Chapitre 44 - James

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Anna n'a pas hésité à m'appeler lorsque ça a dérapé chez elle. Au téléphone, j'essaie tant bien que mal de la rassurer et de l'apaiser. Elle semble contrariée du fait que sa mère soit partie sans rien dire, et je comprends totalement sa réaction. Il est clair que Caroline, la mère d'Anna, a quelque chose à cacher et je mentirais si je disais que je ne suis pas intrigué moi aussi.


– Jay, je suis désolée, je ne veux pas me plaindre alors que... il y a bien plus grave que mon cas.

– Oh ma chérie, ne dis pas ça. Tu sais, chacun vit des choses différentes et avec le temps j'ai appris qu'il ne faut pas s'apitoyer sur son sort. J'ai appris que ce n'est pas parce que quelque chose de moins grave que la mort arrive qu'il faut tout minimiser. Le fait que ta mère cache autant de choses te rend malheureuse et inquiète, Anna c'est totalement ton droit. Il ne faut pas comparer ta peine à la mienne.

Elle ne me laisse pas terminer ma réponse, qu'elle renchérit déjà :

– Pardon, pardon. Tu as raison... Je ne sais pas comment tu fais pour être aussi lucide. Mais forcément Jay, je me sens ridicule de me plaindre pour ça, surtout envers toi.

– Tu n'as pas à te sentir ridicule. Tes inquiétudes et ta tristesse sont légitimes. Nous vivons tous des choses différentes, ma chérie.

– Merci, t'es le meilleur tu sais ? dit-elle dans un souffle.


Je continue de la rassurer comme je peux et j'essaie surtout de lui faire comprendre que ce n'est pas parce que j'ai vécu la pire des perte, qu'elle ne doit plus me confier ses peurs ou ses incertitudes. Elle doit continuer de se confier à moi, comme avant, rien ne change entre nous et par-dessus tout, elle ne doit pas avoir pitié de moi. Sinon, nous ne pourrons jamais avoir de relation stable et saine. Ma peine est présente, bien sûr, mais elle ne doit pas être entre nous deux. Elle était présente, même avant qu'elle le sache, alors ça ne doit rien changer maintenant. Du moins, je l'espère. Je l'espère vraiment. 

Parfois, je repense à notre rencontre et je n'aurais pas pensé qu'elle allait entrer dans ma vie ainsi. Notre première rencontre a même été plutôt inattendue, je me souviendrai toujours de la fille fougueuse dans le bus et même au lycée, au début. Pourtant, avec le temps elle s'est adoucit, sûrement parce que j'ai appris à la connaître, elle, vraiment elle et pas la fille qu'elle veut laisser paraître aux personnes qu'elle connaît moins. 

Je suis néanmoins heureux qu'elle se sente assez en confiance pour se confier à moi, elle ne s'imagine pas à quel point c'est important pour moi. Dans ma relation précédente, Lola ne me confiait rien, ou bien elle n'était pas honnête. Je l'ai appris après coup, certes, mais elle n'avait pas cet air profondément sincère lorsqu'elle me parlait. Je suis conscient que je ne dois en rien comparer Lola à Anna et ce n'est pas ce que je fais. Je veux simplement apprécier le fait qu'Anna m'ouvre son cœur et m'autorise à entrer dans sa vie de cette manière. Elle me donne envie de chanter pour elle, d'écrire pour elle, de jouer du piano, de faire tout ce dont je n'avais plus la force. Elle est devenue ma force. Mon pilier. Je crois que je suis amoureux.


Au bout d'un moment passé au téléphone avec ma copine, je n'ai qu'une seule envie : être à ses côtés. Je me prépare rapidement et rejoins le premier bus que je trouve pour me rendre chez elle. Je sonne et elle m'ouvre. Il n'y a personne, sa mère n'est pas revenue et son père est retourné travailler à l'hôpital. Un endroit où je n'ai pas hâte de devoir retourner. Elle est plus joyeuse qu'au téléphone, et m'assure que ma présence y est pour quelque chose. 

Nous allons dans sa chambre, je caresse Mint qui n'arrête pas de passer sur mes pieds. Son petit chat me fait rire parce qu'il miaule et ne veut pas me laisser avancer. Anna semble amusée elle aussi mais cherche à le laisser dans le salon pour ne pas qu'il monte avec nous. 

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant