10.1 : Le filigrane

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Note : j'aimerais beaucoup que vous laissiez des commentaires ! Ça motive énormément et ça me permet de savoir ce que vous aimez, ou au contraire ce que vous n'aimez pas... Merci !

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Cela fait deux semaines que nous avons discuté avec ma tante, et nous sommes plus proches que jamais. Peut-être parce que le seul non-dit, le seul mur qui nous séparait, est enfin tombé. Je peux dorénavant tout lui dire sur les Incarnations sans passer pour une folle et elle peut enfin me parler plus précisément de mes parents. Nous en avons reparlé plusieurs fois et j'ai pu posé les questions qui me venaient à l'esprit au fur et à mesure de mes réflexions. Cela m'a apaisée, car je sais que désormais, un pilier est là pour me soutenir à tout instant : le jour, la nuit, maintenant, dans dix ans. Et j'aime ma tante pour tout ce qu'elle m'offre, sa présence, son soutien, son humour, sa gentillesse, son honnêteté... et encore bien d'autres qualités qu'il est rare de pouvoir attribuer à une seule et même personne.

Lorsque j'ai revu Neil, celui-ci n'a cessé de me demander pourquoi est-ce que je ne lui avais rien dit quant à l'identité de mes parents, et surtout de mon père. J'ai eu beau lui répéter que c'était parce que je n'en savais rien, qu'il aurait pu le deviner grâce à mon nom de famille - à cet argument il m'a informé qu'il existait un tas de gens dont le nom de famille était Delavenay - il n'a capitulé que lorsque je lui ai révélé avec une certaine appréhension que ma tante m'avait tout dit. A ma grande surprise, il a éclaté de rire, m'informant qu'ils étaient déjà tous au courant. Lorsque je lui ai demandé comment ils faisaient, il m'a jeté un regard mystérieux mais ne m'a pas pour autant répondu.

Un paradoxe demeure : je connais désormais les moindres détails de la vie de mes parents, mais n'ai eu aucune nouvelle des maîtres des Saisons. Asha, Iouri et Leandro ont disparu de mes songes et je n'ai pas la moindre idée de la façon dont je peux les contacter. Je me demande parfois si tout cela n'était pas juste un rêve. Certes je suis sûre et certaine de maîtriser la glace, mais l'Hiver ? Je n'en ai aucune preuve pour l'instant. Je me suis donc faite à l'idée que pour avoir une réponse, il me faudrait patienter : ils se manifesteront forcément un jour, et sinon, il faudra me faire à l'idée que tout cela était tout, sauf la réalité.

Depuis deux semaines, je passe en revanche presque tout mon temps libre au Repère. J'y fais aussi mes devoirs, car je me suis rendue compte qu'en cas de nécessité, une âme charitable était toujours présente pour aider à me faire réciter, pour expliquer un exercice en mathématiques, etc... J'ai également poursuivi mon entraînement et maîtrise partiellement mon corps de félin. Il me manque seulement de la puissance et surtout de la précision : quand je bondis, je n'atteins jamais mon but, que ce soit un endroit par terre, une branche ou un rocher. Je ne suis pas très douée selon Dumbledore et Neil, qui a assisté à quelques-unes de mes sessions au terrain d'entraînement. Yohann, lui, est déjà passé en phase d'apprentissage des techniques de combat. Il s'entraîne donc désormais avec Magalie, la lynx, car Dumbledore est obligé de me consacrer toute son attention pour m'aider à progresser. Alors que je continue à échouer dans la plupart des exercices de précision qu'il me demande, je développe un certain mal-être à sans cesse être rabaissée, par Dumbledore et surtout Eva, la puma qui a presque fini son apprentissage. Leurs réflexions ne sont pas pensées pour être méchantes, et ne sont pas des moqueries, ce sont plutôt des taquineries : et cela conjugué à mes multiples échecs me frustrent et m'énervent. Je donne généralement tout ce que j'ai pour réussir, et à chaque fois, aucune de mes tentatives n'aboutit à un résultat concluant. Ma confiance en moi s'en retrouve malheureusement érodée, mais ma persévérance, elle, n'a jamais été aussi forte. Je constate au fur et à mesure des heures que je passe à l'entraînement quelques progrès, certes lents mais bien présents.
   Certes mauvaise quant à la maîtrise de mon Incarnation, je suis beaucoup plus douée avec mon don. Dumbledore souhaite néanmoins que nous finissions l'entraînement avec notre Incarnation avant de débuter celui de notre don. Pour l'instant, Dumbledore nous a seulement appris à maîtriser notre pouvoir pour qu'il ne surgisse pas a un moment impromptu. En effet, qui souhaiterait que son verre d'eau se change en glace au milieu des humains ? Pas moi, en tout cas. Empêcher une apparition non désirée de la glace passe aussi par la capacité à contrôler mon don. C'est-à-dire que bien que l'exercice soit ardu au début, j'arrive dorénavant, en me concentrant, à produire de la glace sous mes paumes. C'est un peu comme une nouvelle façon d'expirer, mais au lieu de passer par la bouche, ce souffle glacial navigue à travers mes bras et change tout ce qui se trouve en contact avec mes mains en glace. Mes mains deviennent alors très pâles et scintillent : j'ai l'impression que des milliers d'étoiles prennent possession de chacune des cellules de la peau de mes doigts, de mes paumes, du dos de mes mains et de mes avant-bras. Il m'est impossible de ne pas trouver ce phénomène extraordinairement beau.
Une fois que j'ai compris le mécanisme de mon don, je n'ai pas pu m'empêcher de désirer tester l'entièreté de mes pouvoirs qui me valent le titre de maîtresse de l'Hiver. Arriverai-je à créer une tempête de neige ? A instaurer un froid glacial à l'intérieur d'une maison ? Y a-t-il d'autres façons de créer l'hiver ? Ces questions ne cessent de me tarauder mais j'ai conscience qu'il me faut rester discrète pour gagner la confiance des maîtres des Saisons. Si je les revois, bien sûr, me murmure ma conscience.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant