, sensuellement.

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant