Chapitre 29 - James

43 11 18
                                    

Je mentirais si je disais que ne pas voir Anna tous les jours ne me fait rien. Sa présence me manque, lorsque je suis avec elle j'arrive à mettre mes pensées de côté. Je n'irais pas jusqu'à dire que les cours au lycée me manquent, mais le fait de passer mes journées avec elle ou avec Ayden me manque. Je suis allé plusieurs fois chez Ayden, il est un peu moins disponible ces derniers temps à cause de Maria, mais il me garde toujours des aprèm pour jouer à Call of ou pour un Fifa.

Quant à Anna, la voir avec ses cheveux courts m'a fait un choc sur le coup. Je ne m'y attendais pas du tout, elle ne m'a rien dit par message et n'a pas pensé me prévenir de ce changement radical. Initialement, ses cheveux lui tombait dans le dos et étaient vraiment longs. Le fait d'avoir tout coupé la rend plus... adulte. Elle semble avoir pris quelques années de plus. C'est quoi cette manie chez les filles de couper leurs cheveux courts pour paraître plus âgée ? D'abord Sophia et maintenant Anna. C'est peut-être à la mode. Quoi qu'il en soit, Anna est encore plus jolie. Je trouve que ça lui donne un côté sexy.

On a passé un vrai bon moment, à se raconter tout et n'importe quoi, à rire de tout. Parfois, j'aimerais que ces moments ne s'arrêtent jamais et qu'ils durent encore et encore.

Sans réfléchir, je prends mon portable et cherche le prénom d'Anna dans mes messages récents, elle est la première de la liste. Je l'ouvre et tape frénétiquement :


« Tu me manques »


J'appuie sur le bouton « envoyer » et relis le message. Je suis tenté de regretter ce message, mais au bout de quelques secondes, une réponse se fait entendre par le vibreur.


« Tu me manques aussi, Jay. »


Le fait qu'elle écrive mon prénom provoque en moi un frisson. J'esquisse un faible sourire et me sens soudain pris d'une vague de sentiments. Je ne sais que ressentir face à elle, je ne sais pas si mes sentiments sont partagés et je ne sais encore moins s'ils sont légitimes... Nous ne nous connaissons pas depuis très longtemps, seulement quelques semaines, deux mois. Pourtant, Anna me fait me sentir moins seul.


***


Réveillé en pleine nuit par un cauchemar, je tente de contrôler mes tremblements. Je tente de me convaincre que ce n'était pas réel, mais malheureusement il s'agit bel et bien de ma situation actuelle. Ce foutu cauchemar n'est que la scène qui se rejoue en boucle dans ma tête depuis des années. Je n'arriverai jamais à oublier, c'est sûr. Je ne pourrai jamais oublier.

Les yeux ouverts, des larmes coulent le long de mes joues mais je ne les essuie pas. Je veux les sentir sur moi, je veux sentir que je suis encore vivant. N'arrivant plus à dormir, je me résous à prendre mon carnet. Je n'écris pas ce soir, je n'en ai pas la force. Au lieu de ça, je relis tous les textes que j'y ai écris. Tous ces textes sont initialement des chansons. Parce que c'était ma passion, parce que j'ai toujours aimé ça. Mais depuis plusieurs années, voilà qu'elles se sont transformées en simples textes, n'ayant plus la force de les rendre « chantés».

Tout ce qui tourne dans ma tête me donne le tournis. Je n'arrive pas à stopper ce tourbillon de pensées. Je voudrais que tout s'arrête, je voudrais tant arrêter de penser l'espace de quelques minutes, de quelques secondes.

Des larmes perlent encore à mes yeux mais cette fois je les essuie. Ne voulant pas céder à la mélancolie, encore une fois.

Je sais que je n'arrive pas à dormir à cause de mon rendez-vous de demain. Je n'ai pas envie d'y aller, pas envie de ressasser encore le passé. Je ne me vois pas être devant quelqu'un qui ne me connaît pas, qui ne connaît rien à mon histoire et devoir encore tout lui raconter. Je ne m'en sens plus capable. Comment pourrais-je aller de l'avant si je dois sans arrêt repenser à tout ça ? Comment pourrais-je me reconstruire alors que tout n'est pas terminé ?

Je tente de fermer mes yeux afin de trouver le sommeil, mais lorsque je les ferme, tout me revient comme si c'était encore réel.

Je rejoue la scène encore et encore, mais je me rends à l'évidence, pour mon bien il faut que je me lève, que je fasse quelque chose pour occuper mon esprit et ne pas le laisser seul avec mes pensées.

Je me fais peur en me regardant dans le miroir. Je sais que Sophia va me lever tôt pour notre rendez-vous chez le notaire, mais je ne peux pas me résoudre à dormir maintenant que je pense à tout ça.

Je me lève et descends me prendre un verre d'eau. La maison est plongée dans un silence apaisant et le noir tout autour de moi m'enveloppe comme pour me montrer que même lui ne m'abandonne jamais...

Une fois le verre reposé dans l'évier, j'arpente la maison comme si je me baladais. Doucement, j'avance vers la véranda. Tout est encore recouvert de vieux draps ou d'anciens plaids. Seul le canapé est découvert, ce qui me rappelle le passage d'Anna ici.

En me remémorant ce moment, je prends une profonde inspiration et retire le grand drap rouge d'un coup, celui qui recouvre le plus imposant meuble de la pièce. Meuble, ou devrais-je dire instrument.

Le piano me fait face et me ramène cinq ans en arrière. À sa vue, mon cœur se sert, mais je m'avance plus près. J'effleure le haut du piano et ouvre le clavier.

Je tire un tabouret qui était plus loin et m'assois dessus. J'effleure les touches et ma vue se brouille. Du revers de la main, je chasse ces larmes et me mets à appuyer petit à petit sur les touches du piano. Une note après l'autre et une mélodie se fait entendre. Je ferme mes yeux et joue quelques notes. Pris d'un violent souvenir, je suis pris de remords et referme d'un coup sec le piano, le recouvre à nouveau du drap et monte à toute vitesse dans ma chambre.

Je m'y enferme et m'écroule par terre, au milieu de ma chambre. Je prie silencieusement.

Peu à peu, le sommeil me gagne et c'est recroquevillé sur moi-même au milieu de ma chambre, à même le sol, que je trouve le sommeil.


***


Anna doit venir chez moi cet après-midi, je lui ai demandé de venir plutôt vers quinze heures, pour que j'ai le temps de rentrer de chez le notaire et pour que je sois sûr que Sophia sera partie de la maison. Je ne suis pas prêt à raconter cette partie de ma vie à Anna. Je ne suis pas certain d'avoir la force de tout lui raconter à elle. Le faire devant des inconnus est un exercice difficile mais au moins je sais d'avance que je ne les reverrai plus de ma vie. Ils repartiront poursuivre leur vie sans plus jamais risquer de me voir, je n'ai donc aucune chance qu'ils me regardent avec cet air de pitié dans leurs yeux. Je ne veux pas qu'Anna change son regard sur moi. Je sais pourtant qu'un jour, il faudra bien qu'elle soit au courant, avant que je ne m'effondre pour de bon. Mais pour l'heure, il n'est pas question que sa vision de moi ne change.

Lorsqu'elle passe le pas de ma porte, je me regarde une dernière fois dans le miroir pour être sûr qu'elle ne puisse pas voir que j'ai pleuré. Je m'étire en me regardant, parce que le sol n'est pas un endroit confortable pour dormir, et remarque mon teint terne et blafard. Bon, OK, j'ai pas l'air en forme non plus.


On se fait la bise, mais je la prends rapidement dans mes bras pour lui faire un câlin. J'en avais besoin après la matinée que j'ai subi.

On n'oublie pas [Publié en auto-édition]Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant