Chapitre 53 - Anna

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Ne comprenant pas ce qui est en train de se passer, mon père me pousse un peu plus loin, à l'écart de Jay. On aurait dit qu'il avait vu un fantôme, je ne comprends pas. Je sais que mon petit ami n'aime pas les médecins, ni être dans un hôpital, et ça je peux le comprendre. Mais sa réaction, en voyant mon père, me dépasse. J'attends alors d'être assez éloignée de mon copain pour parler à mon père mais c'est lui qui commence :

– Anna. C'est délicat... C'est lui, ton James ? demande-t-il craintif.

– Oui, c'est mon copain, tu sais je t'en ai déjà souvent parlé. Qu'est-ce qui se passe ?

Il se passe une main dans les cheveux, semble nerveux d'un coup et impatiente, je réitère ma question.

– Papa, qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi vous avez l'air si bizarre Jay et toi ? Dis-moi !

– C'est... une situation plutôt rare ma puce. Tu m'as raconté son histoire, mais je ne pensais pas que ça pouvait être lui.

Il s'arrête en me fuyant du regard, et soudain j'ai peur de comprendre.

Non, attendez...

– Je me suis occupé de lui lorsqu'il était à l'hôpital, je l'ai vu arrivé, avec ses parents... C'est moi qui ait dû lui annoncer qu'ils n'étaient plus là... Mon dieu, Anna, il doit me haïr. Tous mes patients me haïssent après un tel choc. Ils détestent automatiquement la personne qui leur apprend ce genre de chose, c'est inévitable.

Il débite si vite son flot de paroles que je peine à en comprendre le sens.

Oh merde.

Il fallait que ce soit mon père parmi les centaines de médecin qui pouvaient être présents pour lui !

Je ne sais que répondre à mon père et pendant l'espace d'une minute je me mets à penser que peut-être, il y a un infime espoir pour que ça se passe bien malgré tout.

– Oh papa...

Je le prends dans mes bras et lui dis que nous devons retrouver James. Mon père m'affirme alors qu'il va lui parler. Je ne suis pas convaincue que ce soit une bonne idée, mais connaissant James il y a une toute petite chance pour qu'il l'écoute et qu'il passe outre. Je réalise alors combien ça doit lui peser de savoir qu'il s'agit de mon père. Je n'arrive pas à m'imaginer quelle aurait été ma réaction à sa place.


Nous retrouvons Jay au même endroit où nous l'avons laissé, son visage est fermé, ses sourcils froncés et j'ai la vague impression qu'il se retient de pleurer. Ça n'augure rien de bon pour la suite de cette conversation, j'en ai bien peur.

Plus mon père s'approche de lui, plus je peux lire en Jay son impatience de partir d'ici, loin de tout ça, loin de lui. D'une manière ou d'une autre, il sera bien obligé de lui adresser la parole. Je connais très bien mon père, ce n'est pas quelqu'un de mauvais et je sais très bien qu'il fera tout pour que ça se passe bien.

James plisse les yeux, mais ne dit rien. Il attend, et je n'ose pas prendre la parole. Je ne veux pas tout gâcher. C'est alors que mon père se met face à mon petit ami et il lui parle enfin :

– James, j'aimerais que tu saches que je suis désolé. Je me souviens de toi et je suis certain que toi aussi. Je sais que tu n'oublieras jamais ce que j'ai pu te dire il y a cinq ans, sache que moi non plus je n'ai pas oublié. J'aimerais aujourd'hui que nous puissions en parler si tu en ressens le besoin, ou bien que nous fassions abstraction de cet épisode de ta vie et de la mienne. Je n'aimerais pas que tu en tiennes Anna pour responsable, je ne veux pas être une source de conflit entre vous et j'aimerais vraiment, crois-moi, que tout se passe bien entre nous.

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant