Chapitre 50 - Anna

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Occupée à regarder le dernier épisode de ma série, Mint à mes côtés, je ne vois pas l'heure passer et il est déjà quatre heures de l'après-midi. Mon chat dort paisiblement et je le caresse jusqu'à ce qu'il ronronne. De mon autre main je regarde mon téléphone, mais l'écran est vide.

Quelqu'un sonne à la porte, je me lève pour aller ouvrir. Ma mère n'est pas là, elle est encore une fois sortie en disant qu'elle allait faire des courses, mais cela fait bien trois heures qu'elle est partie maintenant. Je doute alors qu'elle y soit vraiment allée. Mon père travaille, à l'heure qu'il est il doit sûrement être en pleine opération ou en train de prendre en charge des patients aux urgences.

Je me dirige vers la porte en posant d'abord mon téléphone sur la table basse. La sonnette retentit encore une fois, signe que la personne doit être pressée, alors je m'efforce de crier à travers la pièce :

– J'arrive, c'est bon. J'arrive !

Je tourne la clé dans la porte et l'ouvre. La personne qui me fait face est frêle, plutôt petite, mince et avec de très longs cheveux qui lui descendent dans le dos. J'ai un mouvement de recul lorsque je me rends compte qu'il s'agit de Lola. Je l'ai reconnue grâce à une photo d'elle que Jay m'avait montré sur les réseaux sociaux il y a déjà quelques semaines. Elle arbore un léger sourire, mais rien qui n'augure une conversation amicale. Je ne la laisse pas entrer, mais elle s'avance pour passer un pied à l'intérieur, je n'ai d'autre choix que de reculer. Au bout d'un long silence, ne sachant vraiment que lui dire, choquée qu'elle se tienne là, devant moi, je lui demande ce qu'elle fait là et elle se décide alors à parler.


– Anna, c'est ça ?

– Oui, dis-je prudemment.

– Je ne sais pas par où commencer... Je suis venue pour te présenter mes excuses...

Son intonation sonne faux, ses paroles et son visage ne veulent pas dire la même chose. Elle semble me détester et en même temps elle émet ces paroles qui ne sont pas en cohérence avec son visage crispé.

– Que... Pourquoi ? Et qu'est-ce que tu fais ici ? je lui demande complètement décontenancée.

Je ne comprends absolument pas les raisons de sa venue ni comment c'est possible qu'elle soit là, devant moi. Je la pensais encore à l'hôpital, pour un long moment, d'ailleurs.

– Alors c'est vraiment toi, la Anna sur les photos, crache-t-elle d'un coup sans répondre à aucune de mes questions.

– Les photos ? Mais quelles photos ? De quoi tu parles ? Lola, je vais te demander de partir s'il te plaît.

Elle commence à me faire peur, elle observe les alentours, scrute le moindre détail de ma maison et son regard me fait vraiment froid dans le dos. Ses yeux sont inexpressifs, elle paraît désorientée et en même temps elle dégage une sorte d'assurance ou de détermination qui me donnent envie que d'une chose : qu'elle parte de chez moi.

– Mais oui, Anna... Les photos sur Instagram, bien sûr. Tu sais je les ai toutes vues... Vous n'allez pas ensemble avec James. Non, il est bien trop beau pour être avec toi.

Elle commence à faire un pas puis deux vers la droite, m'obligeant à me tourner moi aussi. Soudain elle rentre vraiment dans ma maison et je me sens toute petite. Sa voix m'effraie, si bien que je ne sais pas quoi lui répondre sur le coup, alors elle continue.

– Avec Internet, on fait des miracles dis donc... Identifiée sur la photo de Jay, je trouve ton compte, ton nom complet, puis ton adresse et hop le tour est joué !

– Mais comment as-tu pu venir ? je réponds sur le coup de l'impulsion.

– Ah ça ! Je suis sortie aujourd'hui. Mais ça tu aurais dû le savoir... James ne t'a rien dit ? Ça ne m'étonne pas, on en a beaucoup des petits secrets comme ça. Tu sais, on était vraiment bien ensemble. Et on le sera encore. Il a été à moi et il le sera encore. J'ai peut-être essayé de disparaître, mais tu peux me croire, aujourd'hui je compte bien sur James pour continuer sa vie avec moi. Lui et moi, c'est pour toujours. Tu n'es que de passage. Tu n'aurais même pas dû être là, toi.

Je suis sidérée, ma répartie s'est envolée en même temps que j'ai ouvert cette porte et je n'arrive pas à lui répondre quelque chose de bien senti. Je ne comprends pas comment James aurait pu être au courant qu'elle est sortie, il ne m'a rien dit. Je ne pense pas qu'il le sache. Malgré tout un léger doute s'installe en moi, ébranlant ma confiance que j'aie en lui. Mais non, ça ne peut pas être vrai, il m'aurait prévenu, il m'en aurait parlé.

– Eh bah, alors ? Je suis contente que tu l'ai compris, puisque tu ne réponds pas je suppose que tu sais que j'ai raison dans ce cas. Bien, bien, continue-t-elle en posant chaque mot calmement mais avec de la rancœur dans la voix.

– Tu n'es rien pour lui. Rien. Rien du tout, ma pauvre. James me reviendra, c'est une certitude. Bien joué le coup de tout raconter à mon « père », poursuit-elle en mimant des guillemets avec ses doigts. Mais il m'en faudra bien plus pour abandonner. James m'appartient. Tu comprends ça ?

Elle soulève une mèche de mes cheveux, et c'en est trop. Ma raison est de retour et je ne peux m'empêcher de l'attaquer à mon tour.

– Mais t'es folle, ma parole ! Tu débarques chez moi, sans aucune raison, et tu me dis ça. Mais ce que tu n'as pas compris c'est que jamais, jamais, tu m'entends ? Jamais James ne reviendra avec toi. Tu n'es plus rien pour lui. Peut-être que tu as été quelqu'un pour lui auparavant, mais cette période est révolue. Aujourd'hui, tu n'es que dans ses lointains souvenirs.

– J'ai toujours fait partie de sa vie, depuis toujours ma pauvre ! assène-t-elle.

– Et moi, je fais partie de son présent et de son futur. Ça vaut bien plus que de faire parti de son passé. C'est terminé, Lola.

Elle plisse les yeux, touchée.

– Mais tu t'entends ? Ah Anna, soupire-t-elle. Je crois que tu n'as pas compris, je connais Jay mieux que personne et c'est vers moi qu'il s'est toujours tourné. Il me reviendra, c'est certain. Je suis la seule femme de sa vie, aboie-t-elle.

– Est-ce qu'il s'est tourné vers toi ces derniers mois ? Ça va faire un an ! Un an que c'est terminé entre vous ! « La seule femme de sa vie » ? Mais t'es complètement à côté de la plaque ma pauvre fille !

– Sans ses parents, tu sais bien que Jay n'a que moi. Je suis la seule personne à qui il a tout confié, dit-elle en arborant un fier sourire, comme si le malheur de Jay faisant son propre bonheur.

Je suis outrée qu'elle utilise la mort de ses parents comme argument. Elle s'approche encore pour se retrouver à quelques centimètres de moi. Je recule et nous nous retrouvons dans la cuisine.

– C'est terminé le temps où tu étais son seul pilier. Il a des amis, il m'a moi, il a retrouvé un équilibre. Il n'en a jamais eu avec toi ! Tu es complètement folle ! Ça ne t'a pas suffit de le frapper ? Tu veux encore lui pourrir la vie longtemps ? Tu vas me faire le plaisir de partir de chez moi, tout de suite !


Je suis hors de moi, je ne supporterai pas la présence de cette garce encore plus de cinq minutes dans ma maison. Elle doit déguerpir sur le champ !

Alors que je lui assène mes dernières paroles, elle sort quelque chose de sa poche.

– Tu as cru que ça allait se passer comme ça ? Tu n'as encore rien compris. James et moi, c'est jusqu'à la mort. Pour toujours. Je l'aime, bien plus que tu ne pourras jamais l'aimer. Il est mon seul et unique amour, il n'a pas le droit de m'abandonner. Et toi, tu es juste en trop dans l'équation.

Elle brandit un objet de sa main droite et avec un sourire aux lèvres elle continue :

– J'ai alors compris que ce n'était pas à moi de disparaître, mais à toi. Tout est de ta faute s'il ne répondait plus à mes messages. Tu es celle qui doit quitter sa vie, celle qui doit abandonner la partie, celle qui doit disparaître de la vie de Jay.

J'écarquille les yeux en voyant un objet tranchant dans sa main, qu'elle ne lève qu'à la fin de son discours. Mon pouls s'accélère et je ne sais absolument pas comment réagir à cet instant précis. Je me rends compte qu'elle est en boucle sur le fait qu'elle et Jay c'était « jusqu'à la mort ». J'appréhende ses moindres gestes et du regard j'observe ce que je peux prendre pour me défendre.

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant