8 : Le rêve des Saisons

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   Note : j'aimerais beaucoup que vous laissiez des commentaires ! Ça motive énormément et ça me permet de savoir ce que vous aimez, ou au contraire ce que vous n'aimez pas... Merci !

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    J'erre le reste de la soirée entre ma chambre et le salon, sous le regard de plus en plus perplexe et inquiet de ma tante. Je remarque pourtant qu'au fur et à mesure que je multiplie mes allers-retours inutiles, elle semble m'accorder de moins en moins d'attention, de plus en plus concentrée sur son Paris Match.

— Tu es sûre que tout va bien mon Adéli ? finit-elle par me demander en réajustant ses lunettes rectangulaires sur son nez, alors que je me sers un énième verre d'eau.

— Hmmm, j'ai un DS demain, c'est pour ça. Je stresse, réponds-je en guise d'excuse en vidant mon verre cul sec.

— Aaaah je vois, conclut-elle - ou tout du moins en ai-je l'impression - puisqu'elle renchérit presque immédiatement après d'un ton qui m'indique qu'elle ne m'a pas crue une seule seconde, qu'est-ce tu fais là à te balader alors ? Tu devrais peut-être réviser... Est-ce que tu veux que je t'aide ?

— Non non, ça va. J'y vais !

Et je m'éclipse sans demander mon reste, ayant peur qu'elle ne creuse plus. La raison de toute cette agitation s'explique par la multitude de questions qui demeurent sans réponses, la peur de ne pas avoir de don, de pouvoir, d'être anormale. Ce sont des angoisses qui m'envahissent, m'étouffent ; et je ne peux pas, ne dois pas - plus précisément - en parler. Alors pour éviter d'y penser, j'occupe mon corps, et grâce à lui, mon esprit. Mais maintenant, confinée dans ma chambre, je ne sais plus quoi faire : j'ai déjà fini d'éplucher les livres sur la panthère des neiges, et quelques fiches bristols sont étalées sur mon bureau, regroupant des informations sous la forme de simples notes - les plus essentielles - sur mon Incarnation. Il y a d'ailleurs pas mal de choses que j'aimerais tester une fois sous forme animale.

   Le temps passe doucement, je révise pendant une quinzaine de minutes mes mathématiques, puis n'ayant rien d'autre de mieux à faire, je finis par me coucher.

   C'est un sommeil étrange. Étrange car j'ai conscience de rêver. Et pourtant, je n'ai pas envie de me réveiller, car c'est un rêve magnifique qui se profile.

   Une plaine immense s'étend devant moi, l'herbe haute est balayée par les vents et au loin, je peux apercevoir des collines, des montagnes, enveloppées dans les nuages. Ceux-ci se meuvent tranquillement dans le ciel dégagé, poussés par des vents que je ne sens pas. Ce paysage m'apaise, car il est tout simplement magnifique, à couper le souffle. Il est simple : peu de couleurs, le bleu du ciel, le vert gris de l'herbe, le blanc des nuages, peu de formes, le vallonnement de la colline sur laquelle je me trouve et qui domine la plaine, les pics lointains et à peine visibles des montagnes, la ligne d'horizon que j'aperçois pour la première fois à l'intérieur des terres. C'est désormais une certitude, je ne suis pas en France. J'en suis loin, très loin. Sans m'appesantir sur le pourquoi du comment, je m'assieds tranquillement dans l'herbe qui m'effleure délicatement, sans arriver à détacher mon regard de la plaine.

— Bonjour, s'annonce une voix masculine dans mon dos, assez distante, comme teintée d'appréhension.

Je ne bouge pas, attendant que l'inconnu dise autre chose - ce qu'il ne tarde pas à faire - toujours immobile dans mon dos.

— Je m'appelle Iouri.

Je médite son prénom, cherchant dans ma mémoire de quelle origine cela vient.

— C'est russe, non ? l'interrogé-je, mettant enfin un nom sur ce qui s'étend devant moi : les plaines d'Asie centrale, qui s'étendent aussi en Russie, d'où son prénom.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant