Chapitre 49 - James

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Cet après-midi, nous avons décidé de tous nous retrouver chez moi, Ayden arrive le premier, suivi de près par Anna et enfin Jenny et Matias arrivent ensemble. Nous passons un moment vraiment génial, chacun raconte un peu son histoire, sa vie, ses passions. Anna en vient à parler de ma passion pour le piano et je décide alors qu'il est temps que j'en rejoue pour de vrai. Pour du public. Avant, je jouais avec ma mère mais aussi pour mes amis, pour ma famille. Quand je repense aux moments où je jouais pour mes grand-parents, un sentiment de nostalgie s'empare de moi. Ils n'ont jamais essayé de reprendre contact avec moi, mais moi l'ai-je fait ? Cela fait plus d'un an que j'ai dix-huit ans et j'aurais très bien pu leur envoyer un message, ou bien aller les voir. Je n'en parle pas avec Sophia, je pense qu'elle préfère ne pas mettre ce sujet en avant car elle-même n'est pas très à l'aise avec le fait qu'elle m'ait abandonné dans une famille d'accueil et pire encore qu'elle m'ait laissé dans ce foyer miteux et dont la réputation laisse à désirer.

Avec le temps, je ne lui en veux plus mais il est vrai que j'aimerais peut-être revoir mes grand-parents, je n'en suis pas certain, de peur de voir dans leurs yeux uniquement de la peine et de la tristesse.


Je fais visiter la maison à mes amis et nous finissons par la véranda. J'avoue que c'est ma pièce préférée, par tout temps je trouve qu'elle possède un certain charme. Le soleil traverse les vitres et nous donne une sensation de chaleur instantanée lorsque nous entrons à l'intérieur. Je leur montre le piano et Ayden me demande si je peux jouer un morceau. Je leur demande s'ils sont sûrs, ou bien s'ils ne préfèrent pas faire autre chose, comme jouer à la console ou tout simplement discuter.

Tous me répondent unanimement qu'ils souhaitent m'entendre. Anna m'accompagne alors sur le tabouret placé devant l'instrument. Les autres s'installent sur le canapé juste en face.

Je joue quelques morceaux et ils ont l'air tous subjugués. Personne ne parle avant que je ne fasse un pause et j'attends leurs retours.

À ma plus grande surprise, ils se mettent à applaudir. Jenny a les larmes aux yeux et je me demande soudain s'ils sont au courant pour mes parents. Je ne crois pas. Anna ne leur a rien dit, c'est évident. Pas même Ayden n'est au courant. Je prends alors la main d'Anna entre la mienne, la serre et après lui avoir déposé un rapide bisou sur le front, je rassemble toutes mes forces, mon courage et une once de volonté pour tout leur raconter.

Je leur explique les grandes lignes, sans rentrer dans les détails comme j'ai pu le faire avec Anna. Ils sont scotchés à mes lèvres et encore une fois personne n'ose ouvrir la bouche, de peur de dire quelque chose qu'il ne faut pas sans doute.

Au bout de longues secondes de blanc, Ayden prend la parole.

– Mon pote, je comprends que tu ne nous l'ait jamais dit. Vraiment, mais merde on aurait pu être là pour toi !

– Je te trouve incroyablement fort, James, enchaîne Jenny sans laisser le temps à Ayden de continuer.

Ce qu'ils me disent me touche fortement et je leur en suis reconnaissant de réagir aussi bien. La plupart du temps les gens vous disent simplement « je suis désolé » et vous regarde avec des yeux remplis de pitié. Mais pas eux. Ils sont compréhensifs et n'ont pas de curiosité malsaine. Ils prennent mes explications comme je leur ai donné et ne cherchent pas à en savoir plus. Je ne serais de toute façon pas en mesure de leur en fournir davantage sans m'effondrer. Anna me prend dans ses bras et m'embrasse.

Les moments qui suivent une révélation aussi pesante sont généralement toujours délicats et pour ne pas que cela nous arrive je décide que nous allions tous faire une partie de baby-foot. L'atmosphère se charge alors en bonnes ondes au fur et à mesure. Anna fait l'arbitre et nous continuons notre après-midi, sans que notre bonne humeur se soit envolée. Je suis heureux. À cet instant précis, la mort de mes parents n'est plus un fardeaux. Je n'irai pas jusqu'à dire que je ne ressens plus de douleur, mais la présence de mes amis et d'Anna me fait me sentir plus léger, plus entouré aussi... Je vais nous chercher de quoi boire et en les entendant s'amuser, se chamailler et rire ensemble, cela me fait penser que notre bande est bel et bien formée. Il ne manque que Maria. Je compte bien qu'un jour elle soit avec nous. Bien que je ne sois arrivé qu'en milieu d'année, j'ai vite compris qu'elle et Anna comptaient énormément l'une pour l'autre. Il va falloir que j'aie une petite discussion avec Maria, la situation ne peut pas durer éternellement. Il est hors de question qu'elles ne se parlent plus à cause de moi ou d'une quelconque raison qu'elles n'auraient pas éclairci.


***


Sophia et Lyam discutent dans le salon et ma tante me demande de ramener quelque chose à boire.

En remplissant un pichet de citronnade, j'entends mon portable vibrer sur la table de la cuisine. Je termine ma tâche et allume l'écran. Un message de Lola.

Mais comment est-ce possible ?

J'ai mal lu, non ?


« Jay, j'espère que tu ne m'as pas oublié... Est-ce qu'on pourrait se voir, s'il te plaît ?

Bisous

Lola »


Je relis plusieurs fois le message, croyant ne pas voir clair. Il s'agit bien du prénom de Lola qui est signé. Mais comment se fait-il qu'elle ait accès à un téléphone portable ? Je décide de ne pas répondre. Si je le fais, quoi que je dise j'ai peur qu'elle ne le prenne mal. Je ne veux plus jamais qu'elle tente de mettre fin à ses jours. Je préfère faire comme si je n'avais jamais vu le message, ce sera mieux ainsi. Je glisse mon doigt vers la gauche et appuie sur le bouton rouge « supprimer ».

J'en parlerai quand même à Anna demain, en espérant que Lola ne m'en envoie pas d'autres.

Je crois avoir parlé trop vite, un autre message s'affiche.


« Si je comprends bien, tu es passé à autre chose. Mais ce n'est pas comme ça que cela devait se passer James. C'était toi et moi jusqu'à la mort. Je t'aime jusqu'à la mort, tu t'en souviens ? »


Je ne comprends pas comment c'est possible qu'elle ait retenu mon numéro, ni pourquoi elle est en possession d'un objet électronique, je croyais que c'était interdit en hôpital psychiatrique. Son message me donne des frissons, mais de mauvais frissons, ceux qui vous font plus de mal que de bien. Je décide malgré tout de l'ignorer, ne voulant pas créer un nouveau problème, quel qu'il soit, par ma faute.

Un étrange pressentiment me parcourt et je tente de le refouler, elle se fait soigner, elle a encore sûrement un long chemin à faire à l'hôpital, une longue thérapie à venir encore. Elle est bien entourée, c'est certain.

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant