7.2 : Le fantôme des montagnes

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En média : perles noires de Tahiti

— Ton cerveau et celui de la Panthère sont étroitement connectés, de ce fait, ce qu'il faut que tu fasses est très simple : tu dois laisser le sien prendre le dessus, m'explique le grand brun.

— Dis comme ça, ça m'a l'air très simple, ricané-je plus que je n'en rigole, tout à fait ironique.

— Tu vas voir, ça l'est.

— Si tu le dis.

   Je resserre les pans de mon peignoir et enroule mes bras autour de moi, le froid commençant pour de bon à attaquer mon épiderme. Ainsi pas plus protégée qu'auparavant, j'expire pour me donner du courage et relève la tête vers mon mentor d'un jour. De près, je distingue plus facilement la couleur de ses iris, gris. D'un doux gris qui s'apparente à la version plus claire de la couleur des perles noires de Tahiti ; étonnamment, cette couleur, ou peut-être le simple fait de croiser son regard, me rassure. C'est le type d'yeux qui changent suivant le temps, foncés lorsqu'il y a des nuages, limpides sous le soleil. Je lève la tête vers le ciel : un tapis de nuages le recouvre.

— Qu'est-ce qui t'arrive d'inexplicable ces derniers temps ? m'interroge Nikola alors que j'ai toujours la tête dans les nuages.

Je me laisse quelques secondes pour réfléchir et réussir à mettre les bons mots dessus.

— J'ai l'impression de sentir plus de choses, aussi bien au niveau des sensations qu'au niveau de l'odorat. J'entends mieux, je vois parfois dans le noir et aussi...

J'hésite à parler d'une chose qui me répugne autant qu'elle me fascine, mais face à sa mine qui m'incite à continuer, je me lance.

— Je sens mes proies et j'ai envie de voir le sang, euh... de sentir le sang. Parfois, je l'imagine même couler dans ma gorge, si tu veux tout savoir. Voilà, tu connais tous les détails gores maintenant, ajouté-je un peu agressivement après une pause.

Il lève les yeux au ciel.

— Tu vas voir, ça va t'aider. Ferme les yeux et concentre toi.

Je balaie une dernière fois son visage régulier du regard avant de m'exécuter.

— Déploie tes sens... Essaie d'entendre le battement d'ailes des oiseaux, les souris gratter la terre... Tu les entends ?

Au fur et à mesure que je me concentre, le bruit que produit le reste du Repère en papotant s'estompe et les sons de la forêt se font plus fort. Un paquet de neige tombe d'une branche d'arbre dans un bruit sourd, un tronc craque lorsqu'une rafale plus forte que les autres le pousse contre son gré, et un écureuil grignote quelque chose de dur.

— Hmmm, réponds-je.

— Alors continue, je veux que tu entendes tout. Après, tu te concentreras en même temps sur les odeurs, jusqu'à ce que tu sentes l'odeur du sang.

   J'inspire une bouffée d'air, mais c'est surtout l'odeur de la fumée de la cheminée du Repère qui me parvient. Alors je me tourne face à la forêt, dos au chalet, et pose ma main gauche sur un tronc pour me stabiliser. Mais alors je sens qu'on me l'empoigne. Nikola saisit mon bras pour le replacer doucement le long de mon corps. Je fronce les sourcils.

— Il ne faut pas t'ancrer dans la réalité, chuchote-t-il.

   Je sens sa présence chaude a mes côtés, et sans le faire exprès mon esprit se tend. Je me retrouve au centre du Réseau, et tous les membres du Repère se tiennent en cercle autour de moi.

Il faudra absolument que je pense à me renseigner sur ce dispositif.

Je suis à l'intérieur du Réseau. Je fais un tour sur moi-même ; certains me regardent, je le sens. Mais d'autres sont complètement insensibles à ma présence, leur forme est plus floue. Mila en fait partie, tout comme une bonne partie des novices. Mais je ne m'attarde pas sur les absents et me concentre sur ceux qui sont présents. Face à moi, le Premier et Dumbledore me regardent d'une manière désapprobatrice avant de disparaître petit à petit. Neil, sur ma droite, se rapproche de moi.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant